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servit taiil à pourter ledit bled que à faire ledit trajet, et ainsy s'en allèrent audit Salles, et, ayant mouillé l'ancre à la rade, treuverent là Icsquadre angloise; et le gênerai d icelle fist desscndre ledit Blecq en terre et garda ledit gouverneur à son bord. Et ledit Blecq ayant rendu les lettres quil portoit diidlt roy de Marroq à ceux qui administroient ledit gouvernemant, ils receurent derechef ledit gouverneur' avec(| tonttc sorte daplaudisscmant ctvindrent au devant de luy, les enseignes desployées, tambours Ijattans. Et ainsy il demeura derechef en possession dudit gouvernement, à la charge qu'il ne possederoit point le chasteau, ains le nomrné Caya Vacher, desja esleu par le peuple, beau-frere dudit gouverneur Al)dala, qui. eslans de bonne inlelligence, despartirent au peuple ledit bled. Et, aiissy tost que ledit gouverneur feust restably, fist trancher la teste à Aly Galan, à Soliman ben Dahar, son gendre, et à quelques autres authcurs de ladite sédition. Plusieurs autres de ladite cabale s'enfuirent et autres fui-ent exillés, et ainsy il demeura paisible. Et les captifs anglois, en nombre d'environ deux cens trente, furent bailles audit agent, qui les iist emijarquer dans l'esquadre desdils navires anglois, qui avec cela s'en passa derechef en Angleterre.
Pendant ledit temps ^, ledit Marges partit de ladite rade sur ledit navire anglois^ qui alla parachever sa traitte, comme est coustume aux marchans, à Cap-de-Guer, et ala mouiller l'ancre à la rade de Sainte-Croix.
La forteresse de Sainte-Croix' avoit esté prinse par un autre morabite nommé Sidy Aly sur le roy de Marroq, quelque temps auparavant. Ledit Aly est maintenant dominateur de toutfe la Numidie, auquel ledit Marges, par l'entremise d'un capitaine more qui
1. L'arrivéedugouverneur Abdallah bon (p 538) qu'il s'était embarqué le 6 juillet. Ali el-Caccri dans la rade de Salé et sa ren- 4. On sait que ce nom de Sainte-Croix tréedanslavilleeurontlieulcsaSet 2g juillet était alors donné par les Européens à une (7et8aoûtn.st.)i637. Cf. /'■"Série. Angle- ville haute (kasba) et à une ville basse située terre, Journal de W. Rainsborough 1687. sur la côte (Founti). I^a kasba était restée
2. Ici cesse la relation des événements longtemps ."iousTaulorité du Cbérif, impuisde Salé. Marges passe au récit des péri- saut à empêcher le commerce que faisaient pélies de son retour. les Chrétiens avec la ville basse, sujette au
3. Ledit navire anglais, c'est-à-dire le marabout. On voit que c'est en 1687 que navire sur lequel Jean Marges aditplusiiaut cette kasba à son tour fut prise par Sidi Ali.
UEI. \T10N DE .IKW MMtCKS
est agent dudit Sidy Aly, nommé capitaine Oualy, t'eusl inlrodinl andit morabite audit chastoau de Sainte-Croix. Lequel, l'ayant courtoisement receu, luy fist dire par ledit introducteur, qui parle un peu la langue IVançoise, i|u'il désire fort l'amitié du roy de Fi'ance, lequel il estime beaucoup, el que anlresfois les sujets de Sadite Majesté avoient fait de grands traillé.s pour le négoce en ses terres', diujuel il avoit receu plusde prolfitsel de contentemant que de toultes autres nations, el cpi il luy jirioit faire entendre à Sadite Majesté que ses subjets pouvoient avec toutle asseurance venir traitleren ses terres, où il leur promeltoit mesme protection, comme s'ils eslolent au l'oyaume de F'rance ; et, pour plus d'asseurance de s;i parolle, (ist donner un passeport audit .Marges.
Il est à notter que (sy)' ledit Sidy Aly est en estât de faire une puissante armée de terre pour allrr prendre Marrocj et croit-on pour certain que, s'il y va, sans faute il s'en rendra mestre et par conséquent de toute la Mauritanie, pour esire ledit Aly en réputation audit pais destre fort intègre en sa justice ; et a tellement rengé ledit pays en paix ([uc le négoce est aussy facille et avec autant de seuretté qu'en France, estant, outre ce, grandement riche el ayant très-grand négoce en Guinée, au royaume deGagor ', duquel il est maintenant posscssein-, le roy de Marroq n'y ayant plus rien. Kl outre ce. ledit Sidy Aly luy a prins les prouvinces de Dara, Taffdel et Tegaze', passaiges desdils Marro(| el Fe/ pour la Guinée.
