I. Moï*c Pallaclie. V. suiiru, jj. 3lB et note i
KF.LATION niTF DE JEAN AHMANH MLSTAI'llA 323
Du Chalard pour attendre les décisions du Chéri/ au sujet de la paix à signer et du rachat des captifs.
Railo de SaC, i8 septembre i63o.
Sire,
J'envoye la lettre du iloy mon maistrc à Vostre Majesté, que j'eusse souhaitté de porter moy-tnesme, pour avoir la faveur de luy pouvoir baiser les mains. Mais d'autant que les ordres que j'ay me défendent d'abandonner les vaisseaux que j'ay l'honneur de commander', je suis marri que ce commandement m oste le moyen de voir en ceste occurrence l'accomplissement de mes désirs. J'ay desja renvoyé en France quatre navires de ceux de ma flotte, aiant voulu demeurer encore quelques jours en vostre rade d'Azaffy avec monsieur Du Cliallard seulement, afin d'y attendre la dernière resolution de \ostre Majesté.
J espère qu'elle aura procuré la délivrance des esclaves françois & donné ordre qu'ils soient conduits icy, où nous les attendons ; & ne doute pas qu elle n ayt aussi donné pouvoir à quelqu'un de ses alcaïdes pour traicter et conclurre les articles de quelque bonne paix, & recevoir le présent que le Roy mon maistre luy envoyé.
Je suis fâché que la saison de l'iiyver qui approche me presse de m'en retourner sy tost en France. Mais puisque toutes les forces umaines se trouvent trop foibles pour résister a la rigueur du temps, Vostre Majesté Impériale me tiendra pour excusé, si, en la priant (comme je fais très-humblement), je la sollicite de faire responce à la lettre du Roy mon maistre. Je l'attendray encore quelques jours, & cependant suplierai Vostre Majesté me faire tant de faveur que de me croire &c.
I. Cette interdiction do descendre à Icrrc jjra. Doc. XX, p. lO'j). Ellu lui fut renouavait été faite au clievalier de Razilly afin d'é- velée k très e.\pressément » à l'occasion de sa vitcr le retour du guel-apens de iO.!4(V. su- mission de i63i. V. m/ra, Doc. LUI, p. io^l.
32 'l .n n-NOVEMBlilî iCJo
Le jeudy 3. d'octobre, un vaisseau appartenant à monsieur Chariot' scstant allé nettoyer en lisle de Mongador (située es costes de Hea", province du royaume de Marroc) & remédier à une voye d eau qui le faisoit couler à fonds, retourna en la rade d'Azafly. Et ce niesme jour, à la diligence du gouverneur de la ville, furent rendues à monsieur de Razilly deux lettres de la part de Paul Imbert', pilote, et Guiton, tous deux esclaves à Marroc.
Ces lettres \ qui cstoient escrites pour esmouvoir à compassion ledit sieur de Razilly (k le requérir de vouloir moyenner la délivrance des François esclaves à ^larroc, firent cognoistre clairement que les afl'aires estoient esloignées de tout accommodement, & que les voyes de la douceur ne serviroient de rien pour rangera la raison ces Mahometans ennemis de toute honncstetc. Car elles contenoient en somme que le Roy ne pensoit rien moins qu'à donner la liberté aux esclaves françois, veu memses qu'il les faisoit garder plus estroilement que de coustume «S; traiter avec plus de cruauté que jamais, & particulièrement ledit Guiton, qu'on importunoit tous les jours de renoncer au christianisme. Que neantmoins, pour avoir quelque spécieux prétexte afin de les retenir, on faisoit courir le bruit que le roy de Marroc se servoit de ces François comme de ses domestiques, & qu'à cest effet il leur avoit donné quelque charge ou maistiise dans sa maison ; ce que toutesfois estoit plein de mensonge & de fausseté. Que toutes ces procédures n'estoient que des inventions & des ruses, desquelles les Barbares se servoient malicieusement pour n'aigrir pas entièrement le courage des François & les détourner de faire tout le mal qu'ils pourroient bien procurer aux Mores, tant dans leur pays propre que hors d'iceluY. Que les principaux ministres et officiers du royaume n'avoient veine qui tendist à la paix, & que pour ceste considération (quand bien il n'y en auroit point d'autres plus fortes) on ne se dcssaisiroit jamais des esclaves que par force, sur la croiance qu on avoit que les François n'y voudroient point aussi entendre
1. Monsieur Chariot, faute d'impression de longues années, V. supra, p. i68 et nopour : monsieur Du Chalard. les i et 2 ; infra, p. 708.
