I. Sur l'origine de ce nom, V. infra, p
fif)fi NOTE BIBLTOr.RAPHinUE
de Plavl'air est la désignation de l'auteur de la Lettre eseritte par les initiales Le G. Ce renseignement avait été puisé dans une référence donnée par l'abbé Godard dans son Histoire du Maroc'.
Si l'on ajoute à l'exposé de tous les titres erronés qui ont été donnés à la prétendue édition de 1OS2 ce fait qu'il est impossible de la découvrir dans les bibliothèques, alors que l'édition de 1670 y est représentée par un ou plusieurs exemplaires, on est en droit de conclure que la Lettre eseritte n'a pas été rééditée en 1682. On a expliqué comment Leyden avait, par suite d'une confusion, indiqué une réédition en idSa de la Relation Fréjus. Par répercussion cette erreur a atteint la Lettre eseritte, qui était ordinairement publiée avec cette Relation.
Il paraît dilllcile après celte étude analytique que les bibliographes ne passent pas condamnation sur l'édition introuvable de 16S2. Il reste à obtenir d'eux le même aveu en ce qui concerne le nom de A. Charant donné comme auteur de la Lettre eseritte. Disons en commençant que ce personnage, qui aurait séjourné au Maroc pendant vingt-cinq ans, n'est mentionné dans aucune relation, aucun document, aucune correspondance de l'époque, et ajoutons que nous savons avec la plus absolue certitude, comme il sera établi par ailleurs, que l'auteur de la Lettre eseritte est un marchand de Rouen appelé Thomas Le Gendre.
Le nom de A. Charant ne se trouve imprimé que dans le titre d'une partie des exemplaires de la traduction anglaise des plaquettes B et C, dont le titre exact est reproduit ci-dessous :
The relation of a voyage made into Monritanin in Africk, By the sieur Roland Frejus of Marseilles, by the French Kinrjs order in the year 1666, to Muley Arxid, King of Tajiletta «Jt, For the establishment of a commerce in ail the kinçjdom of Fez, (Sj- ail his olher conquests. With a lelter in answer to divers curious questions roncerning the religion, manners and ruatoms of his countreys, also their trading to Tombutum for gold, tÇ- divers olher remarkable partieulnrs. By Mons. A. Charant who lived 20 years in the kingdom of Sus and Morocco.
Englished ou/ of French. London, printed by W. Godhid and are to be sold by Moses Pitt at the White Hnrt in little Britlain. lôyi-.
Chacune de ces deux pièces a une pagination séparée. Il n'existe qu'une
I. L. Godard, Description el histoire du distinct?. Une question reste à éclaircir:
Maroc. Paris, 1860, t. II, p. Si", note i. où Godard a-t-il découvert les initiales Le
Voici la référence telle qii'elle est donnée G. qu'il a fait connaître le premier? S'il
par Godard dans celle noie : Relation eu- avait consulté Bayle et Colomiés (V. injra.
rieuse des Etats du roi de Fe; et de Maroc p. 697 et note 5), il est plus que probable
par M. Le G. qui y a fait un séjour de vinijt- qu'il aurait donné le nom de Le Gendre.
cinq ans. Le titre est inexact. D'ailleurs 2. On remarquera que l'édition anglaise
Godard cite deux autres fois en référence de 1(171 ne contient pas la plaquette A; ce
(t. II, p. ^83, note I et p. ^92, note i) la qui se comprend puisque celle-ci est la tra-
plaquette C avec des titres différents, sem- duction française d'un ouvrage anglais pré-
blant croire à l'existence de trois ouvrages cédemmcnt paru. V. supra, p. 6f)i, note 3
REI. VTION- nK TMDM \S I.E r.F,NnHE
seule édition de cette traduction anglaise. Mais, tandis que certains exemplaires portent la mention By Mons. A. ChnrnnI, d'autres la remplacent par By Mons. A ****. Ces indications proviennent à notre avis d'une erreur de lecture ou d'une coquille de l'imprimeur anglais. Le traducteur aura jugé bon d'allonger la mention : Par Monsieur **** qui a demeuré 20. ans dans la Mauritanie et de lui substituer celle-ci : By Mons. ****, a marchant who lived 20 years in the kingdom 0/ Sus and Morocco. Les mots a marchant, par suite d'une interversion de caractères, auront donné A. Charanl. Puis, en cours d'impression, il se sera aperçu de l'erreur et aura remplacé Mons. A. Charant par Mons. A****. Toutelbis les feuilles déjà tirées auront été utilisées telles quelles '. On a vu comment de l'édition anglaise ce nom était venu dans les bibliographies françaises. .Vujourd'hui l'édition française est couramment attribuée à ce personnage fictif et c'est à son nom que la Lettre escritte est mentionnée dans les catalogues des bibliothèques'.
