‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 183 sur 362 · Le 13 avril 1628. Uahamna · texte numérisé non relu

Le 13 avril 1628. Uahamna

3. La Ou^ue/ff, le pays de Doukkala. 4- Surcescjourdu ClR-rif à Mogadorqul

3. La cabille des liamenas, la tribu des cul lieu en aoùl 1628, Cf. supra, p. 176.

puis fouetter. «S; après, les ayant fait boire avec luv, les prendre' pour compagnons, pour luy ayder au massacre de vingt-deux pauvres Barbares, qu'il tenoit enchaisnez auprès de luy. Sortant de ce lieu pour aller en Chednia', où son frère puisné^ luy fut livré entre les mains par un traislre, après en avoir fait les feux de joye, il luy feit mettre les fei's aux pieds, le conduisant luy-mesme jusques à Marroque pour Texecuter en temps convenable; celuy de la Pasque du mouton' qu il devoit faire l'en empescha pour lors.

Revenu qu'il fut en Chedma, ayant envoyé au supplice plusieurs esclaves françois qui servoient à son escurie, comme il se resouvint qu'il en avoit besoin, cliangeant ceste peine en une plus cruelle (car cest moins d'estre estranglé que d estre ainsi batu), il leur fit donner à chacun cent coups de baston, tant sur le ventre, bras, gras de jambes, plantes des pieds qu'autres parties, tant ijuun homme fort les peut desserrer.

De Chedma tournant vers Safy pour y faire quelque demeure, pour estre l'un de ses plus beaux cbasteaux, en quatre mois qu il y demeura% il n'y eut jour (ju'il n'y ilst quelque massacre, s'estant nombre de compte fait huict cens personnes tant hommes que femmes, qu'il fit sauter de son chasteau à la mer. Entre ses autres belles actions sont à remarquer qu'à une fois il fit trente eunuques, les ayant contraint de renier leur foy ; une autre qu'il fit traisner un des plus qualifiez de sa maison trois jours continuels parmy la ville, & après escorcher tout vif, prenant plaisir à luy mettre luymesme les membres par morceaux. Lue troisième, qu'estant sur les murailles de son chasteau, sentretenant avec l'alcaïde Rodouan, se vantant à luy qu'il n'avoit crainte d'aucun homme, ayant à sa faveur & dévotion, quand il luy plaisoit, trois légions entières dj démons pour luy servir d'escorte & de defence, il fit venir un de ses canonniers irlandois ik luy fait mettre cinquante livres de fer aux pieds, d'autant, luy dit-il, que, venant de regarder la mer, il

1. Les prendre, pour: les prit. el-Kebir, pour la célébration de laquelle

2. CUedma, la tribu des Chiadma dont tout Arabe est tenu d'égorger un mouton, le territoire s'étend entre Mogador et Safi. 5. D'octobre 162S à janvier ou février

3. Son frère puisné. Moulay el-Oualid. 1629, date approximative du retour du V. ci-dessus, p. 363, note 3. (jhérif à Merrakecli, selon le P. François

!i. La Pascjue du mouton, la fétu de l'Aïd d'Angers. Y. supra, p. 181.

BIOGHVPHIt: DE MOULAY ABD EL-MALEK 385

\ avoit apperccu des matelots anglois qui voguoienl vers le 2)oit sans l'avoir salué, lesquels il n "avoit sceu faire prendre pour s'estre enfuis dans leurs navires. Le soir il le délivra de ces fers, luy ayant donné pour pénitence de trancher la teste à quatre Mores, sur lesquels il essaya le premier le tranchant de son espée. Une quatrlesme, (pi avant mandé qu'on hi\ anienasl (piehpies cheeqs, qui est à (lire les premiers d'un village, (Sl un phaquel', qui veut dire un sainct personnage, avant fait couper à ces cliecqs premièrement les doigts. [)uis les orteils des pieds, puis les gras des cuisses & des jambes, enfin il leur trancha la teste, (S[ pour le phaquel, le fit griller avec des lames de fer ardeni, faisant clouer leurs corps à ses portes.

Mais, monstre, ne sortiras-tu jamais de ceste pauvre ville, faut-il (pie tu l'achevés de dépeupler par tes barbaries, & qu'il ne t'y demeure plus que les maisons.^ Pour moy, je croy qu'il en eût fait ainsi, n'estoit que la peste, qui s'estoit si fortjettée dans toute la Barbarie, qu'en moins de trois mois, en la seule ville de Marroque, moururent bien trois cents mille personnes, parmy lesquelles finirent heureusement leurs jours, non seulement les deux Révérends Pères capucins dessusdits, le Révérend Père Cyprien, &. le neveu dudit sieur chevalier de Razilly", mais encore quasi tous les esclaves, s'eslaiit aussi glissée sur le peu d hommes qui restoit à SafTy de la cruauté de ce barbare, il fut contraint d'en sortir à la haste, tant il avoit crainte de mourir.

