‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 273 sur 362 · Ei.-Olfràm, p. 3g · texte numérisé non relu

Ei.-Olfràm, p. 3g

5. L'histoire de Fez depuis la fin du règne de Moulay Zidàn jusqu'à l'avènement de la dynastie filalienne est assez obscure. II faudrait une chronologie très serrée pour suivTe les revirements politiques ainsi que les luttes intestines de la turbulente cité, et toutes les dates manquent. On peut distinguer approximativement dans les quarante années qui s'étendent de 1626 à 1666 les trois périodes suivantes :

1° 1626-1637. Compétitions des descendants de Moulay Abdallah bcn cch-Chcikh.

2" 1637-1641. Prépondérance à Fez de Sidi el-Ayachi.

3'^ i64i-i66(i. Prépondérance à Fez rie Sidi Mohammed el-Hadj, le chef de la confrérie do Dila (\ . infra, pp 58o-58i).

LA ZAOUIA DE DIL\ ET TA niHJTl

.V n^NVSTIE SAADIENNE b~:3

reconnu comme sultan au moins par les ualions cliivlieiincs. Seul parmi les descendanls de Moulav Ahmed el-Maiisour, le cliéiil Moulay Zidàn, avec de rares qualités de constance et d'énergie, arriva à exercer un certain pouvoir ; il est le dernier prince de la dynastie saadiennc faisant figure de souverain. A sa mort le Maroc presque tout entier obéit aux chcls des ronlVéries religieuses et aux marabouts' ; ils sont les véritables maîtres du pays.

On a vu Sidi el-Ayachi prêcher la guerre sainte depui.s Geuta jusqu'à Mazagan et, à la faveur de ses succès contre les Espagnols, se faire agréer conunc chef par les tribus berbères et arabes-. Au Sud du Deren l'aulorilé de Sidi Ali ben Mohammed^, le cheikh de la zaouia d'Iligh, s'étend depuis la cote atlantique jusqu'au Tafilelt inclusivement. Dans cette dernière région les ancêtres de la dynastie hlalienne développent leur iniluence depuis le Sahara jusqu'aux sommets de l'.Vri .\\acli, et, « semblables à des aigles perches sur les cimes », ils guettent le moment de fondre sur leur proie et de se substituer aux chérifssaadiens. Enfin une autre puLssance, ayant également le caractère religieux et réformateur, .se dresse contre les faibles représenlauls de la dvnastie régnante, c'est la zaouia de Dila.

Le mouvement dilaïte qui fadlil réiin])]anler au Maroc une d\ iiaslie ualion.ile

1. On sait ([lie le nom de marabout, opposé ici à cehii de chef de confrérie, s'applique, lato sensu, à tout personnage ayant une iniluence religieuse, qu'il soit ou non fondateur d'ordre.

2. V. supra, pp. 187-igS, InlroiliK'lioii cnli(\uc , Les Moriscos ù Salé et Sidu'l-Ayarlii .

3. Sidi .\Ii bcu Mohammed bun .\limed ben Moussa. Pour faciliter les recherches relatives à ce personnago, il est nécessaire de faire connaître les différents noms ou appellations que lui donnent les historiens arabes et chrétiens, car ces appellations varient souvent dans le même auteur et font supposer parfois qu'elles s'appliquent à des personnages différents. On trouve dans El -OuFK.vNr : « .\bou elUassen -\li [on sait que .\bou el-Hassen est le nom corroboratif de celui d'AU], petit-fils du bienheureux Sidi .\hmed ben Moussa e.s-Scmlali... » (p. 34fi) et: « Ali ben Mohammed était le fils [il faut rétablir: le petit-fils] du bienbeureu.x et vertueux Abou el-.Vbbas Sidi .\bmed ben Mou.ssa es-Soussi es-Semlali... » (p. ^73). Ce même historien l'appelle parfois .\bou el-llassen(pp. 476, ^96 cl '|i|<'^) Ez-Z.ii.i.M le nomme Ali liou

na>soun ou simplcMienl liou Ilassoun (pp. 3, 5 et 23). Nous croyons, malgré l'opinion de son savant Iradiicteur M. IIoidas (\ . p. 3. note 2), qu'il ne l'aul voir dans cette appellation de Boa llassoun qu'une forme de .\bou el-IIassen. On donne encore à c(* marabout le surnom de Bou Denieïa

<Oi..«^ ^ (\ . l'i.N-NAssnii. [)p. i(3 et ss).

l^niin dans les relations ou les correspondances de provenance cbrélienne, il est appelé : le marabout du Sous, le saint de Massa, le marabout du Sahel [le Sabel est le littoral depuis Agadir jusqu'il l'oued NounJ, le prince de Sous, le chef de la confrérie d'Iligh, et le plus souvent Sidi .Mi ou bien Sidi .Vli ben Moussa. Luimême, dans le protocole de ses lettres, est appelé .Vbou el-lIasscn cs-Sid .VU bon Moliammcd (V. ;''' Série, .\ngleterre, Lettre Je Sidi Ali à Cliarles I"' à la date du lO septembre i()3o). — Après avoir été longtemps en compétition avec ^ ahia ben .\bdallah (Sur ce personnage, V. supra, p. 18, note 3), il devint en itiïd maître absolu du Sous, à la mort de ce dernier (El-Oufràm, p. 350).

I^THOnl'CTIO^ cuitioi r

doit ctie considcrL' coiiune une Iciitalivo de la niasse berbère pour reconqm'rir son indépendance. Il en a élé ainsi de loutes les grandes insurrections du Maghreb, et l'on peut dire que la question berbère domine toute l'histoire de l'Afrique septentrionale depuis Carlhagc jusqu à nos jours. Les peuples de cette race, animés d'un très vif sentiment de nationalité', aposlasièrent jusqu'à douze fois axant de se convertir définitivement à l'islam, soutenant chaque fois des luttes opiniâtres'-. Cependant le (^.orau ne les prit jamais tout entiers. S'ils finirent par en adopter la loi religieuse, ils furent plus ou moins récalcitrants à la loi civile fondée sur « le Livre », et les vieux « kanoun ' » subsistèrent comme bases de leurs institutions civiles et de leur organisation politique. La théocratie islamique devait en particulier être odieuse à ce monde berbère qui nous olTre « le spectacle singulier d'un ordre social très réel maintenu sans une ombre de gouvcrnemenl distinct du peuple lui-même, véritable idéal de la démocratie ' ».

Dans leur lutte contre le pouvoir chérilien, les tribus berbères du Maroc ne pouvaient rencontrer de meilleurs alliés que lesZaouïas et les marabouts tenus à l'écart, depuis que des descendants du Prophète détenaient l'autorité souveraine. C'est cette alliance qui fit la puissance des Dilaïtes'.

La ville de Dila ", située dans la haute vallée île 1 oued Oumm

I. r.f. Ib.n K»Ai.i){H-N, Proli'-ijnmcncs, Traduction du baron de Sla.ne, t. 1, p. C3.

■1. Ib.N \bI \ezID, npurfiBN KllALDOL'.N ;

Hist. des Berbères. Traduction du baron DE Sl.^xe, t. L p. 198.

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