2. Hea. la province de Halia au sud do 4. Ceslettressontàrapprochtrdecelleque Mogador. les captifs adressèrent de SaG à Louis XIII le
3. Sur ce caplif rjui séjourna au Maroc 3onov. iGSo. V. m/;a. Doc. XLM, p. 355.
RELATION DITE DE JEAN ARMAND MUSTAPHA 325
qu'à condition seulement que lesdicls esclaves seroient délivrés & rendus. Que la crainte ncanlmoins les obligeoit à dissimuler accortement leurs pensées, faisans semblant de vouloir condescendre à quelque traiclé. Mais que c'estoit à dessein de traisner les aflaires en longueur, afin que le mauvais temps venant à surprendre les François en ces costes de Barbarie, ils se trouvassent exposés à un évident danger de se perdre «k tomber es mains de leurs ennemis.
Le niesme jour' que ces lettres furent mises entre les mains de monsieur de Razilly, nos gens prindrent un vaisseau appartenant à un marcliand juif, du portde deux cens tonneaux ou environ, chargé de plusieurs denrées qu'on trouva estre à plusieurs Juifs associés".
Le vendredy onziesme d'octobre, le mauvais temps & vent d'aval survenant, la Hotte fust contrainte de mettre à la voile pour s'eslever à la mer, & ayant longuement essayé de s'esloigner de la coste, fut contrainte de mouiller l'ancre pour se pouvoir garantir d'un cap, où le vent & le courant de la marée l'avoient fait presque heurter. Ainsi les vaisseaux endurèrent le hazard du temps sur leurs amarres en très-grand danger de faire naufrage'.
Ce mesmejour. ilavoit esté résolu de gagner la route de France, tant pour estie les affaires hors d'espérance de s'accommodei-, comme aussi pour le péril qu'il y avoit de se tenir à la rade. Mais les Juifs, désireux de recouvrer le vaisseau qu'ils a voient perdu, risquèrent quelques-uns de leur cabale sur un petit bateau, lesquels asseurerent effrontément que le roy de Marroc avoit fait partir tous les esclaves dès le 9. du mois courant, & qu'infailliblement, sur leur testes, ils arriveroient dans AzalTy ce mesmejour (qui, comme nous avons dit, estoit l'onziesme) ou le lendemain matin au plus tard.
Voila pourquoy. le i -i. du mois, le sieur commandeur de Razilly mit derechef à la voile, voyant continuer le mauvais temps, afin de se retirer du péril où estoient les vaisseaux ; &, allant d'un bord sur l'autre, mouilla l'ancre fort au large, résolu d attendre encoie
I . Le mcsme jour, c'cst-à-dirc le 3 oc- appartenait au.\ l'allaclie. Sur les coiisij-
lobrc. quences de cette capture, V. infra, liilro-
3. Ce vaisseau iHait hollandais ou tout au duclion critique, p. 3qi. moins naviguait sous pavillon hollandais 3. On sait que, lorsque la saison d'au-
(V. p. 342 et/" .Série, .\ngleterrc, Âvisdc tomnc arrivait, les vaisseaux ne pouvaient.
Paris, lômai 1031); maissa cargaison.com- sans courir les plus grands dangers, tenir
posée en parlic de contrebande (V. p. 342), sur la côte inhospitalière du -Maroc.