Sors donc, exécrable avorton de la nature ; sors, tigre avide du sang humain ; sors & t'en vas par les campagnes ; mais ne manque, comme tu fis à ta première sortie de Marroque, de les arrouser de neuves de sang. Car comment est-ce que par tous les lieux où il passoit, desquels il changeoit à toute heure, il faisoil cmpaller les uns, égorger ou esloulfer les autres, deschirer ou hacher ceux-cy ; eloù il se renconlroit par fortune des arbres, les y attacher & assommer, soit à coups de lleche, soit à coups de canon, une fois avec des harquebuses ou des pierres, bref en toutes les manières imaginables, & desquelles il se pouvoit adviseï-. 11 s'est trouvé plusieurs

1. Pliaqucl, fekih, docUnir do 1.t T^oi. Gabriel de Razilly, \. Histoire de la mission

2. Sur la mort des l'P, capiuiiis et de des l'P. capucins au Maroc, pp. i^g-iSS.

De CiSTinEs. III. — 25

fois, attachant ainsi un homme, pieds & mains à quatre arbres, qu'il le faisoit, suspendu qu'il estoit, fendre par le milieu du ventre, & puis, l'ayant emply de poudre à canon & si bien recousu qu'il ne pouvoit prendre vent, il luy faisoit mettre le feu au fondement, afin qu'il s'en allast en pièces. Il s'est veu encores d'ordinaire que ce tyran, en ayant attaché un autre à un seul arbre, luy donnoil si fort le frontal' qu'il luy en faisoit sortir les yeux de la teste, & puis les remplissant de poudre, y faire" mettre le feu avec un tison.

C'estoil tous les jours qu'ayant un cheval très-furieux qu'il tenoit ordinairement sellé & bridé à 1 entrée d'unede ses tentes, ik quijettoit en l'air un homme de la hauteur de deux brasses, & le reprenant en tombant il l'esgorgeoit d'un coup de dents, il ne l'exerçoit qu'à cela, luy faisant, après qu'd estoit las de massacrer, donner pour pasture du vin & du laict, dont ce cheval montroit par signes en estre fort aise.

Vous ne sçauriez dire combien de fois il jettoit aux lions des pauvres créatures ; mais admirez comme un lion qu'il traisnoit à sa suitte le fil rougir ; car, comme cette pauvre beste, plus humaine que luy, ne voulut manger du gras de la jambe d'un More, qu il avoit fait couper exprès pour luy donner, quelque invention qu'il y apportast, comme de la faire farcir de mouton, ce tison d'enfer l'ayant fait fouetter & jeusner trois jours pour le contraindre de manger, si est-ce pourtant que jamais il ne voulut le faire, quoy qu'il luy en fist servir une autre de nouveau. C'estoit par tous les lieux où il passoit qu'il faisoit des estangs de sang & des montagnes de cadavres. Mais ce que j'estime le plus horrible de tous, c'est que de la moitié de ceux qu'il faisoit mourir, qui estoient tous ceux qu'il rencontroit, à l'autre moitié il faisoit seulement couper les bras & les jambes, les laissant languir sur la place pour estre deschirez par lesbestes féroces, ou mourir de douleur & et de faim.

Maison vérité je te serois trop ennuyeux, lecteur, si je te voulois dire la milliesme partie des cruautez de ce démon incarné. Prens seulement encores patience de lireceste douzaine, & que je finisse par celles qu'il finit ses maudites promenades. Il voulut retourner à Mar-

I . Le frontal était une torture consis- front du patient, tant à étreindre avec une corde à nœuds le 2. Y faire, pour : v faisoit.

BIOGRAPHIE DE MOL L.W Alil) EL-MALEK 38~

roque, «k la première action qu'il y lit ce rul(|ue, voukuil célébrer les funérailles de sa defuncte mère qui estoit morlc,il y avoit quelques mois, il fit mourirdix de ses plus belles femmes, les envoyant, disoitil, pour la servir, attendant qu'il luy en fist présent de davantage. Desquelles, comme il en ainioil uneeperducment, il la fit desenterrer quatre jours après. tV 1 ayant faite veslir somptueusement & orner bien pour cent mil escus de pierreries, la baisant et rebaisant plusieurs fois pendant que quelques eunuques la luy soustenoient toute droite, puis enterrer après avec toute cesle ricbesse, Ireniliant la teste à tous ceux qui y avoient mis la main.

