‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 343 sur 362 · Sur cette légende, qui confond Saint \>. ■x\'.\. note l · texte numérisé non relu

Sur cette légende, qui confond Saint \>. ■x\'.\. note l

pucins il pretendoit avoir. Le sieur de Razilly lny demanda le Père Pierre d'Aleiiçoii, mais il l'eu rclusa. Il luy demanda le Père Michel de Vezins, il l'en refusa encore, mais il luy accorda le Père Rodolpiie qu'il eslimoit le moindre.

En suite le sieur de Ilazilly vint à SafTy prier les marchands françois destre caution du retour du Père Rodolphe dans les six mois. Les marchands s y accordèrent', moyennant l'alternative que, s'il ne revenoit dans les six mois, qu'ils en seroient quittes en payant une somme d argent. Le sieur de Razilly retourna dire cela à Mouley Zidaut. qui réjjondit que les marchands avoient raison, & qu'il accordoit cette condition, sur le pied de six cens ducats d (ir. Cet accord fut fait de la sorte. Le sieur de Razilly & le Père Rodolphe revinrent en France, mais depuis ne sont point retournez au roy de Maroc ^. De sorte que les six mois étant passez, iSi encore six mois avec, les marchands présentèrent requeste à ce qu'il plût au Roy prendre les six cens ducats d'or, & leur accorder congé, parce qu ils vouloient revenir en France rendre compte à leurs marchands ik commettans de leurs négociations. Cela leur fut accordé, le Roy prit leur argent & leur donna quittance, laquelle ayant esté depuis présentée au Père Joseph dans le couvent de Saint-Honoré, il leur fit rendre leur argent par monsieur Du Trembley, gouverneur de la Bastille, son frère ^

Le chevalier de Razilly y retourna en 1629 avec six navires commandez par luy, La Touche-La Ravardiere ' son vice-admiral, Trillebois, les chevaliers de Tallesme, de Guitaud & Des Roches". Mais, comme ils commençoient de traiter de paix & du rachapt des esclaves françois avec un député du roy de Maroc, qui les vint trouver

1. Le Gendre, ainsi qu'il le dit luimême 'i. L'officier de vaisseau qui alla en 162g (p. 724), était un des marchands qui se avec Razilly au Maroc s'appelait M. de La portèrent caution du retour du I^. Hodol- Touche de Non (V. p. 264, note 5) et n'avait phe. rien de commun avec le fameux Daniel

2. Il faut entendre: ne sont point retour- de La Touche de La Ravardière, lieutenés au Maroc dans le délai fixé. Le Gendre nant général en Guyane (i6o5), fondateur parlera plus bas des missions de Razilly au de la colonie du Maragnon (1613-1616). Maroc en 1629 et en i63o. 5. Sur ces noms dont quelques-uns sont

3. Charles Leclerc, seigneur du Trem- légèrement défigurés, V. pp. 206-207, blay, né en i58/i, gouverneur de la Bastille. notes 2, 3 et 4.

à la rade de Salé, oîi esloit l'armée, une tempcsle furieuse les obligea de remettre le traité à une autre ibis *S: de lever lancre.

Il y retourna en i(33o au mois de juin, avec trois navires commandez par luy, monsieur Du Cliallanl. i.V l'alol, pour mesme sujet, mais avec aussi peu de succès, le roy de Maroc avant laiil temporisé que les mauvais temps arrivèrent, pendant lesquels il est impossible de demeurer à leurs rades ; >.V le cbevalier de Razilly partit de la rade d'Asally pour France le la d'octobre, & arriva le dernier du mesme mois à la rade de lîelle-lsle, après avoir pris deux ou trois navires sur les Mores de Salé ' .

INous avons parlé de deux portes de Maroc, l'une appelléc du Camis, \ l'autre de Duquella. Ce mot de Garnis veut dire : du Marclié, ou du Marché à chevaux" ; car hors de cette porte est une grande place où on tient le marché aux chevaux, «k où les cavahers mores »k alaibes s'assemblent pour s'exercer en la course des chevaux. Cette autre porte, appellée de Duquella, est la porte qui regarde la province de Duquella, comme qui appelleroit la porte de Saint-Honoré : la porte de .Normandie, ou la porte de Saint- Denys : la porte de Picardie. Duquella est donc une des provinces qui appartiennent au royaume de Maroc, laquelle tire vers le nord, comme une autre qui tire vers l'est, qui s'appelle Dara. Pour ce qui est de TalTiletle, dont on appelle les habilans Ta^ilely^ j'en ay ouï parler comme dune province qui appartient au royaume de Fez, laquelle est entre Fez tk la mer Méditerranée', mais je nay pas appris qu'elle s'appelât royaume; néanmoins il peut eslre qu'on l'appelle ainsi, à l'imitation & exemple d'Alger & de Bougie, qu on a appellées aussi royaumes. Ce peut estre un usage à la mer Meditei'ranée d'appeler les provinces : royaumes, mais non pas en la coste de Mauritanie de la mer Oceane.

