JUNII DIE
FrANCISCUS HuBERTUS FRATER REGIS
CONSILIARIUS ET RATIONUM REGIARUM AUDITOR PABENTABAT ■*.
Ce ne fut que le 6 lévrier i6i5 qu'Etienne Hubert fut remplacé dans la chaire d'arabe du Collège de France par un Syrien du Mont Liban nommé Gabriel Sionita'.
Outre sa science philologique et ses connaissances médicales, E. Hubert avait étudié la théologie, ce qui n'était pas sans étonner Pierre de L'Estoile, qui écrit dans son journal à la date du i5 septembre 1609 : « Ce jour, à la prière d'un ami, je monstrai mon estude à trois honnestes hommes qui la vinrent voir et y furent trois iieures, dont il m'ennuioit bien... le tiers, ung médecin nommé Hubert, catholique, fort sçavant es langues orientales et qu'on dit
1. Cf. Bibl. Nat. Ms. fr. S22g, f. 55, lamcdrcincd'Avicenncct d'Avcrroèsamcna n" 102. — Ce Ms. fait partie d'une collée- peu à peu l'abandon de l'étude de la langue tlon de vingt-cinq volumes (8216-8240) arabe, et l'on ne vit plus de médecins qui sont catalogués sous le titre général : enseigner cette langue au Collège Royal. Recueil d'épUap)ies Joriné par Pierre Clai- L'usage s'établit, à défaut d'orientalistes rambaidt en partie ai)ec des débris du cabinet français, de rccniter pour les fonctions de de Gaignières, secrétaire-interprète des Arméniens ou des
2. Onlitentête; «Orléans — Jesuitles» Syriens. Mais les conséquences fâcheuses et plus bas : « Epit. de marbre noir à droite résultant de l'emploi d'étrangers pour les dans le fond de l'église, en entrant par la négociations y fit renoncer vers le milieu grande porte ». du xviic siècle. Cf. De Guignes, Essai his-
3. On lit au dessous, de la main du co- torique sur l'origine des caractères orientaux piste : c< Le reste est en hébreu ou grec », de l'Imprimerie royale; Dugat, Histoire des
/). Cf. G. Du Val, loc. cit., pp. 3i-32. orientalistes de l'Europe du wi" au xix" sih- — .\prùs Etienne Hubert, le discrédit de de, t. 1, p. xxiv.
INTRODUCTION
estre assez bon théologien pour ung médecin, duquel la profession ne s'accorde t^uèrcs bien avec l'autre ' ».
Georges Fornier. — Au mois d'avril iSgi , le poste de consul au Maroc se trouvait vacant par suite de la mort do Guillaume Bérard ". Le sieur Georges Fornier, « marchand natif et originaire de Marseille », qui avait séjourné au Maroc et y avait fait l'intérim du titulaire, rentré en France en février i589\ adressa une requête aux magistrats municipaux' de cette ville à l'efifct d'être pourvu du dit office de consul. Pour donner plus de poids à sa demande, il lu lit appuyer par les « marchands dudict Marseille, trafficquants et negolians ausdicts royaulmes de Fez et Marroc ». Ceux-ci, « considérant la nécessité importante de la conservation du négoce » ainsi que le préjudice qui résultait non seulement pour leurs intérêts, mais encore pour les « droits et grandeurs de Sa Majesté » de voir le Maroc « destitué de consul », donnèrent un avis favorable à la nomination de G. Fornier. Nous « déclarons, disaient-ils, que nenthandons empescher, ains plustot dezirons — et la grandeur de ceste nation, bien, repos et tranquilité de tous les negossians ausdittcs parties — que ledit Fornier soit receu, nommé et promeu en ladite charge et estât consullaire ausdiltes parties. . . .'».
Les magistrats municipaux de Marseille n'étaient pas compétents pour conférer cette charge, mais, en raison des troubles de la Ligue, ils crurent pouvoir donner à Georges Fornier le 27 avril iSgi des lettres patentes le nommant « consul, protecteur et dcITanceur desdits manans et habitans dudit Marseille et de tous autres de la nation française navigant, tiafficjuant et negocians auxdits royaumes de Fez et Marroques et aultres lieux despandant dcsdittes contrées ».
I. P. DE. L'EsTOiv^, Mémoires-journaux. 3. « Et mosmns ayant exerce ladite
édit. de la Lib. des Bibliophiles, t. X, charge par quelques années, du vivant du-
p. 16. dit lîcrard et en son absence d'iccUc ». V.
3. Guillaume Bérard était mort « ces infra. Addenda, p. 768. mois passés ». V. infra. p. 768, le certifî- 4. Leur titre était « les consijs de la ville
cat des marchands de Marseille daté d'avril de Marseille » ; on a préféré ne pas em-
iSgi. Les lettres de nomination octroyées ployer cette désignation pour éviter toute
à Fornier par les magistrats municipaux de confusion entre leur fonction et celle des
Marseille et datées du 37 avril iSgi portent consuls à l'étranger.
« que Guilheaume Bcrard... seroit naguière 5. V. infra. p. 75g, Certificat des mar-
dexedé ». V. injra, p. 760. ckands de Marseille.
XXVm INTRODUCTION
Ils demandaient à Sa Majesté Très-Chrétienne et à monseigneur le duc de Mayenne de vouloir bien confirmer cette a nomination, eslection et érection de consuUat au profiit dudit Fournier clluy en fere expédier lettres à ce opportunes' ».
