bd el-Kerim resta dix ans « fii-re- Castelane
ment assis sur le trône de Merrakech » 6. .\llusion aux consuls .\ndré et Henry
(iCrKj-1668). Eu-Oli-ràni, p. 477. Prat (V. Hoc. XXXIV, p. 278 et CXXI,
3. Sidi Ali bon Mobamnied ben .'Vbmed p. (ii'iS) qui furent successivement titulaires
De Casïhii;s. 111. — 'i5
Ce n'est pas pourtant que plusieurs François ne se soient présentez au roy de Maroc, iMouley Zidant. pour exercer cette charge en son païs : entr'autres un nommé Daumas' en i6i~. & un nommé Fabre" en 1619, eV un nommé Mazet^ en 1622, tous Provençaux. Mais le roy Mouley Zidant les rebuta très-fort, & fit mesme maltraiter ce dernier nommé Mazet. Sa raison estoit qu'il ne vouloit point permettre ny soullVir dans son royaume qu'aucun exigeast ou levast des droits que luy ; & c'est ce qu'il déclara encore à monsieur de Razilly en 1628*, & ce que ses successeurs, Mouley Abdemelec & Mouley el-A\aly déclarèrent aussi à monsieur Du Ghalard. Ainsi il n'y a jamais eu de consuls, de quelque nation que ce soit, establis au royaume de Maroc ; & jamais aucun ne s'est présenté au royaume de Sus pour pareil sujet, sçachant bien qu'il y auroit encore moins à espérer en ce royaume-là qu'en celuy de Maroc '^ .
Les guerres & desordres de ces païs-là sont causes que l'on y va très-peu à présent. Quelques barques ou tartanes vont de Provence négocier à Toutouan & à Salé, où il y a peu ou point de marchands françois. A La llouladilla" et à SalTy, il n'y a aucun marchand françois y demeurant : s'il y va (juelque vaisseau, c'est
du consulat de Salé et Tétouan de 1629 à (V. /"■« Série, l'ays-Bas, t. III, aux années
1682. Ils paraissent avoir résidé à Salé de ci-dessus).
1O43 à 1O/18, mais ils se firent ordinal- 3. Sur ce personnage, \ . suprn, pp. 2'i'i,
rement remplacer par des vice-consuls 2^3, 268, 3i8 et noie 3, 369-37G. 442,
nommés par eux, comme Gaspard de Ras- 443-5 1 1.
tin (V. siipra. p. 584 note 1 et p. 5go 4. Date inexacte, pour 1624. V. infra.
notes 4 et G), Pierre Citrany (V. infra, p. 724 et note 3.
p. G74 note 1), Parasol (\'. infra, p. 678 5. Le marabout du Sous Sidi .\Ii ben
note i), etc. Moliammed, contrairement à l'assertion de
1 . Daumas, c'est-à-dire : Claude Du Mas. Le Gendre, se montra très accueillant pour Sur ce personnage, \. supra, pp. 5i, 54-55 les commerçants européens, à ce point que et loi, note 4. le Chérif en prit ombrage et fit inscrire
2. Le provençal Jacques Fabre, dont le dansle traité de i63i une clause interdisant nom ne s'est pas rencontré jusqu'ici, ne aux négociants français de trafiquer avec paraît pas avoir exercé la charge de consul le Sous. \ . supra. Doc. LV, p. 4i4' Il J au Maroc. Il devait résider à Merrakecb eut même en i63i un agent français que pour son trafic et sans caractère officiel. Mazet établit à Sainte-Croix (.\gadir) sous Moulay Zidàn l'envoya en mission aux le nom de « corresiiondant n. V. supra, Pays-Bas en 1619 et il en revint avec le Doc. LXI, p. 434.
peintre hollandais Juslus Stuling. La pré- 6. Lu HouladiUa. El-Oualidia, la ville
sence de Jacques Fabre au Maroc est cons- bàlie par Moulay el-Oualid. \. supra, talée en 1O19. 1620, if)22, i()23 et 1I124. p- 55, Sommaire.
pour traiter à bord, comme l'on dil. la picque à la main : & de mesme à Mongador et Sainte-Croix, auquel lieu de Sainte-Croix il y a pourtant une maison de François, mais seuU-.
Je n'ay point esté à Cornet', mais j'ay appris (|ue le tombeau que les Mores disent estre de saint Augustin, qu ils appellent Cidy Belabecb, est en raze campagne, eslevé seulement de trois ou quatre pieds. Mais je sçay de certain quils n'y vont point en pèlerinage, ny à aucuns de leurs prétendus saints, ne faisant cet honneur qu'à leur Cidy Mahamet, à cause qu'ils prétendent que c'est luy qui est le Saint et le Prophète que Dieu leur a envoyé pour apporter la Loy. lV en faisant signes et miracles.