Ledit navire avant parachevé ladite trailte audit Sainte-Croix, le quinziesme jour d aoust partit, faisant sa routtc du costé de Madère.
Le vingt-sixiesme dudit mois, ayant mouillé l'anere au devant de Foiichal. ville (aiiilalle de ladite ille de Madère, le marcluuil
1. Ce« « grands traités pour le négoce « 3. Gayor. I\;>glio, siirlo Niger, au non! auxquels fait allusion le marabout Siili Ali de Say.
se réduisent vraisemblablement aux rel:i- /|. Tc(jaze. Tigbazi, Tegbazza, Toghazzet
lions commerciales ([ue les marchands el-Gliozlàn, grande mine de sel gemme
français avaient avec cette région, relations située à deux jours de marclie au nord de
((u'on trouve déjà établies en T.J70. \. /'' Taodcni. Sur ce nom, V. Bulletin du Co-
Scric, France, t. I, Doc. LX\I, p. 3o3. mile de iAJ'rii/uc Française, juillet 1897;
2. On a placé entre parenthèses ce mot Ei.-Oufkàm, p. ID'Ô; Es-S\di, p. i63 et (juc le copiste adù ajouter par inadvertance. Index.
De Castkiks. 111. — ,^5
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anglois dudil navire dcssendit à terre. Ledit Marges demeura à bord d'ieelluy, et, deux jours après, le gouverneur envoya fere la vizile audit navire, comme est coustume, et firent jurer le mestre dudit iiaviiT pour sçavoir s il y avoit aucun François' dans son l)ord et des marchandises". Lequel mestre déclara tjii il y en avoil un (|ii d ramenoit de Barbarie où il avoit esté captif, parlant dudit Marges, lequel, pour n'estre descouvert, avoil pris lliabit d un matelot, et, quand aux marchandises, qu il n'avoit que trois cens de plumes d'austruche fines à luy aparfenans. Alors lesdits viziteurs dirent qu'il falloit que vint avec eulx à terre et que, puisqu'il avoit esté esclave en Barbarie, il le pouvoit bien estre autre fois à Madère, disant qu'il estoit venu espier le pays. Lesquelles plumes ils luy prindrent. et ainsy il feust mené à terre et mis en prison, et cependant ledit navire s'en ala. dans le([uel restèrent les lettres que le consul de Salle luy avoit baillées pour Sa Majesté et Son Esminence. Et pendant le temps de sa prison, il feust Aizité parcpielques marchans, qui luy dirent qu'ils feroient ce que pourioient pour luy soubz main, et qu'il se feignit pauvre et nécessiteux, que. sy on descouvroit qu'il feust homme de comodités, on le detiendroit pour en avoir rençon, autremant (juon le laisseroit aller. Or. a\aiit crouppy dans ceste mizere deux mois ou environ, le quinziesme jour d octobre feust reslaché, voyant que personne non lenoit compte.
Et le mesmc jour il s'embarqua sur un autre navire anglois. luy ayant esté détenues lesdites jilumes de valeur de plus de trois cens escus, et passa à Londres, où il Iruva navire, retu'a du précédant navire les lettres de Sadite Majesté '. cpi'il avoit donnés en garde à un canonnier dudit navire.
Ledit Marges dit que, en attendant son passaige audit Londres |)our France, il vist recebvoir un ambassadeur* que le roy de Mar-
1. La guerre existait entre la l'rance et Abdallali. Portugais d'origine, il fut enlevé l'Espagne depuis i635. à l'âge de huit ans et vendu comme esclave
2. Des marchandises. Entendez: des mar- au Maroc. Il devint l'un des favoris et concliandises françaises. seillers les plus écoutés du Chérif. 11 vint
3. 11 s'agit des lettres adressées à Louis en Angleterre comme ambassadeur, à bord XIII par le vice-consul de Salé, dont il a du navire commandé par ^\ . Rainsborough été dit plus haut qu'elles restèrent dans le cl en compagnie de Robert lilakc. Il fut reçu navire anglais. en audience solennelle par le Roi le 1 5 novem-
4. bn ambassadeur: le caid Djoudor ben bre 1637. Il repartit, ainsi que Robert Blake,
liEI.ATION IIE JKAN MARGES 5^7
r(i([ (inoNuil au roy il Aiigictcnc, cl csloil lorsijue luy leust dduuc audience. Ledit ambassadeur, ayaiil salué le roy d'Angleterre, luy dit qu'il le prioit de la part de sou incslrc de luy envoyer six navires pour avec(| iccux aller ri>prendre le cliasteau de Sainte-Croix à Sidv Aly. et le suplioit de dellendre à ses subjelz daller traitler aucun négoce avec ledit Aly', afliu (juils ny poilcnl. ((nniiie ils ont acoustumé, de mutntions de guci're. A (piov leust respondu par ledit rioy qu'il y advizeroit et luy donneroil responcc.
