I . Rentiers, en espagnol : reniera
Pour ce qui est d'Argile & de La Rache, je croy que ce ne sont que rades *S; petits ports à barques, ou havres de barre, n'en ayant pas ouy parler autrement. C'est pourtant là où l'armée de Dom Sebastien, roy de Portugal, fit sa descente. Je vous ai parlé de la bataille des Trois Rois', mais jay oublié une particularité qui mérite d'être récitée. C'est que le roy Dom Sebastien avoil constamment gagné la bataille", les deux rois de Maroc & de Fez ayant fait retraitte & en quelque confusion : mais, par malheur, quelques Mores restez dans l'armée portugaise ayant entendu crier : Mdia mefcha (tue mèche), ils furent le dire aux deux rois, qui se rallièrent et revinrent à grands cris de joye donner sur les pauvres Portugais, qui, dépourveus de mèches allumées, furent entiei'ement défaits.
La Mamorre estoit en i6i5 ou 1616 à tout le monde^ & il se refugioit là dedans qui vouloit, & c'estoit principalement le nid ou le repaire des pirates, dont en ce temps là il y en avoit beaucoup, & plus de Chrestiens de toutes nations que de Turcs. De quoy le roy d'Espagne ayant esté adverty, & que ses sujets en recevoient de l'incommodité, il envoya une armée en ce temps-là se saisir de ce port, dans lequel elle trouva plusieurs pirates chrestiens ; & en suite il fut fortifié 1^ gardé par le roy d'Espagne, comme il est à présent, >k est un très-bon port.
Le roy d'Espagne ne tire pas d'avantage de ce port, jjarce que, quant à la trailte, ou commerce, Salé, qui est tout proche, le fait ; & quant à la guerre dans le pais, il n'y a rien à faire, à cause du grand nombre de Mores & d'Alarbes, forts en cavalerie, adroits en rase campagne, & hal^illes en embuscades. Tout l'avantage qu'il en tire, c'est quil a délivré son pais & ses sujets du mal qu'ils en recevoient, quand les pirates chrétiens s'y retiroient.
Les Juifs ne possèdent aucune terre en propre, mais ils ont quelques jardinages & vignes dans leur Juderie, &: font quelque vin de raisin, mais très-peu, ik pas assez pour leur provision : en sorte
1. L'aulcur n'a fait précédemment constantqiie le roy... avait gagné la bataille, qu'une brève allusion à cette bataille. V. 3. Le port de El-Mamora fut occupé par p. 701 et note 2. les Espagnols on ifii^. V. /'''' SenV. France,
2. C'est que le roy... avait constamment t. Il, Doc. CXGVI, p. 5(16, et l'ays-Bas. (jarjnë la bataille. Entendez: C'est qu'il est l. II. Doc. CXXXVI, p. 334.
RELATION DE THOMAS LE GENDRE 'y 2 1
qu'ils ont. comme les Chrétiens qui vivent en ce pays-là, recours au vin de passe. On appelle passe le raisin séché au soleil, duquel on met environ deu.v cent pesant dans une barique qu on emplit d'eau, & puis on le laisse bouillir de so\-mesmc, & au bout de cinq ou six jours que cette eau & ce raisin ont bouillv ensemble, on le tire par la chantc-pleure, & c'est du vin blanc tSi trouble, & quoy (jue fait d'eau, ne laisse d'estre très-fort & d'enyvrer ceux qui en prennent trop. C'est donc de ce vin de passe dont nous hi'uvions ordinairement.
Les Mores mesme n'ont pas de possessions ny de jardinages au delà de la portée du mousquet des murailles de leurs villes, parce qu ils n'en jouyrolent pas, les Alarbesdéroberoient tout de nuit; ce qui est cause que ces gens-là ne cultivent point, & ne se servent point de la bonté de leur pays. Les Alarbes mesme cultivent peu, à cause qu'ils sont ambulans sur la moindre guerre qu'on leur veut faire. Ils sont seulement curieux, aux environs de leurs adouai's, de faire des bleds & des orges dont ils emplissent leurs matamores' ; ce sont des puits sans eau, très-profonds, qu'ils emplissent de grain, jusques à fleur de terre, & y font dessus quel(|ues remarques pour retrouver ces magazins profonds, notamment quand ils sont contraints de se retirer en (juelque autre contrée.
