‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 17 sur 362 · un an à Marroc ». V. i" Série, France · texte numérisé non relu

un an à Marroc ». V. i" Série, France

4. V. Bibliothèque de la Faculté de Me- t. II, p. 4oo. Son séjour se place en iSgg. decine de Paris, ms. 333, J" 352 v". V. Ibidem, p. 3i4.

INTRODUCTION

ce voyage, il apprit si bien la langue arabique qu'il s'y rendit fort sçavant... Il se contenta de sortir de ce pays plus eliargé de science et de livres arabiques que de richesses et autres commoditez... » A son départ du Maroc, il serait allé faire un court séjour à Rome ', avant de rentrer à Paris où il fut nommé : « Lecteur et professeur du Roy en la Faculté de médecine, en langue arabique, en 1 université de Paris ». Il fut en réalité le premier à enseigner cette langue '. Le discours d'ouverture qu'il prononça, en prenant possession de sa chaire, était conserA'é, à l'époque où Colomiès écrivait sa Gallia orientalis, dans les papiers du sieur Hardy, conseiller au parlement de Paris'.

Malgré la brièveté de son séjour au Maroc, Etienne Hubert avait su acquérir une sérieuse connaissance de la langue arabe, et sa réputation comme orientaliste surpassa de beaucoup celle d'Arnoult de Lisle, plus occupé de négociations que de philologie. Casaubon fait le plus grand éloge de sa science. « Parmi les arabisants, écritil à Scahger le 8 août 1607, le premier rang est tenu chez nous par Etienne Hubert, d'Orléans, médecin du Roi, homme très savant'. » Déjà en 1601 il reconnaissait comme un maître cet érudit « qui avait appris en Afrique les principes de la langue arabe ° ». C'était là, en effet, la grande supériorité de E. Hubert sur les orientalistes de son temps : il avait, comme Cleynaerts (Clénard), pratiqué l'idiome qu'il enseignait. Le savant Erpenius, dans son Oralio de lingua arabica, proclamait le mérite de ceux qui « n'avaient pas craint pour apprendre cette langue d'entreprendre

1. .\uciiii document autre que son épi- ccsseur dans la chaire d'arabe, ne semble taphe (V. infra. p. xxvi) ne fait mention pas avoir professé cette langue (V. supra. du séjour d'Etienne Hubert à Rome. Son p. xvii).

retour à Paris eut lieu en 1600, car Je;in- 3. Ce discours fut prononcé au Collège

Baptiste Duval (qu'il ne faut pas con- de Cambrai en 1601 (V. /'■' Série, France,

fondre avec G. Du Val) dit dans la préface t. II, p. 3i5, note 3). Cette date de 1601

de son Dicliimarium latino-arabicum, 1682. ne concorde pas avec celle (1600) donnée

qu'Etienne Hubert commença ses cours en par Jean-Baptiste Duval et Casaubon pour

1600. Casaubon (Epistnlx. 170g, p. i32) l'ouverture du cours de K. Hubert (V.

dit qu'en décembre 1601, E. Hubert était supra, note i).

dans la deuxième année de son cours. V. 4. V. Casauuon. Epistolœ, 170g, t. II,

cependant ci-après la note 3. p. ag/i.

2. On a vu que A. de Lisle, son prédé- 5. V. Ibidem, t. I, j). iSa.

XXIV INTRODUCTION

des voyages lointains, périlleux et coûteux' ». Il eut recours pour sa grammaire arabe, la première qui ait été publiée par un Chrétien, à (( des traités grammaticaux des Arabes eux-mêmes » qui lui avaient été procurés en partie jiar E. Hubert ^ Le savoir de l'orientaliste français était, comme on le voit, très apprécié de ses confrères de l'université de Leyde. Scaliger, en particulier, tout dérouté par les protocoles en prose rythmique de la chancellerie chérifienne, et chargé de traduire les lettres arabes adressées soit au prince Maurice de Nassau, soit aux Etats-Généraux', devait s aider des conseils de son ami français, plus familiarisé que lui avec le cursus des fekih marocains*.

Mais Etienne Hubert n'avait jjas, ainsi qu'Arnoult de Lisle, fait fortune au Maroc. Il en était revenu plus chargé de science que de richesses. Il vivait de sa charge. Le Trésor réglait alors très irrégulièrement les fonctionnaires. Ne pouvant se faire payer ses émoluments, Hubert fut obligé en iGoi de renoncer à la fois à sa chaire et à Paris % et alla habiter Orléans \ La retraite du savant orientaliste fit émoi à Leyde. « Utinam ille Hul^erlus, écrit Scaliger à Casaubon, hue se recepisset ! Impetrassem a curatoribus Academiae

ut ad professionem admittcretur Invideo illis qui illo

Huberto hodie fruuntur ubi ille sit. Ego illius congressu multum

profecissem ' » Mais Casaubon fit davantage; il intervint

auprès de personnes inlluentes, cherchant à obtenir la réparation des mauvais procédés qu'on avait eus pour Etienne Hubert. Il lui raconte dans une lettre non datée les démarches qu'il a faites auprès de « l'illustrissime recteur », lequel, écrit-il, « m'a assuré