Il y a beaucoup d'or dans les trois royaumes de la Mauritanie, mais ce n'est pas de leur cru ; cet or y a esté apporté de Cago, qui est un royaume scitué au haut païs de la Guinée' ; & on dit que la source du fleuve Niger, qui compose les deux rivières qu'on appelle du Sénégal de Gambie, passe par ce royaume-là de Gago. dont la ville capitale s'appelle Tambouctou. C'est donc de là d'oîi l'or est apporté en Mauritanie, & d'où on le porte aussi à la coste de Guinée : >k je ne sçay si ce sont les nègres de Guinée qui le vont quérir en ce païs-là de Gago, ou si ce sont les Mores de Gago qui l'y portent, mais je croyrois plustost le premier (jue le dernier : car, quant à l'or qui vient de ces païs-là dans la Mauritanie, je suis très-asseuré que ce ne sont point ceux de Gago qui l'apportent, mais que ce sont les Mores de Mauritanie, nolaminenl ceux de Maroc et de Sus qui 1 y vont quérir. Car (piand les rois de Maroc \ les princes de Sus ont esté paisibles dans leur pays, et curieux d'\ faire lleurii- le commerce, ils ont envoyé annuellement, ou au moins de trois ans en trois ans, des caiîlles à Tambouctou, principale ville du royaume de
I. Gitmcl, Aghnial. CVst an sud de celte porte son nom. Sur l:i légcnilc id^'ntiliani
ville, à Tinmal, que sont enterrés les émirs S' Augustin à SiJi Bel Abbis, \ . sujinj,
almohades appelés pour cette raison « les p. 2i3, note It.
saints d'Aghmat >i (EL-Oui KÀNr, pp. 3o4- 2. I-,e royaume do Gago (Kaglio, aujour-
2o5). Leurs mausolées, contrairement à d'hui : Gao) avait, au temps de Moulay
l'opinion de Le Gendre, sont un lieu de .\limed rl-Mansour. reconnu la suzeraineté
pilorinage Sidi Bel Abbés cs-Sebli (Cidy du .Maroc. — Sur l'or que les caravanes rap-
Uelabecb) n'est pas enterré à Agbniat, portaient du Soudan, V. supra, p. /129 et
mais à Mi-iralvc-'cii dans la mosquée qui /''•' Série, France-, t. II, p. ^5y et note 2.
Gago. Mouley Hamet et Mouley Zidant entr'autres y en envoyoient souvent ; el du lenips que j'estois en res jiaïs-là, jNIouley Zidant y envoya pour la seconde l'ois un de ses principaux alcaydes, nommé l'alcayde Hamar', qui avoit un esclave François, des Sables d'Ollonne, nommé Paul Imbert'^, lequel nous laisoit souvent récit de son voyage de Tambouctou, comme dun voyage de grande fatigue & de grande conséquence.
La cafille, qui est ce quon appelle en Turquie et au Levant : caravane, est(3it en effet nombreuse en hommes, en chevaux & en chameaux. Le chemin de Maroc à Tambouctou est du moins de quatre cens lieues, sçavoir environ cent lieues jusques au désert, ou à la mer de sable, qui contient deux cens lieues, tk environ cent lieues depuis la mer de sable jusques à Tambouctou.
On appelle ce désert mer de sable, parce qu'on n'y voit rien que lOrizon ; & pour en bien faire la routte, on se gouverne par les remarques du lever & du coucher du soleil, ou par la considération des estoilles, ou par la boussole ou cadren, y ayant toujours dans la cafdle quel([u un qui le connoist, comme estoit ce captif Paul Imbert', qui estoit navigateur & qui estoit aymé »Si chery de son maistre l'alcayde Hamar. eunuque blanc, de nation portugaise, fort bon & honneste homme. La routte est au reste aisée à tenir, car de Maroc à Tambouctou elle est droit au sud ou au midy. Ce voyage ne se fait que de nuit, & à petites journées par conséquent, à cause des grandes chaleurs du jour, qui obligent de se retirer sous des tentes une heure ou deux après le soleil levé, jusques à une heure ou deux avant le soleil couché.
Il faut, pour passer cette mer de sable, porter toutes les provisions nécessaires pour le manger tk le boire des hommes et des bestes ; mais comme les uns & les autres sont fort sobres, & no-
I. Le jeune pacha Amraar fut envoyé 2. Sur Paul Imbert, V. supra, p. 168,
au Soudan en 16 18 par Moulay Zidàn pour notes i et 2. Ce fut en 16 18 qu'il accomplit
remplacer le pacha Ali ben Abdallah el- ce voyage à Tombouctou (\ . note précé-
Tlemsani qui avait été déposé le i3 mars dente). Il est le premier Européen qui ait
1617. Ammar fit son entrée à Tombouctou visité cette ville et en soit revenu. Paul
le 28 mars 1618, il reçut les hommages Imbert était encore captif à Merrakech en
des notables et repartit pour Merrakech en i63o. V. supra. Doc. XLIII, p. 32^. mai-juin 1618. Cf. Es-Sadi, Tarikh es- 3. Paul Imbert était pilote. V. supra,
Soudan, pp. 33()-3'(0. Doc. XLIII, p. 32^, note 3.
tammcnl k-s chamoaux. qui portent beaucoup et ne mangent gueres, «S: boivent encore moins, estant un animal ruminant & remâchant ce cpi'il a mange il y a huit jours, [cela] fait que cela n'est pas bien difllcile. \canl moins il ne seroit pas possible de passer tout ce désert ou cette mer de sable, si ce n'esloil une rencontre admirable qu'au milieu de cette mer il y a un (-ndroiloù il y a des puits de belle ik bonne eau : >îv: à un autre endroit proche, il y a une basse terre de salines,' : de sorle qu'à cet endroit-là, les cafiles font alte 6»; station, non seulement pour se rafiaischir, mais aussi pour charger du sel pour le compte du Roy, comme estant une excellente marchandise pour Tambouctou.
