‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 210 sur 362 · LETTRE DE JULIEN DU PUV A DU CHALARD · texte numérisé non relu

LETTRE DE JULIEN DU PUV A DU CHALARD

// s'est plaint à dwerses reprises de la mauvaise gestion de Mazet et de lioiirrjaronne. — Arrivée en rade de S" Croix de deux tartanes provençales à destination de Saji. — Les Maures les ont capturées sous prétexte qu'elles étaient portugaises. — Réciamation des matelots. — Moulay elOiialid se prétend trompé par Louis XIII ijui le lai.'fse sans répon.n' depuis la conclusion du traité de id.'i / . — Du Puy n répliqué que la paix avec le Maroc avait été publiée en France et que primitivement l'oli/et de sa mission était d'apporter au Cliérif avec David Pallache la ratification du traité par le Roi. — Pallache, pendant son ambassade, a été traité avec de grands égards, mais, comme il n'est pas revenu au .Maroc avec les lettres de ratification dont il était porteur. Du Puy <i demandé au Chêrif l'autorisation de retourner en France pour ej-pliqiier la situation. — Mazet, qui se parlait qarant qu avant six mois le (Shérif recevrait toutes les .•<ati.^factions qu'il désire, a ccpembint été mis en prison et on lui réclame /O. ooo onces. — Du Puy appréhende le même .<;orl : il supplie Du Chalard d'intervenir en sa faveur. — Si Louis XIII ne fait pas porter la ratification du traité par un envoyé spécial, tous les avantages obtenus par trois ans de né(/(icialions seront compromis.

Merrakcch, a février i633.

En tclf. alla manu: M Du l'uy à W Du Cluilard.

Suscriptinii : A Monsieur. Monsieur Du (jlialard. conseiller du Iloy, commissaire provincial des guerres en Guiennc, gouverneur

I. Ce pcrsoiiiiagn, sur lequel on n'a pu ci-dessous, élail parti pour le Maroc, envoyé,

trouver d'autres renseignements que ceux par Du Chalard, dans le courant de i63a.

qui sont contenus dans la présente lettre et II avait pour mission de retirer les sommes

dans quelques autres documents publiés ducs par Pierre Mazet. V. pp. Jio-5ll.

de la lour de Courdouan et cappitaine du vaisseau du Roy « la Renommée », à Paris.

Monsieur,

Par trois diverses lettres je vous ay mandé le mauvais mesnaigement du bien d'aullruy par le sieur Mazé ' et Bourgaronne", et comme je debvois m'acheminner à Vlarrocq^ pour tascher de tirer ce que je pourrois des sommes que j'avois à recevoir'. Pendant ce temps, il y est arrivé' deux tartannes avec saize hommes dedens, lunede Martegueet l'aullre de La Ciutat en Prouencc, quivenoient de Cannarie pour traitter à Saph> .

Atterrant à S"' Croix, le calme les priiil : ailandanl le vent, ilz mouillent l'encre soubz la forteresse, vo\anl que nous avions la paix. Inconlinanl i\ \ vient de terre cinq azabrcs" plaines de Mores qui abordent Icsdittcs tartannes et prennent les liouunes avec toules leurs marcbandises, dizantz qu'ilz csloient Portugaiz. Les alcaïdes du heu en Ijadbeiit advis au Roy: ces pauvres gens en escnpvent aussi au sieiu- Mazé, duquel ilz esperoient tirer du soulagement, voyant qu û estoit consul. Le sieur Mazé deniende leur hbertéet maiidevée de leurs marchandises. Le roy de Marrocij faict response que nostre roy c'est mocqué deluy. voyant qu'après luy a\oir rendu tous ses esclaves et faict tout ce qu'il avoit vouleu, il ne luy avoit pas faict un seul mot de response, despuis un an et demi que nous estions partis de la radde de Sapiiv, et touschant ce More delenuà Alaltc', ou aultres dans les galleres de France. Je responds que la paix a esté publiée par toute la France cl ([ue je n'en estois party pour aulti e suject que pour venir avec le sieur David Paillasse * porter la ratification des articles de la paix ; qu'il' avoit estéreceu, satisfaict et honnoré plus qu'homme de sa condition n'a jamais esté en lieu du monde, que dans les despesches que ledict Paillasse avoit. nostre

1. Ma;é. Pierre Mazet. Sur ce person- sur les côtes du Maroc, nage, V. Inlrodiici'ton, Notice biographique. 6. Azabres, zabra, lougrc.

2. Bounjarenne. Bourgaronnc. Sur ce •}. Ce Maure s'appelait Sitli cr-Regrapersonnage, V. p. 434, note 3. gui. V. p. 4iA, note i.