1. V. Th. Erpenius, Oratio de linijua 5. « Cum a qiiaesloribus nvimmum adhiic arabica, 1621, p. 78. milliim potucrit cxtorqucrc, et scholae et

2. V. Th. Erpemus, dédicace de sa urbi coaclus est valediccrc ». Lettre do Grammatica arabica, i6i3. Casaubon à Scaliger du 6 des ides de

3. V. /''' Série, Pays-Bas, t. I, p. i55, décembre 1601. Casaubhni Episiolse, t. I, Lettre de Scaliger à Cornelis d'Aersens, 7 p. 182.

juillet 1606. 6. Le fait qu'Etienne Hubert se retira à

i. V. la lettre de Scaliger à Et. Hubert, Orléans est établi par la suscription d'une

datée des ides d'octobre 1607, dans Scali- lettre de Casaubon, sans date, mais qui

GERi Epistolx, 1627, p. 6g/i. V. aussi la doit être de décembre 1601. V. Ibidem,

lettre de Scaliger à Casaubon, du i5 des t. I, p. 683.

calendes de mars 160O, Ibidem, p. 3o8. 7. V, Scaligeri Epislola;, p. 208.

INTRODUCTION XXV

qu'il allait tout-à-fait régler votre affaire avec le trésorier' ». Et en effet Etienne Hubert put rentrer à Paris, ayant obtenu satisfaction.

La situation du professeur allait encore s'améliorer : en 1602 Henri IV le nommait son médecin ordinaire aux appointements de

I 200 livres en remplacement du sieur Jean de Suberville". L étude de la langue arabe faisait sans doute négliger un peu à Etienne Hubert ses nouvelles fonctions, car le 22 mai i6o5 le Roi dut le dispenser par brevet de ses services du quartier de janvier 1606, pour qu'il put « aller en Espagne et de là rechercher les meilleurs livres en langue arabique et les faire apporter en France, et aussy pour conférer et discourir avec les Arabes qui estoient au royaume de Valence' ».

Il continua de professer l'arabe au Collège Royal jusqu'à ce qu'il se démit de ses fonctions *, ce qui eut lieu au plus tard en iGiS".

II se retira à Orléans et y mourut peu de temps après, le 20 juin i6i4'', à l'âge de k~ ans. On l'enterra dans sa ville natale en l'église et monastère de Saint Samson « au cloislre des moines d où monsieur son oncle estoit prieur' ». Son épitaphe en hébreu, en arabe, en grec et en latin " fut composée par ses élèves. L'église de Saint Samson a été détruite, mais l'inscription latine avait été

1. « Niidius quartus affirmabat mihi decin ordinaire du Roy et lecteur pour Sa clarissimus prœsul, quem nosti, se omnino Majesté en langue arabitjue » (Ibidem, apud To'v f otÇoçj) axa tuum negotium esse f. 98).

confecturum. » Casauboni epislolse, t. II, 0. Cette date est fournie par l'épilaphc

p. 633. d'E. Hubert. V. infra, p. xxvi. La date de

2. V. Bibliothèque Nationale, Coll. Clai- i6i6donnéeparG. Du VALCstdoncerronée. rambmilt, vol. 887, pp. 3333 et 332/(. D'aillour.s l'historien du Collège Royal écrit

3. V. Guillaume Du Val, op. cit., que Gabriel Slonita « obtint la chaire p. 3i. royalle en Arabe, vacante par le décès dudit

/|. « De laquelle royale profession |pro- Hubert, le sixiesme jour de février i6i5,

fesseur en langue arabique] il se dcmist outre la démission dudit Hubert, cy-dcssus

volontiers... n G. Du Val, p. 3i. alléguée... » G. Du Val, op. cit.. p. 32. En

5. Cela résulte d'un acte do la paroisse outre Maussac, dans un ouvrage paru en

SainUMaclou d'Orléans du i8 novembre i6i5, parle d'Etienne Hubert comme

i6i3, dans lequel Etienne Hubert est qua- décédé. Maussac, !\ot. in Plularchiim de

lifié seulement de « médecin ordinaire du fluviis, p. 276.

Roy » {Arch. départ, du Loiret GG y.'tO), 7. V. G. Du Val, op. cit.. p. 3i.

alors que dans un acte de la paroisse Sainte- 8. Cf. Dom Gi^uou, Bibliothèque des

Catherine du 20 avril 1G02, il est dit u mé- auteurs Orléanais, t. I, p. 238.

XXVI INTRODUCTION

relevée par l'érudit Gaignières' et nous la donnons d'après lui' :

Stephano Hueerto Aurelio consilliario medico regio arabica lingue primo professori et likguarum orienta lium secretario interpreti qui ab Henrico magno Franc, et Navar.

rece chbistianiss. ad mauritanie imperatorem missus suam legatio nem honorificè perfunctus linguam arabicam didicit rome excoluit

REVERSUS SEPULTAM IN GalLIA EX

CITAVIT ET IN VICINAS REGIONES

PROPAGAVIT OBIITQ. ANNO ilTATIS SUE 47 REPARAT.E SALUTIS 1614.

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