Il appartient à la critique de restituer cette plaquette à son véritable auteur. Celui-ci n'est autre que Thomas Le (iendre qui appartenait à une famille de riches armateurs de Rouen en relations suivies avec le Maroc ■'. Ce nom est donné de la manière la plus explicite par Colomiès ' f[ui, dans un article sur Golius (van Gool), cite presque litt( ralemcnt un passage de la Lettre escritte relatif à cet orientaliste hollandais venu au Maroc avec Albert Ruyl en 162a- 162A. Puis il ajoute : « Je dois toutes ces particularitez à la Relation de feu ° M. Le Gendre, marchand de Rouen, qui se trouva alors au Maroc. M. Brioten garde une copie qu'il me fit la faveur de me communiquer à Paris. »
D'autre part, l'auteur de la Lettre escritte, rappelant un voyage aller et retour qu'il a fait de Saû à Merrakech, écrit : v J'ay esté à Maroc par cafde '^ et j'en revins avec un marabout " ». Or, dans le journal d'Albert Ruyl, on lit à la date du 6 février 1624 : « Le sieur Thomas Le Gendre est arrive de Safi, venant de Merrakech, sous la simple escorte d'un marabout nommé Sidi el Hayts* ». Cette mention qui vient corroborer l'attribution de la Lettre escritte à Le Gendre permet en outre de préciser lequel des membres de celte famille est l'auteur de la susdite relation.
Quant à la date de rédaction de celle-ci, elle est nettement délerminéi' par ce
I. Le fait (le la suppression du nom de cité par Iîati.k, Dictionnaire ltislori<iue, ar-
« A. Charant » dans une partie des exem- licle : Golius.
plaircs de la traduction anglaise constitue 5. Colomiès, qui écrivait en 1G75 ses
une sorte de désaveu. Mclantjes txisloriqiies, commet une erreur,
:!. Notamment dans le Catnlorjne cjénéral car Thomas Le Gendre ne mourut qu'en
(les livres imprimés de la Bibliothèque ,^'^Ui,^- ifi82. V. Introduction, notice biographi-
nale. Paris, 1897 et ss. t"'--
3. Sur les Le Gendre, ^ . Introduction, •>■ Ciifile, caravane, de t'aralie calla Z^.
notice biographique. 7. V. infra, p. 718.
!i. PavlColom\ès, Mélanges historiques. S. V. i" série, Pays-Bas, t. 111, Joiirmi
(Jrangc, 1675, pp. 73 etss. Ce passage est tle .1. Ruyl. à la date du (i février 162^.
6g8 NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
passage où Thomas Legondre écrit : « Monsieur le chevalier Cholnielev ' , premier escuver de la reyne d'Angleterre, ingénieur à Tanger et qui y est retourné, me dit dernièrement... ». Ces mots indiquent que le retour de Cholmley à Tanger était tout récent au moment où l'auteur mettait par écrit ses souvenirs. Or Cholmley, qui était revenu en Angleterre en janvier i6(M, repartit pour Tanger à la fin de janvier i665-.
On sait en outre par une note marginale de l'éditeur que l'ouvrage fut écrit avant 16G6, date de la fuite à Alger du cheikh Ghadan'.
Thomas Le Gendre, d'après plusieurs passages de son récit*, semble n'avoir séjourné au Maroc que de 1618 à 1625, et c'est sans doute l'éditeur qui, pour faire une réclamé à l'opuscule, étant d'ailleurs couvert par l'anonvmie de l'auteur, aura donné ce dernier comme ayant « demeuré 25. ans dans la Mauritanie ». D'ailleurs Thomas Le Gendre ne dut pas perdre de vue les alTaires du Maroc, où son frère Jean-Baptiste ' fit depuis plusieurs séjours et où la maison de commerce de la famille avait d'importants intérêts.
La forme épistolaire donnée à la plaquette ne parait pas conventionnelle ; elle correspond à une réalité. Il ressort de plusieurs passages^ que l'auteur a bien été sollicité d'écrire sa Lettre pour répondre à plusieurs questions qui lui étaient posées par une personne ne connaissant pas le Maroc, mais ayant des motifs de se documenter sur ce pays. Comme cette époque est celle où se fonde la Compagnie d'Albouzème ", il est permis de supposer que la Lettre de Thomas Le Gendre était destinée à l'un des « intéressés » de cette société.