Après ce rafraîchissement, la cafile continue son voyage, & enfin parvient à Tambouctou, au bout de deux mois, du jour de son départ de Maroc ; c^ là on fait grande réception aux cafiles, notamment à celles venant de la part des rois de Maroc, que celuy de Gago a en grande vénération, jusques-là (ju'on nous asseuroit que le roy de Gago envoyoit tribut au roy de Maroc". Mais je ne le croy pas ; seulement il est certain (pi'il luy envoyoit des presens, «k que les gens de la cafile faisoienl hoa négoce, vcndans toutes leurs marchandises, comme les commis du Roi le sel pris à moitié chemin, pour de latibar, ou de 1 or en poudre, que nous appelions tibre^: & après avoir séjourne un tenqis convenable à Tambouctou. s'en rcvenoient à Maroc, rebioussant lamesme routte, &, comme l'on dit, nvenant sur leurs [)as, apportant grand nombre de cet or. Les miucliands faisant ce voyage gagnoient constamment le double, le trqjle, voire le quadruple ; outre que le roy, pour ses droits, pour son sel & pour les presens qu'on lui envoyoit, avoit bonne part en cet or.
Cidy Ally, prince de Sus, envoyoit aussi assez souvent de sa ville d'IUecq des cafiles à Tambouctou. Mais pour le roy de Fez', je nay
f . Sur celle mine de sel gemme appelée Moulaj /idàii cl ne lui firent défeclion en
Tigliaiïa. V. supra, p. 5^5, note 4. aucune manière ». Es-Sadi, p. 336.
2. Les gens de Gago (Kagho), contrai- 3. Tibre, tibar. V. p. 372, notes 5 et 6.
rcment aux habitants de Tombouctou qui 4- Ce « roy de Fez », à lYpoquc dont
suivirent la cause du rebelle Abou Mahalli parle Thomas Le Gendre, était Mohammeil
(\ . /'■'■ Hérie. Pavs-lias. t. 11, Doc. Ll\ , el-lladj etl-Oilaï, le « Ben 13oukar m des
p. 117J, « ne cessèrent d'être fidèles à relations européennes.
7IO i665
jamais ouy dire quil en ait envoyé. &, comme je crov, pour deux raisons : la première, parce qu'il en est esloigné de cent lieues plus que Maroc ; 6î l'autre raison, parce qu'il auroit fallu que la cafille de Fez eust passé par le royaume de Maroc, ce qui sans doute nauroit pas esté soufTert. Que si le royaume de Fez se rencontre avoir de 1 or, c'est par la communication qu il peut avoir avec les autres royaumes ses voisins, qui l'ont ik qui le tirent, comme il est dit, de Gago A: Tambouctou '.
C'est donc ce qui fait cpi il se rencontre beaucoup d'or dans la Mauritanie ; mais il s'y en verroit bien davantage, si ce n'cstoit la mallieureuse méthode de ces gens-là,' d'enterrer leur or, n'ayant point d autres coffres que la terre, se défiant de tout le monde, & notamment de leurs héritiers : de manière que, quand la pluspart de ces gens-là meurent, leur or demeure enfoui & perdu en terre ; en sorte qu'il est certain que le fonds de la terre est bien plus riclie que le dessus.
Il nous faut dire encore quelque chose du royaume de Gago. On croit, comme j'ay dit, que le fleuve Niger passe par ce royaume, sa source venant de devers le Nil, qui prend un cours tout à l'opposite ; & ce fleuve Niger, ayant fait cent ou deux cens lieues de chemin par deçà Gago. se sépare en deux rivières, «k que l'une est celle du Sénégal & l'autre celle de Gambie''; à cause de quoy plusieurs ont eu la pensée que l'on pourroit, en montant ces rivieres-là, parvenir jusques à leur jonction, <k finalement jusques à ce royaume d'Or.