3. A Marrocq. à Merrakech. 8. David Paillasse. David Pallache. V.

4. Sur CCS sommes, V. p. 3i)i, note 4- supra. Introduction critique, pp. Sgi-Sgô.

5. Il y est arrivé. Entendez : il est arrivé g. Qu'il, c'est-à-dire: que David Pallache.

LETTRE DE .U'I.IKN lU PUY A DU CHAL.VRD f\!\3

roy iivoit bailhé response non sulenicnl du More de Malle, mais aussi de toutes les choses qui pourroit louscher à la conservation de cesle paix, et que, despuis que' le sieur Paillasse ne venoit porter ni n'envoioit Li ralilicalion. que le Roy me bailliast permission de retourner en France pour le faire entendre. Et promist le sieur Mazé que, en cas que le roy de Marrocq dans six mois ne reçoit tout le contentement qu'il pounoif espérer ou soulieler. ipi il nlTre sa teste à sa mercy.

FjC lendemain, le sieur Mazé retouinanl |)()ur avoir mon congé, (III luy redemende les choses susdiltes, il redit ces raisons et, après plciisicurs allées et venues, on luy dict de la part du l\oy qu'il eust à payer soizaiite-di\ mille onces pour semblable somme qu il avoil receue de vous en marchandises prinses aux Juifz de Handres, et cepandant prisonnier piscpics ,"i IViitier pa\('meiit desdittes sommes. Il icspont (pi il na point de marcliandises aux Juifz. que les marchandises receucs de \ous apparlienncnt au Ro\ , sui\anl qu il se \(iil dans la coppie de sou (ibligatioii, et. (|uandmesmes il \ auroil des marchandises de la priiisc. il ii \ a voit lieu de luy en pouvoir licn (ieiiiciider. \o\aiil ipi il est dicl dans le premier article de la paix cpie toutes les choses arriv('es seroient ouliliées et comme si jamais elles n'avoient esté, tant d'une part que d'aultre'. que dans vostre commission il estoit porté (pie, à la supplication du ro\ de Marrocq. le navire seroil rendu avec tous ses apparaux et munitions de guerre \

Ses raisons ni les miennes ne servirent à rien. Il est prisonnier, et moyje n'atlendz que l'heure qu'on m'entasse aultant', car on ne me veult pas doiiner mon congé; je n ay personne qui fasse pour moy, et les personnes ausquelles vous m'avés recommandé me causent ceste disgrâce. Vous considères, s'il vous plaisl, en quel estât je suis, et, n'estoit l'espérance que j'ay en Dieu, et que ne me laisserés pas de la fasson, j'aurois bien lost bailhé empêchement aux maux qui me menassent ^ si Dieu et vous ni meclés la main,

1. Despuis rjue, mû&quc. '\. Los craintL's de I)u l'iiv sn rt'alisrrc^iit.

2. V. ci-dessus, p. '107, art. I. V. injra. p. /l'uj, note 5.

3. Il n'est pas question de la restitution ,î. Il faut sous-entendre : en reniant ma de ce navire aux Pallache dans la commis- foi. C'est ce que lit Du l'uy, \ . infra, sion publi(;e ci-dessus, pp. 3(jç)-io2. p. .)u.

'|^4 2 FÉVRIEK l633

car ce que vous avez faict en trois ans est perdu, si le Roy n'envoyé un homme exprès pour porter la ratification desdictz articles. Le roy de Marrocq l'entendent ainsi, et, si je l'eusse portée ou aultre, pour moy tout alloit bien et les François eussent faict tout ce qu'ilz eussent vouleu en ce pays. Je ne puis vous mander, pour cause, les traverses qui m'ont esté faictes par ceux avec lesquels je suis venu, et causées par leur moyen, alTin d'éviter à payer les droictz, au préjudice du Roy, mesmes à noircir vostre réputation parleurs calomnies publiques. Dieu me faira la grâce de les vous reciter en leur présence et qu'en tirerez le cliastiment deub à des personnes qui preierent leur interest à celuy de nostre roy et de ses officiers. J'espère tant en vostre bonté. Monsieur, que vous me delivrerés de ce pays icy, ce qui est impossible de l'aire sans un homme exprès de la part du Roy. Je vous conjure, par l'Iionneur et obéissance que je vous doibz, que ce soilcest esté prochain, aultrement je n'en sortirai jamais.

Je suis après pour iau'C sortir le sicur Mazé. faisant dire au Roy : qu il fist de luy tout ce qu'il luy plairroit, si dans six mois il n y avoit un homme exprès de la pari de nostre roy pour apporter la ratification desdictz aiiicles et response touschant ce More de Malle, et cepandant qu'on nous laissast ces marchandises jusques audict terme de six mois expiré, et que après il fist tout ce qui luy plairroit de nous, et aussi qu'il fist mettre en main assurée les marchandises et hommes de ces tartannes jusques audict temps de six mois. C'est pourquoy. monsieur, nous sommes tous perdus à jamais, si vous n'avez pitié de nous et si le Roy n'envoyé un homme exprès pour porter laditte ratiffication.