1. Sir Hugh Cliolmlev, ingénieur anglais, date de l'envoi du caïd Ammar au Maroc dirigea do i665 à lôliS la rofcction des for- (V. infra. p. 708 et note i) ; en iliicj (^ . tifications de Tanger ainsi que la construc- infra, p. 7.3g) ; en 1622 (V. infra, p. 781 ;) tion du môle. le 6 février 162^ (V. supra, p. 697) ; en
2. Cf. i"Hérie, Angleterre, Mémoires de octobre 1624, date de l'arrivée du chevalier Chulmley. à la date de 167 1. de Razilly à Sali (V. infra, pp. 72^ et 732).
3. Sur ce cheikh, V. supra, pp. 58 1 et ss. Thomas Le Gendre dut quitter le Maroc un Pour la note marginale de l'éditeur, V. an après le départ de Razilly (V. in /Va. p. infra, p. 702, note 3. 734). c'est-à-dire vers novembre 1G2.5 (Cf.
'a. L'auteur dit lui-même que son séjour supra, p. i3o, note i). au Maroc se place tout entier sous le règne 5- ^ • supra. Doc. CI, p. 588, note 3.
de Moulay Zidàn (V. infra. p. 708) et que 6. V. in/ra.pp. 699, 71^, 716, 717, 718.
ce séjour dura sept ans (V. infra, p. 71^). 7. Sur cette compagnie, V. 2 Série.
On constate sa présence au Maroc en 1618, France, années iB64 et suivants.
RELATION DE THOMAS LE GENDRE 6()r)
iG65.
Lettre escritte en response de diverses questions curieuses sur les parties de 1 AlTrique où règne aujourd'huy Muley Arxid\ roy de Tafilete.
Monsieur,
Il faut confesser qu il y a grand contentement à vous faire plaisir, puisque pour un rien vous faites des remerciemens les plus obligeans du monde. Je vous asseure, Monsieur, que je suis tout disposé à vous rendre tous les services dont je pourray estre capable ; & pour commencer, je m'en vay tascher de vous satisfaire sur les choses que vous me demandez, en vous asseurant auparavant que je vous diray les choses comme je les sçay en vérité, ou comme je les ay entendues de gens sincères & ausquels j ay cru qu'il falloit ajouter foy.
La partie d'AITrique qui est depuis le détroit de Gibraltar jusques au Cap Blanc, dans la mer Occane, est une coste qu'on appelle vulgairement, iS; par mauvais usage, Barbarie, mais qui ne l'est pas pourtant, car la vrayc Barbarie est dans la luer Méditerranée, & c'est la coste qui commence à Tripoly et qui vient à Tunis, à Alger & jusques au Détroit. Mais cette coste-là qui vient dans la
1. Sur l'attribution de cotlf relation à 3. Muley Arxid. Moulay cr-Rechid,
Thomas Le Gendre, V. supra. Note biblio- second souverain de la dynastie filalicnne.
praphique, p. 697. V. supra. Introduction critique, pp. 58i-
■i. Sur cette date, V. supra. Note biblio- 583, et 2' Série, l'Vance, t. I, entre les
graphique, pp. 697-698. aimées i6f>i et 167a.
iBfir
mer Oceane depuis le Déiroil jusquesau Cap Blanc, est verilablemenl la coste de Mauritanie, >.^: se doit appeller ainsi, estant le pais des Mores.
Cette coste & pais de Mauritanie contient trois royaumes, Fez, Maroc (k Sus.
Ce royaume de Fez a une ville capitale qui s'appelle Fez, & pour ports de mer. Toutouan, qui est un peu dans le Détroit, Tanger, Arquile', Seuta, L'Arrache, La Mamorra", Salé & Tudelle^
Tanger est aujourd'huy aux Anglois ' ; Seuta, La Mainorra ik L'Arrache sont au roy d'Espagne, & les autres places restent aux Mores. La Mamorre est seure & capable d'assez grands navires, bien que le roy d'Espagne ne s'en serve pas pour le négoce.
Le royaume de Maroc a pour ville principale celle de ce nom de Marocques, ^k pour ports de mer: Vzamor. Masagan. La Houladilla° & SalTy.
Masagan est au roy de Portugal, le surplus aux Mores.
Le royaume de Sus a plusieurs villes dans ses terres, ce que les autres n'ont point, 1 un n'ayant ([uc Fez & l'autre que Marocq, à trente ou quarante lieues dans les terres ; mais cettuy-cy a la ville principale, à sçavoir Therudent, »k en outre Tagausl', OulTrey' et Illecq*, & pour ports de mer: Mongador'', Sainte-Croix >k Messa.