MEMOIRE SUR LE MAROC
occupé le chemin et y envoie ses gens qui portent du sel ;i ce peuple sauvage et en eschange rapportent l'or.
Le second chasteau se nomme S'"-Croix, situé sur le bord de rOeean. dans la pante d'une hautle coline, et par consecpiaiil commandé: il a d'assez bonnes murailles, mais basses et la pluspart de terre. 11 v peut avuir dedans cpielques trois cents hommes bons et mauvais ; il s'y est fait autresfois quantité de sucre et il y a encores aux environs quelques moulins et cannes de sucre'. Le trafïicqy estoil tort bim, il y a sept ou huict ans, mais le sancton de Meze', n'estant qu'à cinq lieues de là, a deJTendu aux Alarbes de la campagne d'y achapter ny vendre aucunes denrées el, par ce moien, a tiré les marcliandzde son costé, de sorte qu'il faut que le Uoy leur envoie des munitions par la mer en quelques vaisseaux hoUandois qui serviroient le diable pour leur profTict^
Le troisiesme chasteau est Mougadou'. situé sur le bord de la mer en la mesme coste. Le chasteau est fort petit et Ibible, habité par quelque quatre-vingtz hommes ; le Roy l'a faict reparer el habiter depuis trois ans, pour empescher le trafTic des Chrestiens avec les Alarbes et le sancton de ce pais qui lui sont rebelles '. Il y a une isle inhabitée demi lieue à la mer; l'isle commande le chasteau et le pori, car elle est tellement située que d un bout elle commande audicl ("orf et le peut l)attre en ruine, et de 1 autre elle commande dans le port qui est la retraicte ordinaire des forbans pendant 1 hyver. 11 y a une rivière d'eaue douce d'où les navires prennent de l'eau en despil de fous les Maures; lesdicts
I . Sur la culture de la canuo à surrc au res([ucs ne pourroient jamais achever une
Maroc et spécialement dans le Sous, V. galère, si ce n'est pas la faveur et intelli-
/'■'■ Série. France, t. F, p. 3o3, note 5, et gence qu'ils ont avec leurs pensionnaires,
l. II, p. 358, note 6. confédérés et associés qui leur envoient le
■>.. Le sancton de Meze. Sidi .\li. — Aleze, bois, les charpentiers, les mats, les avirons.
Massa, Mast, petit port à .'lO kilomètres au les chaînes toute faites pour enferrer les
sud d'.Vgadir. l, ne légende d'origine ineer- Chrétiens. » Foucques, Mêm. parlant
taine en faisait le lieu où avait échoué plusieurs averlissentens présentés au Huy
la baleine du prophète .lonas. p. 6.
3. Los Hollandais avaient au xv!!" siècle 1. Mougadou. Mogador. V. ci-dessus
fort mauvaise réputation et passaient povir pp. 76, 117 et 121.
favoriser la piraterie harbaresque. Le capi- 5. Ce santon rebelle au Chérif dans la
taine P'oucques appréciant leur rôle écrit : région de Mogador devait être le fds de
« Malgré toutes leurs volcries, les Harba- Sidi Valii.i ben Abdallah.
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chasteau et porl de mer sont entre SaafTy et S"'-Croix, i6. lieues de Saaffy et quelque 3o. de S'"-Croi\. Il faut aussi que le Roy y envoyé des provisions jiar mer dans quelques petits batteaux, car les Alarbes sont maistres de la campagne.
Or combien que le Roy n'ayt en son pouvoir autres places, il a néanmoins beaucoup de païs à son commandement et beaucoup de subjectz qui lui font hommage, sans payer aucun tribut, si luimesme ne le va recueillir dans leurs adouars et habitations, ce qu il faict tantosi en une province, tantost en une autre, menant avec soy une armée de i5 ou 20000 hommes à cheval, car ils n ont point d'infanterie en ce pays ; et, si ce Roy n y aloit le plus fort, il n'auroit aucun tribut qui consiste en bled, orge ou froment, chevaux, moutons, vaches, chameaux et volailles, car, pour de 1 argent, il nen tire point, sinon des susdictcs places où il a des douannes et impost sur les marchandises, les Juifs faisans tout ce négoce. Il entrelient sa maison et son armée par le moyen desdictes douanes et des autres commodités qu'il prend sur ses subjectz, paianl ordinairement sa gendarmerie de bœufz. moutons, bledz, \c. Il a de grands trésors d'or, argent et pierreries que lui (mt laissé ses prédécesseurs, roys qui ont jadis occupé et pillé toute l'Espagne et sont venus bien avant dans la France.
Quant à ce qui est des autres villes de ses royaumes, où il est reconneu pour roy. mais où il n'est pas obéi, sont les suivantes :
Toutouan est au dedans du Desiroict' dans 1 amboucheure^, ville médiocrement forte, tenue par les Maures qui se donnent librement la dispanse de boire de bon vin qu'ils recueillent en assez grande abondance : elle est sur la mer, et s y fait assez jjon tralhcq pourveu c[u"on prenne ses assurances^.
Fessa ou Fez est située quelque 25. lieues en terre ferme, tant du costé de la mer Méditerranée que de l'Océan, grande ville, assez forte et médiocrement peuplée de Maures qui obéissent au
1. Il faut proljahloment entendre : .3. La ville de Tétouan. comme colle de Télonan est au dedans de la mer fermée Salé, après avoir accueilli les Moriscos par le détroit de Gibraltar, c'est-à-dire : expulsés d'Espagne, avait fini par en subir dans la Méditerranée. l'autorité. Les buveurs « de bon vin » dont
2. Tétouan est à deux kdomt'tres de la parle l'auteur devaient être, non des indicôte, à l'embouchure de l'oued Martil. gènes, mais de.s Moriscos.