Ces bandes de Uerbcres sortie
du
Sabara ou do la montagne, allant de sanctuaire en sanctuaire exciter leur fanatisme et s'abattant ensuile dans la plaine subatlantique, se vou'iil de loin en loin au Maroc. On se souvient de celle qui accompagnait en 1909 le uhérif Ma el-.Vinin, le marabout de Chenguit, et qui prodiguait les menaces aussi bien aux indigènes qu'aux cliréliens.
RELATION DU SIÈGE DE EL-MAMORA 6 1 f)
superstition cju'il y a dans le district de Barbarie ; ils arrivèrent ainsi jusqu'à la ville de Salé, où ils firent halle près des lagunes, dans le dessein d'attaquer la place de Saint-Michel d'Outremer.
Ils envoyèrent à cet elTet reconnaître l'endroit, et, bien qu'ils eussent été aperçus dans le fossé, les samedi lo et dimanche
11 août, la vigilance des nôtres fut si faible, que, le lundi suivant
12 du même mois, beaucoup d'entre eux arrivèrent à quatre heures du matin enivres Je hachich ' . qui est une drogue qu'ils prennent pour se donner du (courage ; ils s'élancèrent dans le fossé de la porte de Salé et commencèrent à rompre le poiit-lcvis, sans être vus ni entendus des nôtres, jusqu'à ce que le capitaine Antonio de Padilla fut réveillé par les coups ; et à peine eut-il crié : « Aux armes ! aux armes. Espagnols ! » qu'il tomba mort, traversé par une balle d'escopette. Mais, dès le premier coup tiré sur le fossé par lune des deux pièces, les Berbères tournèrent le dos, retirant tous les morts et blessés qu'ils purent, et ils s'avancèrent avec beaucoup de rapidité vers la marine et escaladèrent facilement la tour de Saint- Joseph, en montant par un contrefort (|ui arrivait presque à la moitié de celle-ci, sans avoir été repoussés par les soldats de garde, (|ui payèrent leur négligence de la vie de six d'eiilif euv, deux autres se retirant blessés.
Ce jour-là au matin, deux Maures lurent trouvés vivants dans le fossé, et nous sûmes d'eux avec certitude de quel pays étaient ces Berbères ainsi que leur nombre et leur intention. Deux fois, avec une grande opiniâtreté, ils attaquèrent la plate-forme des magasins de la marine, distante d'environ 200 pas de ladite tour, dans le dessein de gagner l'eau des puits qui étaient demeurés aux assiégés ; mais trente des nôtres, (jui défendaient la plateforme avec un grand courage, les repoussèrent durant deux nuits, en combattant trois ou quatre heures.
Comme les gens du Sous étaient désireux de retourner dans leur pays, ils donnèrent avis qu'ils étaieni niaîlres de la tour et du pont au marabout Mahamet Bembucar", prince héréditaire qui rési-
I. Le texte espagnol porte: nfwnndns. ]j1iis commiinémoiit kif »j5 , se fume Haiis qiip es preparados nm iinn flroti'i. On sait que TViVique du Non!, le chanvre indien (caïuiabis indica), appelé 2. Maliamcl Hcmbucur. Sidi Abdallah
GaO lO AOUT-IO SEPTEMBRE 16^7
dait à Salé et qui commandait les armées de son père, le marabout Mahamet Bembucar', souverain de Fez. d'El-Ksar et de Salé. Ils lui demandèrent de venir avec son armée continuer le siège de la place, l'assurant qu elle était à lui, et que le plus difficile était fait, puisque la tour et le pont étaient pris. Le prince, rempli de joie à cette nouvelle, ordonna de faire une proclamation dans tous ses Etats pour que tous ses sujets, sous peine de la vie, se rendissent dans trois jours à la ville de Salé pour assiéger El-Mamora. Il fut obéi ponctuellement par tous ceux qui pouvaient porter les armes et réunit plus de Soooo Maures et loooo chevaux, outre beaucoup de vivandiers.
Le Marabout distribua beaucoup de formules en caractères arabes revêtues de signes superstitieux, par lesquelles il assurait et promellait aux uns la vie et aux autres le Paradis, au lieu de paie et de solde'. Larmée se mit en marche, emmenant avec elle trois pièces dartilleric de la Kasija, deux de fer fondu et un demicanon de bronze de 20 livres ; elle vint se retrancher depuis les lagunes jusqu'au gros mur el à la fausse porte, et, lorsqu'elle eut pris possession de la (onr de Saint-Joseph, ceux du Sous partirent; quelques-uns d'entre eux restèrent au service du Marabout, parce que cela leur plut. Cet avis nous fut donné par un Maure affidé qui pénétia dans la place, venant de l'autre côté de la livière.
La première tranchée et le fossé des Maures se trouvaient à moins de 3o pas des murailles, vis-à-vis du pont de Fez et de Salé, et arrivaient de ce côté jusqu'à la fausse porte. Ils forcèrent le gros mur vers son commencement, et par ce moyen ils s'emparèrent de la source, et. à huit pas en deçà de celle-ci, à travers la vigne, ils commencèrent à miner la plate-forme de Santiago, dans l'intention de faire sauter la place : ils ne purent être repoussés par les nôtres, parce que la plupart d'entre ceux-ci étaient malades de la
bcn Mohammed el-Hadj. On sait que les i. Muhnmet Bembucar, Sidi Mohammed
auteurs chrétiens n'ont pas distingué les el-Hadj, [jcre du précédent. V. supra, pp.
divers chefs de la zaouïa de Dila et les ont 077-583.
tous appelés Bucar, Bembucar ou Mahamet i
Bembucar, défigurant plus ou moins le ^- Surlcsdjcdoul J^a>. frmulcsécritcso
nom du fondateur des Dilaïtes qui s'appe- avant une vertu magique, Cf. Doutté,
lait Sidi .\bou Beker ben Mohammed. V. Magie et religion dans l'Afrique du Nord.
supra, Introduction critique, p. 577, note i. pp. i5o et ss.