Et, en attandant, je prierai Dieu pour l'accomplissement de vos justes souhelz de la mesme fasson que je doibz estre à jamais,

Monsieur,

Vostre très-humble et très-obeissant serviteur,

Sifjné : Dupuy.

De Marrocq, ce deux febvrier i63.3.

Archwes des Affaires Élranij'eres. — Muroc. — Correspondance consulaire, \ ol. I . — Oriijinal.

MEMOIRE nr. p. DU CIIAIAIU)

lAVlI

MK.MOIKI:: DK P. DL CIIALAIlL)

fJste des dépèches à préparer en vue d'une ne'gncialion avec le (Shérif.

[Entre avril et septembre i(i3.'i'.|

E/i le'Ie. (i/id iiKinii : MciiiDirc tic M' Du (iliahirl (oucliaiil do Maroc. — it).'i3.

lia II lé

Les lettres |)alleiilps de la ratifTicalioti do la paix d Ciili'e le Roy et le roy de Mairocq, avec la coppie des articles attachés soubz le contresel.

Les depesclies nccessaii'os sui- ce sujet du lîoy au roy de Marrocq, auscpiellos sera adjouslc la plainte que laira le Roy de David Palachc d'avoir retenu ladicte ratiirication et autres depesches de Sa Ma' aiultt roy de Marrocq, et de ce qu'au préjudice de ladite paix ledit roy do Marrocq a faict emprisonner Pierre Mazet. consul de la nation françoyse estably de la part de Sadicte Ma" audict Marrocq et à SalTy, et de ce qu'il a faict saisir et arrester aussy le s' Du Puy ^ envoyay audict Marrocq pour rctyrer les (>ITec(z laisses audict Mazet par les s" commandeur de Razilly et Du Chalard, dont Sa Ma"' demandera la liberté ci main le\ée, comme aussv de tous les autres

I . Le présent mémoire a été rédigé après la réception de la lettre de Julien Du Piiy à P. Du Clialard à laquelle il répond point par point(V. Doc. précédent, pp. l\'-\i-l\l\l\)- Or celte lettre, datée du 2 février, dut arriver en France au plus tard eu avril. D'autre part, il vise une mission au Maroc qui fut confiée par la suite au capitaine Cabiron. Or celui-ci, mandé d'Angleterre à cet effet

par Louis XIII, rejoignit le Uoi à Nancy dans le courant de septembre. V. iiij'ra. Doc. LXIX. p. /|Gi.

2. L'arrestation de Du Puy n'est pas annoncée dans la lettre de ce personnage qui la présente seulement comme imminente (V. p. /i43). La nouvelle en dut parvenir en France très peu de temps après celle de l'emprisonnement de Pierre Mazet.

!\!\{] ENTRE AVRIL ET SEPTEMBRE l633

iiiarcliaiis liaiiçois cl de leurs hieiis el uiarcliaiiclises priiiscs par ledict roy de Marrocq ou ses siigetz à Salle, S'" Croix, Tuluan, Saffy et autres lieux de la coste d'AlTrique despuis ledicl Iraitté de paix, uayanl esté, de la part de Sa Ma' ny de ses sugelz, esté en rien contrevenu, ainsy que le s' Destouches ', l'un des exemptz des gardes de Sa Ma'", fera plus expressément entendre audict roy de Marrocq, auquel sera donné créance.

Une lettre du Roy à M"^ le Grand Maistrc de Malte, par laquelle Sa Ma'" le priera très-affectueusemenl de donner la liberté au morabit Sidy le Regragry quy est dans les galleres de la Relligion.

Et une autre lettie à M'' le gênerai des galleres de France, par lesquelles Sa Ma'" luy ordonnera de mettre en liberté les Mores quy sont sur ses galleres, dont le roy de Marrocque envoyera les noms.

Sera prins garde qu'il fault mettre soubz le contresel de la ratiffication les deux coppies des articles de la paix, tant de ceux acordés par le Roy au roy de Marrocq que des autres acordés par ledit roy de Marrocq à Sa Ma"', el (pie lesdiles coppies soient signées en bonne forme.

Arcliii'c.s lies Alfdircs hlni/i'icrca. — Muror. — Corrcspomlance cunsuliilrc. \'iil. 1. — ()ri(/in(il (iiihii/niphe.

I. Cn pprsonnai^o aiiijiiul, (iaprrs 1(^ pri'- du Maroc i'iil rt'iiiplaci' par le capitaine seul Mcmoirc, devait ctrc coiificc la mission Cahiroii.

RELATION D WTOINF CABliiON Ai

aa7

Page 1