‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 34 sur 362 · V. /"■' Série, Espagne, Lettre de D. 8 juillet · texte numérisé non relu

V. /"■' Série, Espagne, Lettre de D. 8 juillet

LIV INTRODUCTION

deux barques avec un ingénieur et un pilote pour reconnaître les deux places'. Néanmoins les choses n'allèrent pas plus avant.

Quant à Robert de Bonilace, il fut sans doute rapatrié par le gouvernement espagnol et put remettre à Louis XIII la lettre que Saint-Mandrier lui avait confiée.

Claude Du JMas. — Le sieur Claude Du Mas ^, provençal ^, paraît pour la première fois au Maroc en janvier 1619, date où il arriva à Safi' sur le vaisseau commandé parle chevalier de Razilly ^ Qualifié d'ambassadeur dans les rapports de Francisco Diaz Faleiro\ agent du gouverneur de Mazagan, il était en réalité chargé d'une mission temporaire qui, de même que celle de Boniface de Cabanes venu avant lui, avait pour objet la libération des Français détenus en captivité '. Mais Moulay Zidân, malgré la situation précaire dans laquelle il se trouvait alors, assiégé dans Safi par Yabia ben Abdallah', persista à réclamer satisfaction pour l'affaire Castelane avant d'entamer une négociation quelconque. Ses prétentions étaient à la vérité diminuées et ce qu'il demandait, écrivait Saint- Mandrier, « ce peult réduire à peult de chose à présent' ». LeChérif décida d'envoyer porter ses conditions à Louis XIII par le caïd Sidi Farès'", qui devait demander l'envoi au Maroc de François de

1. V. /" Série. Espagne, Consulte du 6. « Hum cmbaixador », V. m/ra. p. 36. Conseil d'État, à la date du 23 juillet 1619. Van Gool [Golius], dans son rapport, l'ap-

2. Il est appelé Du Mastet dans l'His- pelle un commissaire « commys ». V. t" loire de la mission des PP. capucins au Maroc Série, Pays-Bas, t. III, sli juillet i624- (V. infra. p. loi et note 4), et Daumas 7. Cf. infra, p. 5i. « Il avait été chargé dans la Relation de Thomas Le Gendre (V. par la cour de Franco du rachat de quelques infra, p. 706). capitaines marseillais de bonne famille cap-

3. Sur sa qualité de provençal, V. m/ra. tifs au Maroc ». V. j" Série, Pays-Bas, pp. loi et 706. t. III, Rapport de Van Gool, 3^ juiUet 1624.

i. V. infra, p. 36 et note 3. 8. Sur ces événements, V. l'n/ra. Doc. IX

5. V. Ibidem. Razilly, il est vrai, n'est pas et Sommaire, p. 20. nommé par Francisco Diaz Falciro, mais la g. V. infra. Lettre de .S' Mandrier à

comparaison du passage du rapport de celui- Louis XIH. ao février 1619, pp. 5i-53. ci avec le récit du P. François d'Angers 10. Il est qualifié tantôt « gentilhomme

(V. infra, p. 100) prouve qu'il s'agit bien more » (V. infra. p. 100), tantôt a cheva-

du Chevalier. Le fait que Claude Du Mas lier more » (V. infra. p. 55). Son véritable

était bien « l'ambassadeur » et non pas nom Sidi Farès est donné avec une défor-

Razilly est prouvé par la lettre de S' Man- mation insignifiante par le P. François

drier du 30 février 1619 (V. infra. pp. 5i- d'Angers (V. infra. p. 106), et par la Rela-

52). tion de Thomas Le Gendre, ^ . infra. p. 732.

INTRODUCTION

Kazillv, frère aîné du Chevalier, « avec mémoires et pouvoirs nécessaires, afin d"a viser aux conditions raisonnables d'une bonne union et la rendre solide' ».

La mission oiEcielle de Claude Du Mas n'avait pas, comme on le voit, donné de grands résultats. Mais, pendant sa courte durée, l'envoyé li'ançais était entré en rapports avec Sauit-Mandrier, provençal comme lui, qui l'avait initié au projet d'ouverture et d'exploitation d'un port à Aïer. Saint-Mandrier avait vanté les grands avantages et bénéfices qu'on pourrait tirer du dit port, pour la pèche du corail, l'extraction du sel, etc., il prétendait que, moyennant une légère redevance d argent, il serait facile d obtenir de Sa Majesté du Maroc la concession de cet endroit pour quelques années'. Claude Du Mas dut quitter le Maroc le 20 février 1619' ou peu après.

La cour de France, comme on l'a vu, était dans une situation fort embarrassante pour donner satisfaction au Chérif au sujet de l'affaire Castelane, et désirait avant tout esquiver les pourparlers avec « le chevalier more », de même que précédemment elle avait évité d'en avoir avec Ahmed el Guezouli. Claude Du Mas, qui. de son côté, tenait à retourner au Maroc, fit tant et si bien que Sidi Farès ne put parvenir jusqu'au Roi. « On le retint quatre moys enfermé dans la maison *, de l'advertissement de Sa Majesté, sans qu'il eust moyen de sortir du tout ' ». Il réussit ainsi à faire écarter François de Razilly et obtint d'être renvoyé au Maroc pour conclure le traité d'alliance, sans qu'on eût aucun égard « aux protestations de l'agent du roy de Maroque, qui résista avec tous les efforts possibles à la nomination — , asseurant qu'il n'y auroit pas de sécurité pour

1. V. infra, p. loi. dits ports et places, il en fera la remise

2. V. /" Série. Pays-Bas, l. III, Rapport entière à ladictc compagnie ». V. infra, de Van Gool, a/i juillet 1624. C'est à Du p. 57.