La seconde, qu'un pauvre esclave chrestien ayant esté appréhendé, comme il se vouloit sauver, l'ayant fait venir à son armée, il luy coupa en présence de tous avec un rasoir qu'il tenoit en une main \; des tenailles rouges en l'autre, premièrement l'une & l'autre Icvre, puis le nez, les joues, les oreilles, les pieds, les mains & enfin tous les membres du corps l'un après l'autre, avec tant d'intervalle \ de poses entre deux, (ju'il employa trois heures en ce martyre, s'asseant & se reposant en une chaire qui estoit là préparée, à mesure qu'il les coupoit un à nn.

La troisiesme, qu'yvrognant à une lieue de ses pavillons, quelqu'un luy ayant dit qu'il ne faisoit pas bon de demeurer là, d'autant que 1 air se troubloit, leur ayant respondu en vray démoniaque : « Pourquoy est-ce (juc Dieu veut faire pleuvoir, puis qu'il ne me plaisl pas."* Sçait-il pas bien que je suis icy.'' » & autres paroles d'un air semblable, comme pour se venger de luy, il se fit amener quatre Arabes, lesquels il fit escorcher tous vifs et brusla luymesme par après à force de tisons allumez.

La quatriesme, (pi ayant apperceu une sauterelle sur les toilles qui entoui'oient ses tantes, s'estanl fait \enir ses emuujues, pour sçavoir d eux qui avoit esté si liardy que de luy donner ceste licence & se mettre en lieu qu'elle peusl voir ses femmes, ayant la main à l'cspée pour les tuer, «.V se ravisanl. tout à l'heure leur lit donner à chacun buict cens coups de fouets sur le ventre, afin de leur apprendre une autre fois à ne laisser pas regarder ses femmes.

La cincjuiesmc, que voulant faire les nopces d'une belle Chabanette '

I . ChabanetU', femme ilc la tribu des ChcbAna. V. supra, p. ioi, note 3, et p. 827, note i

qu'il espousa, ayant pour cet efiet fait fermer sept jours durant toutes les boutiques, & commandé que toutes les femmes de ces alcaïdes & cheqs s'assemblassent dans ses jardins pour danser, où il s'en trouva plus de vingt mil, les allant voir pour baller & folastrer avec elles, c'estoit, à la fin du jeu, de jelter quantité de poignées de petites pièces d argent, qu il avoit fait battre toute exprès, parmy elles, tant afin que courant à qui en auroit, elles s'entremeurlrissent, qu'à fin qu'elles estoulTassenl quantité d'enfans qu'elles avoient avec elles, les frapant par derrière à coups de plat d espée, faisant semblant de les vouloir séparer.

La sixicsme, que s'estant fait faire un cercle de fer par un serrurier, qui se serroit & se deserroit à vis, il en fit mourir pour un seul coup trente femmes, leur pressant tellement le front qu'il falloit qu'elles rendissent la cervelle, laquelle il faisoit manger à ses eunuques.

La septiesme, que faisant pour une seconde fois de nouvelles nopces, après s'estre lassé de danser autour d'un estang qui est dans ses jardins , grand de douze mil pas en carré , avec un mi Hier d' hommes & de femmes, il en fit tant jelter dedans >k noyer, les uns, une bouteille pendue au col, les autres, pieds À mains attachées, les autres liez avec de longues cordes par la nature, (ju'il tenoit entre ses mains, pour les mieux faire danser dans l'eau, que 1 eslangs'en trouva tout remply, ayant au preallable fait allumer deux mille flambeaux tout autour dudit estang, afin de mieux voir ce spectacle. En fin la 8. g. lo. ii. & dernière furent la veille de son trespas.

Pour la 8. c'est qu'ayant trouvé un petit berger, ik lui ayant demandé à qui estoient les moutons qu il paissoit. comme il luy eust respondu que c estoit à son frère, s'estonnant de ce qu'on osoit dire que quelque chose ne fust pas à luy, il le fit massacrer par un de ses alcaïdes, qui voulant différer de l'exécution pensa luymesme estre massacré de luy.