Les Anglois ont eu plus qu'aucuns autres cette pensée ; ik il ne faut pas s'imaginer qu'ils se soient emparez du bas de la rivière de Gambie '\ *k pris de force ou par traité les forteresses que le duc de
I. Ce renseignement de Le Gendre est Fez, du coslé du midy. Les Mores &
ineiact. De tout temps. Fez a été en rela- Barbares s'assemblent en la ville de Fez
tions directes avec le Soudan par le Tafilelt. d'où ils sortent à la fin de l'esté... »
« .l'ay veu, écrit le F. Eugène Roger en F. EuGif;^•E Rogik, La Terre Sainte...
mission à Fez, aller & venir des Mores 6^ Paris, éd"" iGOi, p. 2^7.
des Barbares [Berbères] en trafic, une fois 2. Opinion conforme à celle des géo-
l'an, au pays des IVoirs dans la Numidie, graphes du xvii' et môme du xvm= siècle,
contrée de Zeneziga, que les Barbares 3. Les établissements anglais de la
appellent Tanboutou, qui est distant Gambie remontent à l'année 1618 où se
d'environ trois cent lieues de la ville de fonda à Londres une Compagnie pour le
Ciulandt el les HoUandois y avoicnl'. pour seulement jouir dune chetive trailte qu'y s'y fail de quelque nombre de cuirs, cire & moiTd. Ce nestoil pas là le but des Anglois, ny du prince Robert, qui a l'ail ces exploits-là il y a pou d'années ; leur but principal estoit de monter la rivière ius(|ues à son fleuve Niger, voire jusques à sa source, tk par conséquent jusques à l'or de Gago ; & pour cet eflet, outre leurs grandes l'regattes, par le moyen desquelles ils se sont emparez du bas 6: des l'orteresses de cette riviere-là de Gambie, ils avoient de petites fregatillcs armées, pour monter cette rivière «^ à la voile tV à la rame. Mais cela ne leur a pas réussi, vk japprens qu ds renoncent de plus l'entreprendre, pour trois grands ojjstacles qu'ils y ont rencontrez : le premier, par les grandes clialeurs & calme de ce païs-ià, qui ont l'ail mourir la pluspart de leurs liommes ; le second, par la guerre que Unir ont lait les Nègres, meslez de Portugais, natil's (lu pais ; ik le troisième, par le nombre de saulx qu'ils ont rencontrez dans la rivicrc qui la rendent très-mal navigable. En sorte que les Anglois ont quitté ce grand dessein.
Et j'ay souvent demandé à nos Senegallois" si leur rivière n'étoit point plus navigable que celle de Gambie, tV s'ils ne pourroient poini par celle du Sénégal aller [ilus haut qu'ils ne l'ont : car ils ne vont tout au plus qu à deux cens ou deux cens cinquante lieues haut: mais ils m'ont asseuré que non, & que c'est tout ce qu'ils peuvent faire : \ (|u'oulreles maladies de la rivière, il se rencontre plus haut, non des Nègres, mais des Mores, qui font la guerre aux Nègres du Sénégal ik qui empeschent qu'on ne peut pas avancer davantage, outre qu'il y a pareillement des saulx de rivière qui la rendent dilïi<"ile. Ainsi il ne faut point espérer d or de (iago pai-
commerce de l'or. dans les Antilles.
I. Le duc de (loiirlande, Guillaume i. .\os Senagallois, c'al-'u dire: les com-
Kelller (1610-1683), avait acquis d'un roi merçants normands qui font du trafic au
nègre des possessions en Gambie. Les IIol- Sénégal. 11 n'y avait qu'une factorerie à
landais s'en emparèrent en lOSf), mais les l'embouchure du Sénégal, lorqu'en i633
rendirent à la Courlandc en itifio. Celte liosée et Uobin fondèrent à Dieppe et à
occupation temporaire des Hollandais servit Houen une compagnie commerciale à la-
de prétexte au.\ Anglais pour s'en empanr quelle les lettres patentes du .l'i juin i("i33
en ifiCi, et, le 17 novembre 166/1, 1" 'lue accordèrent le privilège du trafic et de la
de Courlande dut les céder définitivement traite au Cap Vert, dans la Gambie et le
à ceux-ci, en échange de l'ile de Tabago Sénégal.
fI2
ifi65
ces rivieres-là, car, comme vous avez veu, ce ne sont point les Mores de Gago qui transportent leur or ; autrement, s'ils en portaient à Maroc, ils pourraient bien aussi en porter en Gambie & au Sénégal, par la commodité de ces rivières ; mais ils ne le font point. & c'est ce qui me fait dire que ce ne sont pas eux qui le portent en Guinée, mais que ce sont les roytelets nègres de Guinée qui vont ou qui l'envoyent quérir au pais de Gago, & qui l'apportent en Guinée, où ils le baillent aux Chrestiens qui vont en traittc le long de la coste.
Vous voyez bien par ce que dessus que les Mores de Gago, ou du haut pais de Guinée, ne voyagent point, & qu'ils ne sont pas gens à passer cette mer de sable, pour venir joindre les Mores de Mauritanie, pour ensemble aller en pèlerinage à La Mecque ; c'est bien asseuremenl ce qu'ils ne font point.
Mais, pour ce qui est des Mores des royaumes de Sus, Maroc & Fez, il est vray qu'il s'attroupent souvent, non pas par grandes caravanes ou cafdes, mais, quand ils sont quarante ou cinquante de compagnie, ils prennent la routte de la mer ; et ordinairement leur rendez-vous est à Toutouan, oîi des navires turcs les embarquent pour les porter en Egypte, au port d'Alexandrie, où se fait leur débarquement, & au Caire ; & de là ils s'en vont par terre vers la mer Rouge, où est La Mecque ik le tombeau de Mahomet. Et j'ay ouy dire à des personnes qui estoient à l'armée navale du Roy, lorsque monsieur de Brezé la commandoit', & peu de tenqjs avant sa mort, qu'ayant esté à la baye de Toutouan, il y avoit trouvé 1^ Y>ris un grand navire turc, prest à partir pour Alexandrie, dans lequel il y avoit plus de deux cens de ces pèlerins, lesquels ils renvoya à terre avec civilité, croyant que ceux de la terre luy renvoyeroient réciproquement les esclaves chrestiens, mais c'est ce qu'ils ne firent point, ces gens-là ne payant point de cette monnoye.
