‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 252 sur 362 · RELATIO^ DE JEAN MARGES · texte numérisé non relu

RELATIO^ DE JEAN MARGES

de ladite année', et le sieur Du Challard, commendant en icelle, n'ayant pas de quoy paier le rachapt de tous les captifs, en laissa de reste environ trois cens, pour le rachapt desquelz il s'obligeât, au nom de Sa Majesté Très-Crestienne, qu'ils seroient retirés dans six mois après", et que, en cas qu'ils se sauveroient ou qu'ils mourroient, seroient paies à leurs patrons; et, pour asseurance de ce, laissa pour caution le sieur Gaspard de Rastin' qui exerçoit la charge de vice-consul audit lieu. ^loyenant quoy, les Mores hosterent les chesnes ausdits captifs et les laissèrent en liberté dans leur ville, travaillans neantmoings au bénéfice de leurs patrons. Et ledit sieur Du Chalard donna ordre par sa lettre audit Marges de subvenir aux nécessités de maladie ausdits captifs, ce qu'il a tousjours fait jusques à son despart.

Les six mois portés par ladite obligation estans expirés, ne feust point envoyé aucune satisfaction ; mais, au mois de juin de l'année iG36, arriva audit Salles une barque de ^larseille envoyée par Sadite Majesté avec lettres dressantes tant audit gouverneur que audit consul : estoit porté de faire prolonger le temps de ladite obligation jusques à la fin de l'annéeiGSG susdite, laquelle prolongation feust accordée'.

Pendant ledit temps, se sauvèrent à La Mamoure par terre, distant de cinq petittes lieues, vingt-cinq captifs desdits François cautionnés par ledit de Rastin, ce qui cnaigrit fort le peuple contre luy et contre ledit Marges et autres François restans. Neantmoings lalcaïde Abdala ', gouverneur dudit Salles, appaiza les Mores des plaintes qu'ils en faizoient.

Quelque temps après, lesdifs Mores heurent advis que l'armée navalle de Sa Majesté leur avoit pris un navire commendé par Mamy Rays", renié llamcnd, et une caravelle, et mis les gens en gallere, auquel temps ladite Communaulté ' feisl de grandz vac-

1. Marges commet une erreur. Du Cha- !\. CÂ.c\-Acf,syis\esInslruclionspourSublel lard était encore à Salé le i3 octobre. V. des Aoreri, p. 523, et l'n/rd. p. .'iâSet note 5. Doc. lAWll, p. Sou. 5. L'«icai'</e yl6(/a/(i, Al)(l;illali ben Âliel-

2. Sur cet engagement souscrit par Du Caceri. Surce personnage, V. p. ;^gt), note i . Chalard, V. ci-dessus p. /Igi etnotesS et .'i. 6. Surce personnage, V.ci-dessusp. 53o,

3. Sur ce personnage V. Introduction, note 2. nolicebiographique,etin/raDoc. CI,p.58i. 7. Ladite Communaulté, le Divan.

carmes, se pleignans contre ledit consul de la rupture de la paix, disans qu'ils a voient de leur costé observé le trailté et que les François lavoient rompeu, ce que ledit gouverneur aussy paciffia.

Mais quelque temps apprès, vint encores advis qu'on avoit arreslé à La Rochelle un navire dudit Salle commendé par un renié nommé Morat' Genevois", occazion qui obligea ce peuple à se soubslever contre ledit consul, qu'ils vouloient pour lors emprisonner, et luy prindrent tout ce qu'il avoit de marchandises, et, moyenant ce, ledit gouverneur appaisa le peuple, en leur donnant espérance de restitution de tout ce qui leur avoit esté prins, et, tant que ledit gouverneur feust en charge, ledit consul et les François captifs heurcnt assés bon traittemant. Mais ajjprès qu'il feust demis, comme sera dit cy-après', touttes choses furent renversées.

Et pour lors ledit Marges chercha opportunité pour eschapper le danger de demeurer captif, et fist sy bien que, moyenant cent ducats qu il donna à ceux qui administroient le gouvernemant, il obtint licence de s'embarquer, ce qu'il n'auroit peu, si ledit gouverneur feust esté en autliorité et ne feust esté exillé, tant à cause du soin qu'il avoit desdits captifs, que pour ce qu'ils en avoient besoing pour pensser leurs blessés. Ledit consul, qui voyoit aussy qu'il n'avoit aucunes nouvelles de France, facillita audit Marges ladite licence et le solicita d'embrasser l'occasion, le priant de venir en Cour donner advis à Sa Majesté et à Son Esminence des travaux qu'il passe et en la pauvrette et misère qu'il est réduit, et les supplier très-humblemant, comme il fait, d'avoir pitié et commisération de luy et considérer avec combien de zèle il s'est porté au service de Sa Majesté de s'estre ainsi engaigé, sans espoir d'en pouvoir sortir que par la seuUe assistance de Vostre dite Majesté.

Ayant donc ledit Marges treuvé un navire marchand anglois qui estoit à la ratlc dudit Salé, le sixiesme jour de juillet année courante', il s'embarqua sur iceluy, ayant receu les lettres qui luy

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