Les Mores ne font point de vin & se contentent de manger leur raisin, soit verd, soit sec; mais les Mores les moins religieux ne laissent, à la dérobée, de boire du vin «k de l'eau-de-vie, chez les esclaves chrestiens qui en vendent & chez les Juifs. Mais pour ce qui est de ces boissons de caffé, de thé & de cha", on ne sçail ce que c'est en ce pays-là, ce sont des boissons (|ul sont en usage aux Indes »^ au Levant. & dont l'usage est vemi aussi en ce païs icy, & surtout en Angleterre, où ce cafle a beaucoup de débit, parce (|u'il a la vertu d'empescher de dormir ; en sorte que, quand une personne veut passer la nuit à travailler, il n'a (|ii'à prendre un doigt de ce cafTi', cclaluy oste l'envie de dormir; iS: (juant au thé & au cha, on dit (piils débrouillent la teste à: délassent l'esprit, quand on a beaucoup estudié.
I. Matamores. Sur ce mot, V. /''' Série, mol cha est le nom du thé en langue portu-
France, t. II, p. Sgi, note 2. gaise. — Le café et le thi étaient en i665
u. De thé ^ de cha. Battologic, car le d'importation toute récente en Europe. De Casîries. 111. — /lO
Ils n'ont point du tout l'usage du verre, & ne se servent point de vitres dans la Mauritanie, & je n'en ay point veu où j'ay esté ; & j'apprens de ceux qui ont esté à la petite ville de Salé, appellée Raval', habitée par les Morisques chassez d'Espagne, qu'ils ont en leurs baslimens imité ceux d'Espagne, mais sans vitres, n'en ayant aucunement.
Ce Raval est. comme je vous ay dit, une petite ville que les Morisques ont bastie, close de murailles ; mais à l'entour, & environ à cent pas d'icelle, il y a une autre muraille, ou des vestiges dune autre très-antique, faisant un grand circuit, qui est un témoignage qu'il y avoit là jadis une grandissime ville, sans qu'on puisse sçavoir quelle ce doit estre" : c'est un débat entre les sçavans en l'antiquité.
La Mauritanie est le pays du monde qui produiroit le plus d'huile d'olive, s'il estoit cultivé : mais je vous ay dit la raison pourquoy il ne l'est point. Ils ne font de l'huile que pour leur provision ik n'ont point l'usage de faire du savon, si ce n'est quelque peu de méchant savon noir, pour blanchir le peu de linge que portent les plus aisez. Cai- pour le commun, il n'en porte point, & se passe d'avoir sur leur corps un juste-au-corps d une estoffe de laine, tk par dessus cela un manteau qu'ils appellent alhaique, qui est une longueur de quatre ou cinq aulnes de la mesme estoITe, large d'une aulne & demie, qu ils entourent autour d'eux fort adroitement.
Du costé de SalTy. Maroc, Sainte-Croix & Therudent, se fait fort peu de poudre, quoy qu'ils ayent du salpestre chez eux quils vendent mal rafïiné, & quoy qu'on leur porte du souifre : mais du costé de Salé, les Morisques en font beaucoup, & néanmoins les Chrestiens ne laissent de leur en porter encore, notamment les Anglois & les HoUandois, & des escopettes >k pistolets.
Quant aux habits des Mores, les aysez portent chemises et calleçons, la chemise par dessus le calleçon. puis un juste-au-corps de drap du Seau' ou d'Angleterre, de diverses couleurs, ou d'écar-
1. Sur ce nom donné parfois à Salé-Ie- 3. Drap du Seau, pour drap d'Usseau, Neuf, V. supra, p. i()2, note 4 e' p- 334, drap fabriqué à Lsseau, près de Carcasnote 3. sonne. Flretières. On écrit à tort du
2. Allusion à l'enceinte de l'ancienne sceau. Littré, art. Usseau. On fabriquait ville de Rbat. \ . supra, p. i88, note 5. du drap façon d'Usseau à Rouen, à Muns-
late. & par dessus tout cela, pour mantejui, une alliai(|iie délolTc de laine blanche et frisée, lesquelles alhaiques ils lontdansle pays. Mais pour les draperies 6c toiles, il les achètent des Chresliens, & il n'y a que ceux de la maison du Roy qui portent des étoffes de soye et très-p eu, & leur leste ont un bonnet rouge, >k autour un turban de toille de cotton fine, aussi une ceinture de fine toille de cotton sur leur just'au-corps, lequel ils appellent calTetan '. Ils ont les jambes nues, & aux pieds des escarpins dans des mulles. le tout de cuir rouge ■ ; tS: quand ils vont à cheval, ils ont des bottines aussi de cuir rouge.