I. Jean Armand de Maillé, marquis, puis i646 des opérations contre les présides de
duc de Brézé (i6ig-i6i6), surintendant Toscane. On ne trouve pas dans les diverses
général de la navigation en i636, en survi- relations des campagnes de Brézé (Arch.
vancc du cardinal de Richelieu, son oncle, Nat. Marine. B^ i et C s) une allusion à
grand-maitre des galères en i63g. 11 com- cette capture dans les eaux de Tétouan d'un
manda la flotte du Ponant en r64o, celle vaisseau chargé de Mores allant en pèleri-
de la Méditerranée en i642, fut chargé en nage à La Mecque.
RELATION nE THOMAS LE GENDRE "l3
Il peut bien e?tre que le? [lelerins de la coste de Barbarie, d'Alger, de Tunis & de Tripoly vont par terre & en grande compagnie à La Mecque ; mais pour ceux de Mauritanie, ils vont, comme j'ay dit cy-dcssus, par petites Irouppes jusqu'au port de mer, leur qualité de pèlerin leur servant de passe-port ; car les Alarbcs les respectent & favorisent & leur donnent l'aumosne, car ces pelerins-là. ny plus ny moins que les pèlerins europiens, vont avec le bourdon, chantans & gueusans.
Je n 'ay pas remarqué le temps de leur départ, mais il me semble que c'est immédiatement après que leur Ramedan est passé '.
Le sieur***, au retour de son esclavage, me vint voir & remercier de ce que je m'étois beaucoup employé par le moyen de mes amis de Marseille", pour tasclier d'obtenir sa délivrance, sans que cela réussit pourtant, parce cpie son premier patron le tciioit à trop haut. Il me conta bien son infortune, ik comme quoy il avoit esté amené d'Alger à Toutouan, où son patron le tint enfermé plusieurs années, le maltraitant pour l'obliger ù payer grosse rançon ; mais qu'il mourut, & que sa patrone s'estant remariée à un autre, luy fit rencontrer plus de facilité à son rachapt, qui se fit par la voye de Cadis. A tout cela, je ne voyois rien ([ui ne peut estre ; mais je ne sçache point qu'il m'aye jamais parlé d'avoir esté avec sa patrone à Fez, à Maroc, & à ce prétendu royaume de Jove : et je vous asseure que je ne l'aurois pas cru. Car je sçay bien que les femmes, en ce païs-là, ne voyagent point : il n'y auroit aucune seureté pour elles, moins encore pour leurs esclaves, notamment dans le royaume de Maroc, où tous les esclaves chrétiens sont au Roy ', sauf qu'il permet quelquefois au\ [)rincipaux alcaies, qui sont les plus proches de sa personne, d'en avoir quelqu'un, comme il permit à cet alcaide llamar d'avoir le captif Paul Imbert.
I. Le pèlerinage s'accomplit dans le et de La UocIk^Hc! avec ce pays devieinient
douzième mois de l'année musulmane qui de plus en pins rares. C'est toujours à Mar-
est appelé à cause de celte solennité Dou seille tpie s'adressera '1 liomas Lo ('i<Midr<',
fl-ljiddia. rpiand il voudra obtenir quelques rcnsei-
:>.. .V partir de iti^o, tout le commerce gnements sur le Maroc ou y faire faire
français avec le Maroc semble se réduire à quelques démarches. Cf. p. iMi. note i celui de Marseille; les relations de Uouen 3. V.sup/n. lntroduclioncriti(pie, p. JOo.
J'ay veu plusieurs cafiles, sans une seule femme. &; les cafiles vont bien de Toutouan à Fez »S; de Fez à Toutouan ; ou de SalTy à Maroc & de Maroc à Saffy : mais qu'une cafillc aille de Fez à Maroc ou de Maroc à Fez, d'un de ces royaumes à l'autre, c'est ce que je n'ay point veu en sept ans de temps', ik n'ay jamais ouy dire à personne d'avoir esté de Fez à Maroc, ou de Maroc à Fez. sinon en la compagnie d'un maiaiiout, qui. connoissant loutes les races d'Alarbes, >k qui estant réputé d'eux estre un saint, passe partout. Encore moins peut-on aller au royaume de Sus, que les Nègres tk Alarbes appellent de ce nom-là de Sus, ou du nom du ro^aume de Therudent, sa principale ville. Mais je n'avois jamais ouy parler de ce nom de Joye", «S; moins encore de cette estcndue de six cens lieues pour y aller ; il f'audroit donc y comprendre celte mer de sable dont j'ay parlé, car de Toutouan à Fez il n'y a qu'environ quarante lieues, de Fez à Maroc environ cent lieues, & de Maroc à Sus, ou à Tlicrudent, cent autres lieues'; ainsi je crois que ce royaume de Jove n'est qu'une cliimere. comme aussi ces malelats de vent, les Mores ne couclianl ordinairement que sur des esteras' ou nattes de jonc, ou sur des tapis de Turquie.
