Moulay, on arabe i^y* (Maître), est
un qualificatif Iionorifique donné aux princes des dynasties cliérificnncs du Maroc, et il semble leur avoir été exclusivement ré-
servé. Seuls, depuis plus de trois siècles, ils ont pris ce litre qui est devenu un signe distinclif de leur dynastie, à ce point que, dans le protocole initial de leurs lettres, ils sont souvent qualifiés de Majesté moulouyenne. Par vénération pour le nom du prophète arabe, les cbérifs qui s'appellent Mohammed font généralement précéder ce nom du titre de Sidi, et l'on dit plutôt Sidi Mohammed que Moulay Mohammed, mais cette règle comporte un grand nombre d'exceptions. Cf. E.Doutté, \otes sur l'Islam Maghr., pp. 30-38.
3. Sur l'avènement de la dynasiic saadienne, V. /''•' Série, France, t. 1. p. .'iJ.
MÉMOIRE SUR LE MAROC 3Ôg
Or. pourlepresant, le Roy, qui se nomme MoleyAbdemelec', aagé d'environ trente ans, n'est reconneu pour roy, sinon aux royaumes de Maroque. Fez, Suze, et Gage, et n'a en son commandement que cinq ou six villes et quatre ou cinq cliastcaux, où il lient des gouverneurs à sa dévotion, les autres s'estans soustraictes de son obéissance ou ayant esté usurpées parles Espagnols' ou par les sanctons du païs\ Celles qui restent en son nl)eissance sont: Maroque, ville plus grande que Paris, où il a son palays, plus som^îtueux et plus magnifique qu aucun autre du monde'. Il y réside ordinairement et ne s'en esloigne jamais de plus de trente ou quarante lieues, craincte que ses ennemis ne s en viennent saisir. Ladicte ville est située à sept lieues du mont Atlas, vingt-trois lieues de SalTi, qui est une autre ville sur le bord de la mer Oceane ; elle n'est forte ni d'assiette ni de murailles, dont la pluspart sont ruinées, n'ayant ny fossez, ni rempartz. Il peut y avoir d'habitans cinq à six cent mil àines, mais ils n ont de coustume et ne sçavent delTendre leurs murailles iiy leurs villes et ne sont agguerris comme les autres Maures qu on nomme Alarbcs ' et babitenl la campagne en des tentes. Leur coustume est d'aler combatre hors les villes, et les victorieux entrent dedans sans aucun contredict.
Saapliy est la seconde ville qui obeist au Koy ; elle est située sur la mer Oceanne, environnée d'assez bonnes murailles avec deux chasteauN, liin c[ui est surle haultde la colline et n'est aucunement gardé. 1 autre qui est au bas sur le bord de la mer et est gardé par seize eunucques. La ville est entre deux. Dans le bas chasteau sont quelque deux cents femmes du Roy, qui n'en sortent jamais, s'il ne les envoie quérir, et n est permis à aucun homme ni mesme aux femmes d y entrer, sinon auxdiclz eunucques qui sont renégats. Il peul y avoir dans la ville (juehjue huict centz hommes, dont le
Sommaire et. ■V. Cour, cliap ii.pp. SS-^S. 3. Ces « sanctons », pour ne citer que
— 11 est inutile d'insister sur l'erreur com- les trois principaux, étaient Si<li Ali, clans
mise par l'auteur du mémoire qui fait le Sous, Sidi Mohammed el-.\^yaclii, dans
d^AIger et de Tunis des dépendances de le nord rlu Maroc, et le chef de la zaouïa de
l'empire chérifien. IJila, dans le centre de l'empire cliérilien.
1. Mutey Abdemelcc, Moulay .Abd el- l). Le famcu.^ palais île Id-liedi. V. El-
Malek ben Zidàn. 'V. p. 358. note i. Oufràni, pp. 179-195.
!. Allusion à l'occupation de Larache et 5. Alarbes. .■Vrabes, avec le sens de
de Kl-.\lamora par les Espagnols. nomades.
3fio COMMENCEMENT DE I 63 I
ijuaii esl de Juilz el le reste pauvres gens, excepté quelques deux cents qui se disent soldats du Roy. C'est en celte ville où abordent les niarchandz hoUandois et anglois et y font un grand IrafTicq".
La troisiesmc ville de robcissance du Roy se nomme Azamorrc, située sur une petite rivière', quelque deux lieues de la mer Oceane, 35. lieues loing de Maroque, el i8. de SaalTy. Elle est ceincte de foibles el basses murailles, a fort peu d babitans. Il y a long temps que les Espagnolz, qui ont une forte ville à deux lieues près, dans lemljoucbeure de la rivière', lauroient prise, n estoit que, par son moyen, ils ont quelque commerce avec les Maures du païs, et mesme qu'un Espagnol est fermier des douannes que le Roy y a eslablies. Cette ville est de peu de considération.
La quatriesme ville de l'obéissance du Roy esl Saalé-le-VieiP, qui est ceincte de murailles, mais la plusparl ruinées, en sorte que les cbarretles pourroient y entrer par plusieurs endroiciz. Il y peut avoir quelque ^loo hommes, entre lesquels il y a quelques marchandz fort riclies à cause du commerce du Nouveau-Salé % qui est un port de mer occupé par les Maurisques cbassés d'Espagne. Il n'y a pas plus de demie lieue entre les deux villes séparées par le canal de mer.
L'autre ville obéissante au Roy est au royaume de Suze% bien avant en terre ferme, dont je n'ay autre connoissance. sinon que c est une fort grande ville et mal peuplée'.
Le principal de ses cbasteaux esl au royaume de Gago, vers la Guinée, d'où ses prédécesseurs ont lire une grande quantité d'or le meilleur du monde, mais, depuis trois ou quatre ans. un sancton* a
1 . On se rappelle que c'est dans le port époque d'autre autorité que celle de Sidi de Safi que se faisait à cette époque tout le Mohammed el-Ayachi.
trafic du royaume de Merrakech avec les 5. Nouveau Salé, I\bat.
nations européennes. C^. Sure, Sous.
2. Cette petite rivière est l'oued Oumni 7. L'auteur du mémoire veut désigner er-RI)ia, le fleuve le plus imporbrut du Taroudant ; mais il se contredira un peu Maroc. plus loin (V. p. 306, note 1). en rangeant
3. Celte « forle ville « possédée par les cette ville sous la domination du marabout Espagnols h deux lieues d'.Vzemraour est Sidi Ali. Cette seconde aflirmation est Mazagan. Cette place, ancienne fronieira d'ailleurs plus conforme à l'état politique portugaise, était passée à l'Espagne lors de du Sous à cette époque.
la ré-uiiion des deu\ couroiuies (iSt^o). 8. Un mnclon, le santon de Massa, Sidi
.'i. Salé-le-Vieil ne reconnaissait ii cetle .\.li. ^'. infra, p. 365, note 4.