Les Juifs sont vestus de chemise, calleçon. just'au-corps ou caffetan noir, ik par dessus un manteau ou albernous, noir ou brun, fait avec un capuchon, comme la roijc ou le froc d'un cordelier, sauf qu'au bout du capuchon, & en bas, il v a des cordillons pendans. Ils ont un bonnet noir, iS: des escarpins & mulles noires.
Ils n'ont point de cottonniers en ce pays-là, au contraire, c'est une marchandise qu'on leur porte. (|ue des collons.
Ils font (|uelques teintures, mais [)eu, & on leur porte j)our cela (lelallun. du tartre \ quelque cochenille: mais pour de l'indigo, ils en Iroiivi'iil (juehpu- peu dans leur pays, qu'ils appellent anil.
La monnoye ipii a cours en Mauritanii;, ce sont des ducats d'or, qu'ils appellent mctccal ; les vieux labriquez sont cxcellens, mais les nouveaux sont de diverses boutez, parce que, comme il n'y a point de luoimoye en litie d'oflice, chaque co(jum de Juif orfèvre fabri(pie des ducats à sa mode, tV mesme en fait effrontément dans sa boutique, il n y a point d'ordre pour cela ; tellement cpi'il y a de plusieurs sortes de ducats, & chaque sorte vaut son piix. l'our l'or en poudre et d Orfèvrerie, il vaiil licnlc-lrois Inres six sols huit deniers l'once : (k s il y en a de bas or, ou que le tibre se trouve meslé de latlon ou de limaille, on le rebute A: on fait nouveau prix : ainsi il faut s'y connoistre. La menue monnoye du pays sont des blatupullrs d argenl, de deux sols six deniers pièce,
1er. etc. Dictionnaire unioersel ilii Commerce, .^taures.
17D9, t 2, art. Drap. 2. Détail inexact, car la mule (belgha)
I. Le bornous qui était et est encore peu portée par les hommes est de cuir
porté au Maroc ne figure pas dans cette jaune ; les femmes seules portent la bclgha
description assez exacte du costume des rouge.
& des felours ' de cuivre cjui sonl comme de gros douldes. dont les liuit sont la blanquille. Les reailes" de liiiil. de quatre \ de deux y ont grand cours, comme par tout le mcjnde. Mais pour l'or & l'argent de France, d Angleterre & de Hollande, ik mesnie les pistolles d'Espagne, n'y ont pas de cours, parce qu'ils ne les connoissent pas bien, & on n'y en porte jamais: car on va là pour en tirer & apporter de l'or pour des marchandises ; (k pourquoy donc y en ajiporteroit-on?
On y porte toute soites de marchandises, comme je vous ay dit, notamment toiles, draperies. Ter. acier, drogues, teintures, épiceries & merceries.
Les Juifs sont grands trompeurs. & aussi les Morisques : mais les naturels mores sont meilleurs.
Je vis monsieur de lîazillyen iG23.' i5^: jestois un de ses cautions* pour le relour du Perc Rodolphe, capucin : iSc je sc;a\ bien qu il y fil encore un voyage en 28. ou 29.', mais ce ne fui pas pour mettre pied à terre; il navoit garde, veu ce qui luy estoit arrivé en 1G2/I. & il eust été mal receu, quoy que Mouley Zidant & Mouley Abdemelecq, son fds aisné, esloicnt morts. & que Mouley el-Waly (|ui regnoil^ estoit assez débonnaire. Mais il y fut pour faire la guerre aux corsaires de Salé, & il y réussit ; car il prit plusieuis de leurs navires & retira plusieurs esclaves chrestiens\ & entre iceux quelques-uns de ses gens qui étoient demeurez esclaves en i()23.% soit par échange de Mores contre Chrestiens, ou qu'il imitast les Hollandois, lesquels, quand ils font la guerre à ces coquins-là. s'ils ne