LWIJI RELATION D ANTOINE CA13IR0N
Voyage de Antoine dihiron au Maroc.
Paris, y juillot i034.
Au dos, alia manu : Relation du voyage dAnloinc Cal)iron.
En télé : Abrégé de ce que je. Anthoinc Cahiron, laporle au Roy et Nosseigneurs de son Conseil du \uyage que j'ay lait à Marroc pour son service depuis le 6 dec. i633 jusques au dernier avril i634.
.le partis de La Rochelle le vj'' decembi-e de laïuiéc ni\j' trentetrois, et alis niouillci' en la lade de Sailis en Barbarie, le xij' du mois de février de l'année nivj' trente-quatre, et le mcsnie jour escrivis au gouverneur de Saflis (juil envoyât au roy de Marroc mon arrivée- aA'ec lettre de Sa Mag"' Très-Crestiene, pour luy donner (;n mains propres, et qu'il m'envoyai lettre de surette j^our dessendre à terre, demeurer en icelle et pouvoir de me rembarquer avec mon serviteur.
Le xxiij' ladite lettre d'asseurance, interpiettée par Jean Daniel, marchant anglois, me l'eust envoyée à bord, laquelle fcust faulcemcnt inlerprettée, comme sera dit sur la Wn^. et le mesme jour desscndis à terre aud' Saflîs.
Premièrement', que le royaume de Marroq est administré par de
I. On remarquera la concordance entre compte pour une gratification, la présente relation elle Compte d'Antoine i. Mon arrivée, pour: la nouvelle de mon
Cabiron publié ci-dessous, pp. 4Gi--'i70. Il arrivée, est intéressant de noter que tous les per- 3. V. p. ^69.
sonnagcs, petits et grands, avec lesquels li. 11 faut supposer qu'il v a Ici une
Cabiron entre en rapport figurent à ce omission dans la rédaction.
/(/(S () JUILLET in.V)
gens noiivelernaiil vt-iius eu de dignités qui surpassent leurs ontendemans. et (|ui. sans considération de prévoir les choses, ne vizent qu'à lobjet de leur bénéfice particulier. Et que despuis quelque temps ils ont fait lumber en disgrâce l'amin Eudjarq', qui avoit moyené le traitlé de paix d'entre le Ftoy Très-Crestien. par l'enlerinize de messieurs de Razilly et Du Challai'd, et le roy de Marroq. d'autant qu'il avoit pour lors l'administralion des alTeres. Et, comme Moyse Pallaclie, Juif, estoit desja introduit de longue main et pryvoit envers ledit roy de Marroc^, lesdits nouveaux venus se servirent de luy, (jui. par ses artiffices, sintroduisoit effrontément à touttes heures devant iceluy roy, duquel il fezoit jouet à sa volonté. Les propositions duquel, bonnes ou mauvaises, ils fezoient passer, et, faizans ainsy leurs bénéfices particuliers, ruynoient d honneur ledit roi de Marroq et le rendoient odieux envers son peuple, et par ce moien tous les jours Testât dudit pays aloit en décadence. Ne voyans aulcun remède pour esviter tel desordre et remettre les afferes en bon estât, qu'en faizant ciioir ledit Pallaclie en donnant à entendre au Roy (piil estoit grandemant par lui abbuzc, et que l alcaïde llaya Agena^ et autres antiens servitouis de la maison pi'endroient l'occasion au poil pour le mettre bas, et, pour parvenir à tel effect, ils" me conseilloient de mettre mes afferes ez mains dudit alcaïde, à qui ledit roy defferoit plus qu'à tous ; que je pouvois entreprendre cela sans crainte, et que j aurois Dieu et le peuple pour moy, lesquels n attendoient que mon acheminemant à Marroc pour prendre chescun un loj)pin dudict Juif et le manger, tant estoient-ils acharnés et vrrités contre luv : et que cela seroit le
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vray acheminemant pour restablir le négoce et continuation de la paix qui avoit esté traitlée ; que le roy de Marroq estoit fort repentant d'avoir si laschemant rompu ledit traitté. et en fezoit de reproches tous les jours audit Pallaclie, et que sans faute ils croyoient qu'il restitueroit tant les François qui estoient détenus en ses mains que leurs biens, et que tout ce qui estoit arrivé contre
1. L'amin Einbart], On donne le titre c'est-à-dire ; ut était dans l'intimité du d'aniin à un grand nombre de fonction- roi du Maroc.
naircs et à tout personnage chargé d'une 3. ffnya Atjena. Sur ce caïd, V. p. 353,
mission oITieiolle. note i .
2. i'( pryuoil ciii'crs ledit roy Je Marroc, !i. Ils. Ce sujet reste indéterminé.
RELATION DANTOINE CABIKON /j^Q
les François audit pays estoil par lindustrieuze malice des Pallaches, qui pensoienl avoir truvé une douce saignée envers les François, comme avoient envers messieurs les Estas d'IIolande, lesquels ils avoient sy longtemps abuzés et fczoient encores'. Tout ce dessus' recuUis, avec beaucoup plus, de diverces personnes, et l'injuste emprisonnemant et mauvais traittemant qu'avoit receu Pierre Mazet, consul des François audit pays % et de plusieurs' qui sestoient renyés par force de lourmens. Leur demandai s'ils savoient le nombre des François qui estoient captifvés despuis ledit traitté de paix audit pays, dirent que audit Marroc estoient environ vingt personnes, et à Salles plus de trois cens, et tous les jours en advenoient beaucoup.
Le iij' jour de mars, partis de Saiïis pour Marroq acompaigné des principaux alcaïdcs du Roy, et arrivâmes le vj" dudit audit Marroc, où, estant arrivé, feuz vizité par les alcaïdes, oii y eust plusieurs demandes et responces touchant ledit voyage.
Lesdites demandes et responces ayans esté laites et partie diecux retirés, s" Anthoine Mariât et Robert Picfort, marchans anglois, dirent que sans doubte le roy de Marroq seroit fort comptant de sçavoir la vérité de l'aficre pour lequel ledit Cabiron ■\enoit, et estoit fort fâché que les alTeres se feussent ainsy altérées par la langue serpentine dudit Pallache, qui l'avoit porté à cela. Et le dépeignirent pour un très-mcschant homme, cnnemy juré des Crestiens et particulieremant de la nation françoise, et, pour monstrer la malice pernicieuze qu'il a dans l'àme, quelques jours après l'emprisonnement de Julien Du Puy ' et Pierre Mazet, ledit Pallache vint disner avec eulx, et. parlant de ce qui estoit advenu aux François, dit que cela estoit procédé de sa teste, et qu'il prenoit vengence de l'ofTence que tant luy que son frère avoient receu des François, et particulieremant de messieurs de Kazilly et Du Chalard ', en la personne de ses serviteurs, et que, s'il tenoit les
1. Sur la (liiplicitc ilrs Pallache clans les Mazet, V. supra p. Sgi et note 7. n<5gociations des Étals-Généraux avec le ti. Et de plusieurs... Entendez: et l'om- Chérif, V. /'■' S^rie, Pays-Bas, passi'm et spc- prisonnemcnt... de plusieurs... cialcmcntt. III, Journal de liuyl 1622-1626. 5. Cf. la lettre de Du Puy à Du Clialard,