De plusdit qu'il a apprins de la bouche du viz-admiral" de ladite esquadre angloise et de quelques gens de la suilte diiilil ambassadeur, que le roy de Marroq avoil commendé audit gouverneur de Salle d'armer eu guerre contre les Fi'ançois, et qu'ils avoient desja six navires prests à mettre en mer, loi's de leur despart.
Dit aussy ledit Marges estre très-verilablc (pic les Auglois Ji'oul pi'ins aidcun navire de Alores pendant que leur llotlc a demeure en rade, ny biiislc aucun dans leur port, d'aulanl ([ue les navires estoicnl trop pesents pour garder (pie les navires n'entrassent et sortissent, quand bon leur sembloil. dans la rivière; tous leurs progrès ayant esté d'avoir fait eschouer un navin; de vingt-deux pièces de canon dudit Salles à Fadalle. lec[uel cscbou(' leur fist leste, avant mis quatre pièces de canon sur la penissulc dudit Fadalle ', d'oîi ils gardèrent l'abord des Anglois. Ledit navire, s'esehouant, s'ouvrit et perdit, mais lesdits Anglois ne s'en prevalcuicnl point, mesmes le canon demeura nié et y est encores. Et ainsy, après avoir demeuré plus de six mois à la cosle et fait de grandz fraix pour rentrelien de deux remberges de tranle-huil pièces de fonte verte chacune,
le 3i mai 1 038, avec la flotte de Cartercl. Charles I'^'' autorisait le Cliéril" à requérir l'assistance de celte flotte contre ses sujets rebelles. Cf. i''' Série. Angleterre, le récit de la réception de l'ambassadeur marocain à Londres, ifi,')^; \t! Journal dr Hobcrl lilnlcc, 3i juillet i638-5 janvier i63y.
I. Le commerce des .Vnglais avec les habitants du Sous provoquait le mécontentement des Chérifs. Robert Blake, en itj38, encourut pour un temps la disgrâce de Moulav Miili;nnrned (rch-Cbeikh fl-
/l.sTf^/i/r. à ipii l'on avait signalé la présence dans les eaux d'Agadir d'un navire marchand anglais. Cf. /''' Série, .\nglelerre. Journal de li. lilake. 1C39. V. également, ci-dessus, p. .'ii/i, l'article V du traité du 2I1 septembre i63i, interdisant aux Fran(;ais tout commerce avec Sidi ,\li.
À. Du viz-admiral : le capitaine George Carteret, vice-amiral de la Hotte commandée par W. Rainsborough.
3. Sur la péninsule de [""cdala, V. i'''Sérif. Pavs-Pas, t. Il, p. 28a, note 3.
et do dL'ii.v iiaviics iiiarcliaiis de liriile pièces de l'er chacun, et de deux pinasses de quatorze pièces, ipii Icui- apdilc une despense fort grande, ils s'en sont retournés avec Icursdits caplils'. Touteslois, on tient (jue c'est une compagnie formée pour ce pais-là qiu a paie ladite despense ^.
Ce que semble audit Marges se pouvoir laiic pour retirei' ledil consul cl les caplds.
