LETTRE DE P. MAZET A RICHELIEU
// envoie à Richelieu, sous le même pli, un résumé de ses précédentes lettres.
— Situation politique de Salé; sagesse de ses gouvernants actuels. — Mécontentement causé aux habitants de Salé-le-NeuJ par un fossé creusé autour de la Kasba. — Procès intenté à un jeune homme de Calais ; intrigues de Ali Raïs. — Mazet réclame la mise en liberté d'un jeune homme de Calais que Ali Raïs veut faire musulman. — Il réclame aussi la libération d'un Dieppois pris par les Barbaresques et amené à Salé. — SiRazilly et Du Chalard reviennent à Salé munis de pouvoirs pour traiter avec le Gouverneur, ils pourront négocier, outre la relaxation des captifs, la liberté du trafic dans les ports marocains. — Progrès du santon Sidi Ali: bon accueil que reçoivent dans ses Etats les marchands étrangers.
— Nécessité d'une expédition contre Alger et Tunis. ■ — Mazet demande à être maintenu dans la fonction de consul au Maroc malgré les provisions pour la même charge que .André P rat a obtenues du secrétaire Bouthillier .
Salé, 10 février i63i.
Suscriptiou : A monseigneur, monseigneur le cardinal de Uiclielieu, grand niaistre, chef des conseillis de France, elc', par mains de monsieur de Martin, conseilhier du Uoy en ses conseillis d'Estatz et secrétaire gênerai de la marine de France, reue Bourgtibourg, etc", à Paris.
Monseigneur,
Salut et prosperitté en la bonne grasse de nostre bon roy à quy Dieu dont 1 unique lelisitté et le nous mcintienc avec Monsieur pour long siècle !
Celle issy est la troiziesme ou (juatriesme que j'ay heu l'oncur De Castkies. 111. — 24
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d'escripre en dacle du treziesme, vingt-deuxiesme octobre, et ma presedentc du quinziesme de dezembre dernier, soubz l'adresse de monsieur de Valanse à Calais ou, à son absance, à son lieutenant, espérant qu'ilz auront faict tenir le paquet à monsieur de Martin à Parys. insin que leur ay supplié et encharger de faire, si tant est que leur soict esté randeu. Et, pour sy a cas, va sy-inclus l'estretz d'icelle touchant les occurances passées, à quy je me remet. E anarant sullement se quy court de nouveau en se carlier, que le cappitaine Serron ' est reanlrei- gouverneur du Chcteau,dès le cinquiesme du courant, et cappitaine Alcasery y est encore pour ceulx du faubourd", lesquelz gouvernent asés paiziblement, que samble y voir coman sèment de conformitté de se cazy redreser comme ilz estoinct au passé (bien que en ceste Barbarie toute chose soict beaucoup moingz estable que à tout aultre partie du monde); d'aultant que le ving-slxziesme de se moys ^ ont faict bailhé paye à
tousses abilans à ' livres tz. pour chaqun houme hordinere,
se que faizoict plus d'un an qu ilz n'avoincl rien heu'^. Et neamoingz pluzieurs dudict bourd grondent contre ceulx dudict château, à l'occazion de la continuasion du fossé que font, pour l'avoir trasé à prandre jusques la plasse du Figuier, où se faict le déchargement des marchandizes en la rivyere. alegant quy le font pour se randre maistre obsolut d'eux ou de se donner aux Espagnols"; et deux jours apprès, que fut le vingt-huictiesme dudict, pour les appezer, font rangé ledict fossé tout contre l'antour de leur petict château apjjellé El-Darmir\ oîi n'auront poinct de lieu à fere aulcune tour ou balouart' pour mieux douminé ledict faus bourd que auparavant ; n ont aultre advantage que de s'eltre retranché pour
1. Le cappitaine Serron, Moh^mmedhen 5. Les habitants de Salé-le-Neuf devaient Abd el-Kader Ceron. Sur ce personnage, recevoir une quote-part dans le produit V. supra, p. 3o8, note i. des douanes. V. Introduction critique, p. ir)3,
2. Sur les deux gouverneurs de Salé, n. 2, et p. ig4; et infra, p. 54 1.
celui de la Kasba et celui de Salé-le-Neuf 6. Sur ce fossé que les habitants de
(Ubat), V. supra, p. i(j4, note 5. Salé-le-Neuf regardaient justement comme
3. Le vinij-sixziesme (le se moys. La lettre une mesure de défense prise contre eus, étant datée du 10 février, l'auteurveut sans V. i'''^ Série, Espagne, 16 septembre 1629. doute dire le 26 janvier. — Le sujet de la 7. El-Darmir, transcription défectueuse proposition n'est pas exprimé. d'un mot qui n'a pu être restitué.
!). Le papier est déchiré en cet endroit. 8. Bafouari, hispanisme pour: boulevard.