Cinq mois se passèrent sans que cette confirmation, par suite des troubles de la Ligue, pût être obtenue. C'est pourquoi, le 9 septembre iBqi , Georges Fornier s'adressa au parlement de Provence, demandant à être commis au dit office de consul (( et ce par provision et jusques à ce qu il ayt moien d'obtenir lettres de provision de ladite charge du Roy Très-Chrestien ou s' duc de Mayenne, lieutenant gênerai de l'Estat royal et coronne de France et conseil gênerai de l'Union des Catholiques" ». Sur le vu de cette requête, du certificat des marchands et des lettres de nomination des magistrats municipaux, le Parlement rendit un arrêt, le 19 septembre 1691 . ordonnant à Fornier de se pourvoir dans un délai de six mois auprès du Roi ou de Mayenne, afin d'obtenir un titre régulier. Mais l'arrêt ordonnait en outre que l'impétrant serait autorisé à exercer la charge de consul «jusques à ce que aultrement en soit ordonné^ ».
En conséquence de cet arrêt, le même jour, il fut délivré à Georges Fornier, au nom du roi ligueur' Charles de Bourbon, des lettres patentes le nommant consul au Maroc, sous la réserve indiquée ci-dessus.
Pourvu de ce titre d'une validité conditionnelle, Georges Fornier partitpour le Maroc, mais il évita de s'établira Merrakech,oii Moulay Ahmed el-Mansour, sous l'influence de Arnoult de Lisle, lui aurait sans doute fait un médiocre accueil, et il alla résider auprès de Moulay ech-Cheikh, à Fez, qui était alors le foyer des intrigues espagnoles. Le parti de la Ligue eut ainsi au Maroc un consul officiel, en même temps qu 'Arnoult de Lisle représentait à Merrakcch le parti de Henri IV.
On manque de détails sur le séjour de Georges Fornier au Maroc.
1. \. infra, ces lettres de nomination, g mai de la même année. Dans la néces- Addenda, p. 760. site de trouver un roi au nom duquel l'acte
2. V. j" Série, France, t. II, p. ig4. fût rendu, le parlement de Provence adopta
3. \. le texte de cet arrêt /" Série, celui de Charles, cardinal de Vendôme, France, t. II, pp. 194-195. puis de Bourbon (iSGa-iSgi), neveu du
4. Ce roi ne pouvait être le vieux car- précédent. Los Ligueurs avaient agité la dinal de Bourbon proclamé roi sous le nom question de le reconnaître pour Roi. La de Charles X le 3 mars i5go, mais mort le conversion deHenriIVrendit vain ce projet.
INTRODUCTION XXIX
Bien que le roi Henri IV n'ait jamais confirmé les lettres de provision de cet agent, celui-ci passa de longues années au royaume de Fez, car sa présence y est encore constatée au mois d'octobre 1608 par l'envoyé des Etats-Généraux des Provinces-Unies, P. M. Coy '. L'agent hollandais, pour le distinguer de A. de Lisle, le qualifie de « consul de Marseille ». Si Georges Fornicr n'obtint jamais la régularisation de sa nomination à l'ofiice de consul, il géra du moins fructueusement ses afiaircs personnelles, car, à son retour en France, il établit richement ses filles, qui épousèrent des gentilshommes de la Provence "'.
Robert de Marseilles. — Gentilhomme normand au service de Henri de Bourbon, duc de Montpensier'. Il est mentionné comme résidant à Merrakech dans un acte successoral du 28 juin lagS'. Il accompagna Arnoult de Lisle à Merrakech en iGoG etfutchaigé parluid'entrer en relations avec Sir Anthony Sherley. afin d'arriver à connaître l'objet de la mission de cet ambassadeur °. On le voit encore à Merrakech le 7 juillet 1609, date oii il signe une attestation en faveur de P. M. Coy, l'agent des Provinces-Unies °.
Jean Mocquet. — Il naquit vers i5"6. Le lieu de sa naissance n'est pas certain. Eyriès indique Vienne, mais nedonne pas la source de ce renseignement, qui semble erroné. Il est plus probable que le voyageur vint au monde à Meaux ou dans les environs. «J'estois encore à la mamelle en i5~6, écrit-il, lorsque mon père fut mis en prison à Meaux*. » En outre, les villes auxquelles il compare les localités qu'il décrit au cours de ses voyages, sont presque toutes situées dans la Brie.
1. V. /■■' Série. Pays-Bas, t. I, p. 298 cl F, Registre des plaids de Roncheville, années noie I. i5g8-i5gg.
2. V. Bi!)l. Nat. Pièces originales, vol. 5. Sur Anlony Sherley, V. 1" Série, 1303. eoteayoS/f. France, t. II, p. 33i.
3. V. /■•' Série. France, l. II, Lelire de 6. V. /™ Série. Pays-Bas, l. I, p. 3/i8. A. de Lisle à Villeroy du 29 janvier 1606, 7. Biographie Michaud. Celle asserlion p. 33 1, et noie 5. — Son frère Pierre esl reproduite par Lalanne, Dictionnaire de Marseilles, sieur d'Aploraonl, élait con- Historique de la France.
sciller cl procureur du roi au Havre. 8. V. Voyages de Jeun Mocquet, {Ait.