Qu'il plaise à Sa .Majesté d cnvoirr cpialre navires cl deux palaches légers armés en gueire au devant tludit Salles somiuer le gomerneur dudil lieu de rendre les caplifs et, au cas ne les veuille point rendre de gré, se joindre à ilamcl Layache, morabite rezidanl audit Sallés-le-Vieux, qui les tient cucores assiégés el (pii a juré sur sa loy (ju'il ne quitera point ledit siège qu'il n'axe prins ledit Sallé-le-Neuf et le chasteau. Et, pour parvenir à la prise dudit Salles, se faire bailler des hostaiges, moyenant quoy sera mis des gens à terre intelligens. tant poui'bruUer lesdits navires dans la rivière que pour prendre ladite ville et chasteau de Sallésde-iNeuf, qui sont de fort facille accès, ce que les Anglois nont hosé entreprendre, pour ne desplaire au roy de Marroq, près duquel ils avoieut un agent qui est marchant^ et autres marchans residens audit païs et qui ont touttes les fermes dudit roy de Marroq, qui en auroit pourté la folle enchère. Et aussy ledit gouverneur estant pressé, infaliblemant il rendroit lesdits captifs. Et, sy Sa Majesté vouloit avoir recours au roy de Marrocq, il y a deux reniés françois affectionnes au service du
1. Ces rcfleïions de J. Marges sur le peu pany. s'était formcc en .Angleterre an de dommages inQigé aux pirates par la flotte commencement de i038 et avait ctioisi pour anglaise sont confirmées, dans l'ensemble, agent principal Robert Blake dont elle tout en paraissant e.vagérées, par les lettres escomptait l'innucnco auprès du Chérif. de W. Rainsborough et de G. Carteret qui V. ;'<■ Série. .Angleterre, année i638, attribuent, eux au.ssi, leur impuissance, au piissim. 11 ne parait pas que cette commanque de navires légers. Cf. /''' Série, pagnie ait existé en lù'S-j ni que par consé- Angleterre, avril-aovit lOS'y. quent elle ait pu prendre part aux dépenses
2. Une nouvelle compagnie pour le com- de l'expédition de Uainsborougb.
inercc du Maroc, Tlie i\'ci.ve liarbnry Coin- 3. Lnai/en/i/ui cf/macc/ion/. RobertBlake.
UELATION DR .lEW M\K';K,S Ô Ic)
l!(iv Tirs-l lliri'sliiMi. I 1111 iininmé Moral Fiaiii^-ois ' , natif de Marceillc, i|iil c^t maiiilt'iiaiil j^raiid l)asclia et gênerai de son année, cl l'aulre iioniiiu'-ralcaïdc lloltnaii. nalifdAgdo en Languedoc, gouverneur de Sallls. les(|uelz peusenl l)eaiic()ii|) près dudit lov, despuis qu'il est en règne, qui |)ourroienl beaucoup aidera 1 aeoiiiodeniant dudil affaire.
Iceluy Marges supplie Irès-liumbletnent Sadite Majesté et Son Esminence qu'en eonsideraiion des sei'vices ipiil a iciiilus aux pauvres captifs siii)jets de Sadite Majesié, à cause tics maladies et blesseres doiil ils ont estes atteints pendant son séjour audit lieu de Salle, oi'i il a employé, tant en leur nourriture que medicamans, outre ses soiugs, presque loul son bien, d'autant (pie. lors qu'ils estoient malades, les patrons desdits cajitifs se desebar-geoieiit sur luy de leur nourriture, disans que, encorcs qu'ils mourussent, ne s'en soucyoient pas, parcequ'ils avoient bonne caution, etparainsin ne perdroiciil rien, ce cpie luv relouriie à un Irès-graiid domaige etinterest; el non seuleniant cela, mais aussy les autres pertes qu'il a reeeu, venant lru\ei' Sadite Majesté, les prisons qu'il a souffert et perte qu il a l'ait à ladite ille de Madère, et la despence qu'il laira à se conduire à Marceillc et qu il l'ail encores. attendant la responce fpi'il plairra à Sadite Majesté de faire audit consul', laquelle il a promis luy faire l(>nir par la correspondance C|ue ledit Marges a en Angleterre, il plaise^ à Sadite .Majesté luy octroyer lellrcs de mestrise pour pou\oir [iraticquer sa vaccation de cliirurgien dans ladite ville de Marceillc. lieu de sa naissance, sans estre subjet à passer ])ar les formes ordinaires (jui se f)bservent en ladite ville, qui se font avec de grand/, fraix, lesquels il ik- pourroit supporter pour avoir tout consommé audit voyage. Et il priera Dieu pour la prospérité et heureux progrès des armes de Sadite Majesié. continuation de la bonne conduite de Son Esminence.
Très-liumble et obligé subjel.
Signé : Marges.
Archives des .[(/aires Elran'jh'es. — Maroc. — Mémoires et Documents. Vol. •:,//. 6.'j-lj:t. — Orir/inal.
I. Sur eu jK-r-^umingc. cf. ci-dessus, 3. Kntendrz : Iccluv Marges supplie trt's
p. ^5ï, note !. liumhlement Sadite Majesté et Son Esmi-
'(. \ii flil ron.'iiif : Gaspard de lîat<liti. vice- nence rpi'en consi<!(Talion des services
consul h Salé, tioiumé par André l'rat. il plaise à Sadite Majesté
55o !i MAI i638