Pour ce qui est des lions, il est vray qu'il y en a beaucoup dans la Mauritanie ; mais que les Alarbes s'amusent à les eslever »S; nourrir parmy leurs troupeaux, c'est mocquerie. S'il arrive, comme quelquefois, à un Alarbe de rencontrer quelque tanière de lions, oîi il y en ait de nouveaux-nez, il les apporte aussy tost vendre aux Cbrestiens. Il m'en fut ainsi apporté deux, masle & femelle, que j'eslevay pendant deux ou trois ans, en sorte qu'ils estoient dans notre Douane, ou maison des Cbrestiens, en grande privauté. tk mesme parmy des gazelles, ou petites biclies, & autres animaux ; ôc le lion métoit si familier, quoy que grand, qu'il venoit souvent couclier avec moy ; & bien m'en prit, car une nuit, durant le clair
I. Cotlo indication permet de fixer les tioii curieuse » qui lui avait l'Ié posée sur
dates (i6i8-ir)25) entre lesquelles se place l'imaginaire royaume de Joye.
le séjour de Thomas Le Gendre au Maroc. .'i. Voici les distances appro.\iniatives :
— .actuellement encore les caravanes ne Telonan-Fez. r66 kilomètres; Fez-Maroc,
vont pas de Fez à Merrakech par l'iliné- ^oo kilomètres; Mcrrakech-Taroudant. IJ.")
raire direct, elles passent toujours par Rbat. kilomètres.
a. Le Gendre répond ici à une « cjucs- 4- £i!e/us, mot espagnol : natte.
RELATION DE THOMAS LE GENDRE "I.l
de lune, quelques Alai'bes d'une cafilc. qui estoient demeurez dans lenclos de la Douane, montèrent vS: entrèrent je ne sçay comment dans ma chambre h dessein de me piller : mais ayant veu im lion auprès de moy, ils s'enfuirent, disant l'un à l'autre : « Endou sehu, (il a un lion) w. Cela me fut rapporté par nostre hôte le sieur Amahricq. (jiii. estant par hazard sorty de sa chambre, \ voyant la mienne ouverte i5c des Alarhcs en sortir tenant ce langage, il entra, m'éveilla & me conta lliistoire. (jC lion estoil foil allable, mais la lionne estoit maligne ; >S; luy estant arrivé de faire quelque mal à nii petit More, ik plaintes en avant esté faites au (iouverneur, il me les osta >S; les fil mettre entre quatre murailles ; (S: peu après, les grandes pluyes t'staiil venues renversèrent les quatre murailles, qui n'estoient que de blocq', les lions sortirent la nuit >N: se jetterent sur une roue', ou escurie en gallerie ouverte, de chevaux \ mulets, qui estoient d(;vanl la maison du Uny. où ds firent grand carnage, car ils estoient affamez ; cela lit grand bruit dans la ville. 1^ chacun courut aux armes, en sorte que mes pauvres lions furent tuez.
Un jour, comme nous estions à la chasse du sanglier, à quatre ou cinq lieues de Saffy, nous fumes tousestonnezcjue nos ohevaux cessèrent de marcher, 6c que nos chiens se vcnoienl mettre entre les jambes de nos chevaux. Nous nous dismes aussitost l'un à l'autre : n 11 v a icv un lion » : <\; de fait nous fusmes estonncz (ju \\ en passa un grand à costé, (k à quinze ou vingt pas de nous, qui s'arresta pour nous regarder, &. voyant que nous ne branlions point, passa son chemin avec une gravité nompai cille. Il estoit plus haut qu'aucun de nos chevaux, tk marchait gravement, jouant de sa (jueue à gros bout noir, d'une façon effroyable.
Nous sçavions que le lion ne veut point (ju'on fuye, ny qu'on l'attaque, autrement en trois sauts il est sur vous ; c'est pourcjuoy nous n'avions garde de le tirer ; & pour fuir, c'estoit l'impossible, car les meilleurs chevaux trembloieiil comme la feuille.
Les Alarbes nous contoient qu'ils en rcnconlroicnt souvent par la campagne, qui mesme \enoient à eux, mais (pi aussitost ils pre-
I. Blocij, pour blocage. Il faut entendre scelles, que les murs étaient construits en pierres 2. Houe, pour: roua •'JJ, écurie.
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noient leur turban, qui psI une bande de toille de collon nu de laine, qui a trois ou quatre aulnes de long, lequel ils prenoient par le bout ik le branloieul en l'air en tournoyant en forme de couleuvre, ik qu'aussitost le lion s'enfuyoit, estant le seul animal ou la seule vipère dont il a peur.