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Icdul lossé quy contourne la douniaine df leur dictz château.
Le prossès du june garsoii de Calais n'etpoinct encore conclu pour la contrecare de se maudicl AUy Rais, quy soutient sa niechancctté par de faux tesmoingz quy a presanté, et moy d'aullres quy tesmoignent l'inossencc et veritté dudicl garson par de mesme More ausy de son hequipage, puistjue les Chrestiens ne nous peuvent servir à 1 ancontred'eulx', suivant les hordonanse de leur sette et loixs : et mesme presque aulcun n'ozent point parler de nostre juste defance pour n'estre tansé de noz frères chrestiens", quoyque hevidantement connoisent qu'est supozé à mauvaizo fins et nont en terme de leur dicte croyance, que, cand ne seroict que la minuryté et sa ferme constante declarasion de n'estre jamais aultre que bon chrestieii. sufizoict, sy la justice esloict entièrement liczatte : discours que jey propozé en familieritlé avec le supérieur dudicl château, lequel me promect le moy fere délivrer dans peu de jours, samhlahlement ung Dieppois, que le navire et le restant de l'équipage où il estoict furent prins et amenés pour ceulx mesme d'Argcrs et 1 adjuger de bonne prmze pour avoir faict rezistance à s'être deffandeu, suivant la malcruze pays faicte audict Argers^ derogable au service de nostre bon roy et au destrimant de son Estât, et par bon sort de sedict Diepois' d'estre pretouché et mené par un araïs de cedict lieu, pour quy je demande soict mis en liberté par verteu de la trêve, espérant que sera en brief, où je dezire le faire condeteurdes prezantes jusques à la consignasion de nions' le gouverneur du Havre ou aultre pour luy, à quy supplieray de les achaminer à Votre Grandeur souhz la mesme adresse de mous" de Martin.
En oultre sedict gouverneur m asure que sy, pandant sont année du gouvernement, messieurs de Razilly et Du Challart sa revyenet avec emple comission de fere une enlieic pays, sans doubte leurs
1. Le témoignage d'un chrétien ne pou- .'i. Celle plirase est fort embrouiUéo, mais vail être invoqué contre un musulman. le sens se rétablit facilement. Il faut cntcn-
2. La crainte de voir supprimer le trafic dre: Le navire à bord duquel se trouvait obligeait à ces ménagements. le Dieppois fut mené à .\lger et ce captif
3. Cette maleruze pays faicte aadicl Ar- eut la chance d'être attribué à un raïs de gers est celle du ig septembre 1628 conclue Salé qui l'emmena dans ce dernier port, ce par Samson NapoUon. Sur ce traité, V. qui me permit de ra'occuper de sa mise en
supra, p. 226, note 2. liberté.
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serra haize de retirer deux de bonnes précautions grandement hutille et nessesaire, afin qu'elle soict deubement hoservée ; et par mesme concluront l'aflere du royde Marrocque pour la délivrance des pauvres alïïigés esclaves François, et à suitle vingt-cinq à trante quy sont à Toulouan ; que en seste mesme année et voyage pouront. Dieu aydant, ausy establir le livre coumerse presque en tous porlz et hechelles franque de ceste Barbarye despandans dudict royaulme de Marrocque, où ne resteroit que Messe' qu'est sept à buict lieux plus bas de S"'-Croys au reigne de Sus. quy est doumyné par ung grand marabout que beulx appellent Sidy All> -, lioume, àleuroppinion, de saincte vie ; lequel s'est rebellé aulx defTuntz roys dé Marrocque, doub despuys posede et s'engrandy de plus en plus, pour estre bon justisier, où s'es aquery Touredant ', Draque' et aultres terres, que par se moyen a la plus grande trecte de 1 or de tiber" quy vient de Tonbeteu'', plus au delà de l'Arabie dezerte ; se pourquoy sondict pays est mieux abondé d'or et infinyfé d'austriclies et aultres danrées d'asés bon negosse pour les marclians, quy les cliery et trele fort humenement, de quele nations que soinct, y sont là fort bien veneus, à se que j'ay entandcu resilé à pluzieurs que y sont estes. Et l'année suivante apprès, sy les affaires d'Estat de Sa Mag'" le permect et que Vostre Ilustrisime Signorie le truvyse apprepos, d'envoyer lesdictz s"^* avec une forte flocle de vesseaux aux endroitz d'Arger et Tliunys pour reiformer en bons termes la pays, ou les faire foyter à bonne hesian; se seroict tout à faict une très-heruze mémoire et singulière louange à Sadicle Mag'" que à son bon conseil, que le Souverayn Seigneur soutiene en supériorité sur tout aultre monarque de la terre.
Et, à mon particulier, faict longtamps que, apprès Dieu, j'ay heu espoir à vous, mondict seigneur, d'estre prouveu en propriété de ceste charge de consolât de sedict heu, quoyque modernement