Mas, revenu à Paris, que Van Gool altri- 3. C'est la date à laquelle Saint Man-

bue ces discours sur les avantages du port drier, dans une lettre à Puisieux, annonce

d'Aïcr. Mais il est évident que l'agent fran- le départ de Claude Du Mas pour rentrer

çais ne faisait que reproduire les idées de en France, V. infra. pp. 5 1-52.

S' Mandrier, qui était le véritable auteur du /j. 11 n'a pas été possible de déterminer

projet. Cela peut se déduire, entre autres dans quel lieu Sidi Farès avait subi cette

preuves, d'un passage des Instructions à La sorte d'arrêt.

Mole, où il est dit: « S'il est ainsy que 5. V. infrn. Mémoire de Racilly. p. ir7

tcdict s' de S' .Mandrier aye le don des sus- et note 2.

LVI INTRODUCTION

lui [Claude Du Mas], n'estant pas agréable au Roy son maistie, qui, l'ayant veu dans ses côtes et ses pais avec déplaisir, il ne lui en perniettroit jamais Taproche' ». Cependant Du Mas avait réussi à fonder, avec l'appui de M. de Montmort, un des gros financiers de l'époque, une compagnie en vue de l'exploitation du port d'Aïer. Le s' de La Mole paraît avoir été l'un des principaux « intéressés » de la nouvelle société.

Ayant donc reçu instruction d'aller s'embarquer à Marseille^ avec le s' de La Mole et le « gentilhomme more », Claude Du Mas repartit pour le Maroc, probablement dès la même année iGi()\ Ayant fait escale à Cadix, il y eut une entrevue avec D. Fadrique de Tolède, qui commandait la flotte de la mer Océane. Lui communiqua-t-il les plans et le projet du port d'Aïer .►• On peut en douter, mais cette accusation fut plus tard fatale à l'agent fi-ançais*.

Quoi qu'il en soit, Claude du Mas, à son arrivée au Maroc, n'y trouva pas le terrain favorable ù ses projets. Il fui si mal accueilli par Moulay Zidàn, irrité de léloignement dans lequel son envoyé Sidi Farès avait été tenu en France, qu'il « ne sut ni n'osa entamer avec le Chérif la moindre négociation en vue d'o])tenir la concession d'Aïer'' ». Moulay Zidàn avait d'ailleurs changé d'avis et projetait de faire ouvrir le port pour son compte par les Hollandais". Claude Du Mas, malgré sa très grande défaveur, resta cependant au Maroc avec le titre de consul '. Il fit construire à Safi une chapelle, mais ne put arriver à la conclusion d'un traité d'alliance. Il ne semble pas qu'il se soit occupé avec beaucoup de zèle de la libération des captifs français, car ceux-ci, dans une requête, en date de Merrakech, k décembre 1622, demandaient à Louis XIII de « vouloir expédier quelque personne califiée plus vigilant et

1. V. infra. Ilist. de. la mission des PP. été tenu « en la maison » pendant quatre capucins au Maroc, p. loi. mois seulement.

2. V. infra. Instructions pour La Mole, !\. V. infra. p. lvii.

p. 55. 5. V. />••■ Série. Pays-Bas, t. III, Rapport

3. On sait par le Mémoire de Van Gool de Van Gool. sa juillet 1624. que le séjour de Claude Du Mas en France 6. V. supra, pp. xlv-xlvi.

fut do courte durée (V. /'''■ Série, Pays- 7. Sur le titre de consul donné à Claude Bas, t. III, 24 juillet 162/4). L'assertion de Du Mas V. infra, p. io5. Histoire de la mis- Van Gool est confirmée par le fait que sion des PP. capucins au Maroc et p. 706, Sidi Farès, qui repartit avec Du Mas, avait Relation de Thomas Le Gendre.

INTRODUCTION LVII

mieux vercée à la poursuilte de ceste alTaire que n'est le s' Claude Du Mas, qui de tout teuq)s la négligée ' ».

Une circonstance porta à son comble le mécontentement du Chérif contre cet agent. On a vu plus haut' que le i)ruit avait couru au Maroc en juin iGaS que les Espagnols envoyaient une flotte débarquer à Aïer. Les Pallache, jaloux des agents chrétiens, dénoncèrent Du Mas comme ayant livré à D. Fadrique de Tolède le plan d'établissement d'un port à Aïer. Moulay Zidàn saisit cette occasion pour faire arrêter le consul français ', ainsi que Saint-Mandrier. Celui-ci fut, il est vrai, relâché en septembre, mais Claude Du Mas, objet de la haine de Moulay Zidàn, « demeura prisonnier, mis aux fers, et est mort misérable dans cette captivité honteuse et pénible' ».

Nous n'avons pas de renseignement direct sur la date de sa mort. En juillet itja/j il était encore en prison " et d'autre part en octoijre 162/1, lors du voyage de Razillyà Safi, il n'est plus fait mention de lui % bien qu'il soit parlé de sa chapelle consulaire. Tout porte donc à croire qu'il était mort avant cette date. Ajoutons qu'on ne trouve plus dans la suite aucune mention de sa personne.

François de Bomface, sieur de La. Mole. — Ce personnage était issu de la même famille provençale ' à laquelle appartenait Robert de Boniface de Cabanes. Reçu chevalier de Malte en i585, il fut nommé commandeur de Puymoisson le 11 février 1092. Les intéressés de la Compagnie Montmort fondée pour la création et l'exploitation du port dAïer le choisirent comme agent en 1619 et le chargèrent de se rendre au Maroc pour traiter avec le Chérif la question de leur monopole". Le sieur de La Mole devait partir de Marseille en même temps que Claude Du Mas et Sidi Farès « le

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