Les sieurs Antoine Cabirori', de Montpellier, & Abraham Van Llbergen", de Rouen, grands chasseurs, estans avertis qu'il y avoit un estang à demy lieue de la coste de la mer, où les lions & les sangliers, qui reperoient de jour dans cette coste de la mer, en sortoient la nuit \ alloienl boire à cet estang. s'avisèrent d'aller de jour faire des cabanes de pierre sur le bord de cet estang, & d'y passer la nuit, pour tuer de ces animaux ?\ mesure qu'ils viendroient boire. Cela leur réussit tellement (juiis en tuèrent quatorze, tant lions que sangliers, «Se firent écorcher le plus grand des lions. \ la peau en fut apportée en cette ville.
Je ne puis quitter les lions, que je ne vous fasse le coule (|ui m'a esté fait en ce païs-là par des personnes très-sinceres ik ausquelles i'ay par consequcnl ajnuté foy, n'en doutant nullement.
C'est qu'en l'année iGi/| ou iGi5 deux esclaves chrestiens estant à Maroc prirent resolution de se sauver, ik s'accordèrent de le faire de nuit, & de ne marcher que de nuit, »S; de jour se retirer au haut des arbres, pour éviter la veue \ la rencontre des Alarbes, qui n'auroient pas manqué de les remener en esclavage. Ils sçavoient que la coste de la mer où est Masagan gisoit au nord, & que, cheminant toujours au nord, ils y pourroient parvenir en huict ou dix nuits. »S; qu'il ne leur seroit pas difficile de porter »k de trouver des vivres pour faire ce chemin. Ils sortirent donc de nuit, & ayant marché jusques au point du jour, se relirer(Mit au haut d'un arbre iN; y passèrent la journée, mais avec bien de l'ennuy, de la peine & de la crainte, voyant de ces païsans d'Alarbes aller et venir ; outre que deux esclaves s'estant trouvez manquer à Maroc, on envoya force cavaliers à la recherche. La nuit venue, les deux esclaves reprirent leur routte, jusques au lendemain matin, que voulant chercher un arbre pour y monter, ils furent estonnez de voir à leur
I. Sur ce personnage, A . supra, i)|>. og^- 3- Sur ce personnage, V. su/jcn, p. 1 12.
3y6 ; ii7-/)70. note 4 et 182, note i.
UELATION nE THOMAS LE GENDRE ~l~
costé un grand licin. )cqiicl niarchoil (jiiand ils tnai'clioioiit. *S: sarrestoit quand ils s'arrestoicnl. Ils iccoiiiiuniit hienlost que cétoit un bon convoy que Dieu leur cnvovdit : ils s'cnliardirciil donc de niaicher de jom- (Ml la compagnie du lion. Des cavaliers ularbes \ mores survinrent à dessein d'enlever ces deux [)auvres fugitifs, mais le lion se mellanl eiilre deux, ce fut aux cavaliers à sarrester. à admirer \ à les laisser passer ; ce (ju'aussi firent d'aulres, car tous les jours il s'en rencontroit, jusqucs ù ce que finalement ces deux pauvres esclaves estant arrivez sous la ville de Masagan, le lion s'en lelouriia, \ les deux pauvres esclaves entrèrent dans la ville, racontant ce miracle, dont aussi les Alarbes vinrent faire l'ecit à Maroc, iN; dont la nouvelle fut répandue par tout comme très-veritable «k très-constante.
Je vous ay dit que le royaume de ^[aroc na pour toutes villes dans ses terres que la ville de Maroc, ik pour places maritimes: SafTy, La Houladilla \ Azamor. De Sall'v à Maroc il y a trente ou quarante lieues, «N: des antres villes maritimes il y a davantage; ainsi la campagne d'entre Maroc i.V la mer n'a aucunes villes, villages ny bourgades, mais seulement des adouars ambulans, comme je vous l'ay remarcjué.
Jay veu quelques autruches à Maroc, mais elles y estoient apportées de la province de Dara & du pays qui est au sud de Maroc, tirant vers la merde sable. & elles sont en quantité entre Maroc & cette mer de sable ; vk les Mores et les Alarbes qui les prennent en apportent les plumes à Maroc, à Therudent & autres villes de Sus.
Pour ce qui est des elepbans, il n'y en a point du tout dans cette eslendue de païs, ny en deçà de cette mer de sable; il n'v en a seulement que par delà : c'est-à-dire (ju'il commence à y en avoir dans le royaume de Gago, qui borne l'Ethiopie, là où il y en a grand nombre ; tV cela se remarque en ce cpi'à la rivière du Sénégal il se traite très-peu de dents d'clephant, à la rivière de (îambie, il s'en traitte un peu davantage, à Cachos & à Tagrin ou Serrelione encore davantage, 6c à la coste de Guinée beaucoup encore davantage, cette traitte augmentant à mesure {|u'on va au sud; »k c'est chose asseurée que la Guinée tire le moriil, <in l'v voire, ou les dents d'clephant. qui (^st une mesmc chose, non seulement de Gago, mais aussi d'l''thiopie.