La neufiesme, qu'à demye heure de là, rencontrant un autre berger, duquel il avoit acheté une chèvre devant qu'il fust roy, il luy fendist la teste en deux, d'autant, dit-il, qu'il luy avoit trop vendue. Et au sortir de ceste action, ayant fait venir un More nommé Saudal, il luy fil verser une cruche d'eau-de-vie dans le

BIOGRAPHtE DE MOULAY \BTl EL-MALEK 38f)

fondement avec un entonnoir. tV puis l'ayant lait coudre afui qu il ne prist vent. A y mist le l'eu \' le fit crever.

La dixiesme fut sur le soir, que s'estant fait attacher ses espérons, il monta sur l'eschine de quatre hommes l'un après l'autre, les faisant maniera courbettes comme un cheval, leur chauffant ses espérons dans les flancs, après les avoir tous quatre lassez et rccreus, si qu'ils ne se pouvoient plus remuer, il les estropia de hras \ de jambes.

L unziesme, que de là montant sur un cheval blanc, il le fit passer plus de cent fois sur une fcinmc qui servoit à sa cuisine, si qu'il luy froissa & moulut tous les os.

En fin pour la dernière, c est qu'ayant un chien appelle Lion, (jui luy servoit de garde ordinaire, il le fit emprisonner ce jour là, ce que je ne te mar(|ue point tant pour cruauté, car je te puis jurer en sincérité qu il a fait plus de cent mille autres actions autant ou plus cruelles (juc pas une de celles que je te descris icy, que pour te dire que, par cet emprisonnement de son chien, il mist fin à sa misérable vie. Car tous les alcaïdes & principaux capitaines ayant délibère de s'en défaire, pour ne pouvoir plus souffrir ses iuhumanitez. ik attitré pour cela un renié provençal nommé Chaban, cest homme, le voyant endormy sans sa garde ordinaire, entra ceste nuict dans sa tente, & pendant qu'il ronfloit de son vin. luy lascha un pistolet chargé de balle ramée dans le petit ventre, en sorte que ce monstre, paravant que de s éveiller de son somme, se trouva plongé dans les enfers '.

\ oila donc, lecteur, ce que je m estois proposé de te monstrer, sçavoir. combien I excès de vin rend un prince cruel & barbare. Voila encore, si lu veux, comme il le prive de loutes les vertus & boiuies rpialile/ (pic nous avons iemar(piécs en nostre commencement esirc nécessaires vV bien séantes à un prince, quoy que ce ne soit que comme par Incident. Voila comme il est utile ou pluslost nécessaire qu'il s'en modères cslroittemenl; & en fin combien sont grandes les obligalions (pic tous ces pauvres Chrestiens fran(;ois, qui ont esté tirez des pattes cruelles tant de ce loup infer-

I . Sur cotti' morl dr Moulay Abd ol- Série, Angleterre, llelaliun de J. llarri- Malck qui i;ut lieu le lo mars i(i3i, cf. i'" son, i63i.

nal que de son successeur, ont de robligation îi nostre bon roy de les avoir retirez de telles misères ; & par mesme moyen à monseigneur le Cardinal, comme à ccluy qui luy a non seulement inspire de faire cette sainctc action, mais encore la dressée & conduite, y employant pour ce lait deux vertueux & qualifiez de son affection & connoissance, sçavoir. messieurs le commandeur de Razillv & Du Clialard, admirai cl xice-admiral de la fiole qu il y a envoyée, en l'élection desquels son jugement divin \ céleste ne la pas trompé, puis que les choses ont réussi si heureusement, comme tu as peu voir par les articles de la paix cy-devant pul)liez '. Elle sera doresnavant parfaite >k inviolable entre nostre monarchie et cest empire^.

Fin.

Bihiiotitèfjui' AfilioïKilr. — Iniprinuis, ()' j S'i. — Bref cl fidcllc rcril des iiilnimnines cl barbares cruaiitez de Moley Abdelmelec, Empereur de Maroque dernier decedé, exercées tant à l'endroit des pauvres Chresliens ijue plusieurs de ses doniestirjues. Sirjnainnient le martyre de plusieurs personnages massacre: par luy pour la Saincle Foy. A Paris, chez Edme Martin. KVSl.

I. Il s'agit (lo la publication des deux 3. Cf. /"' Série, Angleterre, à la date

traites de ifi.Si vpii avait été faite dans le de i6.3i un autre récit des cruautés de Mercure François. V. p 434, note 4- Aloulay Abd cl-Malck.

RELATIONS DE LA FRANCE ET DU MAROC DE l63l A 1 635 Sg I

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