‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 171 sur 362 · VS · texte numérisé non relu

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LETTRE DES CAPTIFS FHANCAiS A LOUIS MU 355

Envoyés à Safi par le Chérif, ils n'ont pu cire rcnns an chevalier de Razilly qui avait déjà ijuitlc ce porl. — Le Chérif a vainement fait rechercher celui-ci. — //*■ supplient le Roi de le renvoyer au Maroc pour procurer leur mise en li lier té.

Sali, 3o novembre lOSo.

En télé : Lettre des esclaves françoisde Saflîs en Barbarie au Roy. — De Salfis, le 3o novembre iG3o.

Sire.

Nous supplions très-humblement Vostre Majesté de nous pardonnei' de ce (jue l'imbesililé de nos pauvres esprits ne ce peuvent eslandre à louer la moindre pcri'ection de vos \ertus, laissant cela à personne plus capable. JNcantmoings nous dirons que la begninilé et douceur don Vostre Majesté est remplie ravit tout le monde, recebvant les veux tant des petits cpie des grands. Entcest efîect, vos très-humbles et très-obcissans sujets et esclaves ce sont enhardie d'importuné Vosti-e Majesté, vous adressant Iheures prières, ce prosternant au\ pieds de vostre boulé inliuioc. avec toute sorte d'humilité, pour réclamer Vostre Majesté d'avoir pityé des nos travaulx, bien que depuis que Vostre Majesté a escrit à l'empereur de Maroc, ils ont esté alegéc, nous ayans faict dès l'heurcs mesmes libres en sa terre sans l'aire ny chaine ny anicun travail ; et sommes à présent à SalTis ', poii de la mer, là oii nous sommes veneus avec le gênerai de son armée, |)ansant treu\(>r monsieur le commandeur de Razilly pour nous anbarqucr et conclure la pais entre Vostre

I. Ils y étaient arrivés le lO octobre. V. supra, p. 353, note 2.

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Magesté et l'empereur de Maroc et remettre tous vos subjels en plaine liberté. Mais le mauvais tamps a forcé la fidellité dudit sieur de Razilly à mestre à la mer contre sa voUonté. et la crainte ausv qu'il avoit de perdre les vaisseaux de Vostre Majesté à ceste coste de Barbarie, parce qu'elle est fort dangereuse.

L Empereur feust estrememant fâché Ihors quy seu la nouvelle que les vaisseaux de Vostre Majesté avoienlmis à la voile sans avoir concleu la pais avec Vostre Magesté. 11 envoya commandemanl de l'heure mesme que l'on mit de barque pour coure la mer pour tacher de rencontrer les navires et ausy de corrieres le long de la coste pour le fere retourner. Enfin ne saurions represanté à Vostre Magesté l'affection grande que l'Empereur a de faire amitié avec Vostre Majesté qu'il estime plus que de monarque qui soit au monde.

Il est sucedédans ces dernières afaires des troubles qu'ils ont prolongé nostre liberté'. Puis qu'il a pieu à vostre bonté d'avoir acomancé en cest afaire une si sainte heuvre de charité d'avoir envoyé par divers fois de vos navires en ces costeset personne de vostre part avec presant pour traiter la paix a\ec l'empereur de Marroc pourla liberté de vos françois subjets, et l'afairc estant en sy bon point, nous supplions derechef avec toute humilité Vostre Majesté qu'il luy plaise encore une autre fois avoir compasion de [la] grande misère de vos pauvres subjets et y mestre fin, si c'est vostre bon plaisir; car à la vérité ayt une chose digne de compasion et grandement déplorable de voir vos sujets entre les mains des Infidelles, sans aulcune consolation spirituelle, où il ce pert beaucoup d'àmes pour estre forcés à renier la foy par mille travaux que l'on passe en ce pais. Vostre bonté aura esgard, s'il luy plaist, à nos misères, que si Vostre Majesté, commande à M. de Razilly de revenir aultre fois avec le moindre des vaisseaux de Vostre Majesté, elle recevra sans doubte toute sorte de contantement de la part de l'empereur de Maroc.

Sire, nous n'aurions pas prins la hardiesse de mestre la main à la plume, nous en jugeans indignes pour adresser à Vostre Magesté nos requestes, sans que nous avons considéré que ce seroit estres

I. Qu'ils ont prolongé nostre liberté, c'est-à-dire : qui ont retarde notre liberté.

trops ingrads de ne recoignoistre pas par quelques preuve de nos afiections le soing que Vostre Majesté a de nous retii'er desclavitude. ne pouvant davantage que de nous sacrifier entièrement aux pieds de Vostre Majesté et prier Xostre Seigneur qu'il luy donne longue et heureuse vie et accroisemcnt de ces grandeurs et victoire sur ces ennemys, cl à nous la gloire de vivre et mourir en la qualité de &c.

Archives Nationales. — M/irine, B W, pp. 336-337 . — Copie.

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