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Les femmes des Mores de Mauritanie ne sortent point, ou peu, &: se tiennent closes & couverlcs, on soi le quon ne leur voit qu'un œil, qu'elles ont découvert pour se conduire ; si elles sortent de la ville, elles ne s'éloignent guère des murailles : 6c quand elles rencontrent des cliresliens, ne voyant point de Maures auprès d'elles, elles prennent plaisir à se faire voir, se découvrant tout le visage & les bras.
Leurs fruits sont : dattes, amandes, resins, grenades, olives, fiçues & meures.
Leurs lea;umes : fèves, pois, melons, valencées ou melons d'eau, forcours' ou petits concombres.
Le plus grand hyver, en ce païs-là, ne nous obligeoit point d'approcher du feu : c'est comme le climat d'Espagne ik d'Italie, de trente-deux degrez à vingt-sept ou vingt-huit du sud".
Ils n'ont en ce païs-là ny médecins ny apoticaires. si ce nest qu'il V en aille de la Chrétienté. Il y a quelques chirurgiens mores \ juifs, qui sçavent lourdement saigner, & c'est tout.
Cette demande me fait souvenir d'une chose dont il faut que je vous fasse récita On voyage en ce païs-là ou par cafde, ou avec un marabout, quand on est pressé A: qu'on ne peut pas attendre l'apprest d'une cafde, (jui est chose de longue haleine. Ainsi j'ay esté à Maroc par caflle, \ j en revins avec un marabout', lequel vous prenant fe rass ou c'est-à-dire sur sa teste, ou à sa horma. ou sauvegarde, vous estes en asseurance, ce marabout estant connu & respecté des Alarbes. Ce qui est importun, c'est que tous les Alarbes qu'on rencontre viennent demander au marabout : « Ascon liadouc sarany? (quel est ce chrétien .►•) » & le marabout est souvent obligé de mentir, de peur que disant que c'est un tager. ou marchand, ils n'eussent trop d'envie de le piller. Ainsi arriva-t-il à un
; hc Gendro arriva à Safi venant de Morra-
1. i-orcours. Fcqqous ^j^ji», melon. ^.^,^^^^ ^.^^^^j^. seulement par le marabout
2. Impropriété d'expression ; il faut Sidi el-Havts. V. /'«Série. Pays-Bas, t. III, entendre : en se dirigeant vers le sud. Le Journal de Albert Ruyl à la date du 6 fé- Maroc, en réalité, est compris entre le 35"= vricr 1624. On se rappelle que ce passage et le 28" degré de latitude. de la Lettre escrite rapproché de celui du
3. On voit que Le Gendre répond à un Journal d'Albert Ruyl fournit l'un des questionnaire. meilleurs arguments pour l'attribution à
4. Ce fut le G février i024 que Thomas Thomas Le Gendre de la plaquette.
marabout, qui, un jour, menant à Maroc cet Abraham Van Libergen, dont il est parle- cy-cle\aiil. ce marabout crut que, pour mieux passer, il lalloil. à ceux qui luy deinaiidoieul : « Ascon liadouc sarnny », répondre : « Tabih Sultnn (médecin du Roy) » ; mais à ce mot, un chefd'adouar s'écria (ju il l'iisl le bien venu, car il avoit une fdle ([ui s'éloit rompu la jambe, i^c cpi'il lalloil que Tiihih Sultan la guerist. Le marabout et le marchaïul chrcslien se trouvèrent bien surpris, mais il fallut lairc bonne mine & mauvais jeu. Ce médecin fit semblant d'aller cberclier de bonnes herbes, »S; prcnoil des premières trouvées, il fit une espèce donguent, chaud ou froid, il nimporte, fit tirer la jambe de la fille, mil de son onguent incognito dessus, avec force petits bâtons de rozeau à l'cnlour de la jambe. >.V la fit lier sur une petite plan(;lie, i\: leur dit rju'il ne falloit pas y toucher de plus de quatre jours ; c étoit aiin qu'il eust loisir d'achever son voyage, sans estre obligé de lever son premier appareil.
Il n'y a aucunes foires ny franchises en ce pa'is-là ; mais quand les marchandises sont dîmées à l'entrée, elles sont libres d'aller par tout le royaume sans passe-ports, iN: pour celles du pais, ne payent (pi'à la sortie du royaume.
Toutes religions y sont [)ermises ; les Juifs ont une Juderie fermée à Maroc, assez grande, à; il y a deux synagogues, & estoient de mon temps quatre ou cinc[ cens personnes juifves dans cette Juderie,
A Saffy, il n V a point de juderie qui ferme, mais il y a pourtant une synagogue, les Mahometans permettant par tous leurs pa'is le libre exercice de religion, quelle qu'elle soil : \ j'apprens que le grand Mogol, qui se dit chef des Circoncis \ qui est mahometan, >^ dont le langage de son pa'is (qui est entre la Perse et la Chine) est arabe, permet aussi toutes sortes de religions.
Les Juifs s'entremettent fort dans le commerce &. dans les fermes, prenant ordinairement à ferme ou à rente les droits du roy des entrées & sorties, à cause de quoy on appelle ce Mi\-là rentiers': \ ainsi il fuil en effet souvent passer par leurs mains,