1. Pour le récit des campagnes de Razilly ils se lieiiiieiil.

en l'Jiy et i03o, Le Gendre a dû consulter .'i. Les habitants du Jadleil sont appelés

la relation imprimée de Jean Armand Filali au singulier et Filaliin au pluriel.

Mustapha. (V. supra. Doc. \LIII pp. It. Laquelle est entre Fez et la mer Mcdi-

3o4-lHt'(). Icrrance. Faute d'impression ; il faut corri-

2. L'auteur commet une erreur ; le mot ger ; lequel est... Il est impossible de Camis (Kliemis) veut dire jeudi. On se supposer à Le Gendre qui avait résidé sept rappelle qu'au Maroc les marchés sont dé- ans au Maroc une pareille ignorance de la nommés d'apn's le jour de la semaine ou situation du Talilcll.

-36 ifififi

Je n'ay point esté à la ville de Fez, mais jay entendu des personnes qui avoient esté & à Maroc & à Fez disputer de la beauté & grandeur de l'une & de l'autre, & ils convenoicnt que Maroc estoit la plus grande, mais (|ue Fez estoit mieux bastie, ses maisons ressemblans à celles d'Espagne.

Je ne sçay point quel territoire possède cbeq Gaillan, mais je sçay bien qu'il possède celuy qui est depuis Toutouan jusques à son chasteau d'Arguile', tS: il n'y- a que deux ou trois ans quil s'est emparé de Toutouan, qu il prist d'emblée^, lorsqu'il y avoit sur la rivière deux barques de Marseille, (jui voyant venir une armée de quinze ou de vingt mille bommes, croyoient cslre perdues; mais elles furent bien étonnées cpiand Gaillan leur envoya dire qu'elles n'eussent point de peur, *^: qu il vouloit conserver le négoce à Toutouan ; & de l'ait, la ville prise, les barques y montèrent & y iirent leurs affaires, la ville estant trois lieues loin de la mer, ou de la rade, & ay^ant une petite rivière où les barques qui tirent peu d'eau montent, »S; avec peine.

Il est vray que L'Arraclie^ appartient au roy d'Espagne, & que Ceuta luy appartient aussi depuis la dernière révolution du royaume de Portugal, auquel cette place apparlcnoit, mais le gouverneur qui y estoit lors de la révolution* n'a pas fait comme les autres, car il a tenu bon pour le roy d'Espagne ; \; c'est la seule de toutes les places que les Espagnols tenoient aux Portugais dans toutes les quatre parties du monde qui en ait usé ainsi.

Tanger ne vaudrait rien, si ce n'esloit le port que les Anglois y font par le moven d'un molle qui leur coustera bonne somme". Les

1. Arcjuile. Arzila. — I.e terriloire sur outre Cmita sur laMediterranéc. I^ignon lequel s'étendait l'aulorilé de Ghaïlan est de \elez, Melilla, Marzalquivir & Oran. » aproximativement compris entre celui des !x. La révolution de i6/io qui fit arriver Djebala et l'Océan ; il correspond à l'an- au trùiie de Portugal le duc Jean de

. Bragance — Le gouverneur de Ceuta était

cienne province de llibl(Habat)ia.*. ^j^^.^ p Prancisco de Almeyda. Sa con-

2. Erreur: le clicikli Ghaïlan ne s'empara duile fut équivoque et il fut remplacé le pas de Tétouan où la famille des En-Neksis 5 février i64i par D. Juan Fcrnandez de avait repris le pouvoir après la mort d'El- Cordoba. V. i''-' Série, Espagne, i6/|0-i6i5i. Avachi. Cf. r''" Série, Angleterre, Belation 5. La première pierre du môle de Tande Cholinley h la date de lô-ji. ger fut posée par Sir llugh Cholmley en

3. Enmargeclen note: <(L'.\rraclie&La août i6G3. Cf. s' Série, Angleterre, Mamorre est au rov d'Espagne, sur rOcean, liclation de Cholmley, à la date de 1671

RELATION DE THOMAS LE GENDRE 'jS']

Anglois ne se fieront point à cheq Gaillan. car, quand il voudra les tromper, il fera commander ses troupes par un autre clieq, & dira que ce n'est point sa race, mais une autre race d Alarbes qui aura fait le mal.

Monsieur le chevalier Cliolmeley, premier escuyer de la reyne d'Angleterre, ingénieur à Tanger, & qui y est retourné', me dit dernièrement que le vice-amiral Lasson", le gouverneur de Tanger ', \ luy ingénieur, avoient une fois conféré avec cheq (iaillan dans une tente au milieu des deux armées, celle de Gaillan estant de vingtmille chevaux, & la leur n'estant que de mille hommes ; & sur ce que je luy dis qu'ils avoient fait grande folie, il en demeura d'accord, »k dit qu'ils l'avoienl bien reconnu dej)uis, & que Gaillan les avoit obligez de luy promettre de l'aller voir en son château d'Arguille, mais qu'il n'y eut que luy ingénieur, qui y fut porter les excuses des autres, & que, s'ils y avoient esté tous trois, qu'ils n'en seroient pas revenus'.

A Ceuta & à L'Arrache, il n'y a point de port que pour les barques, mais le port de La Mamorra est très-bon , & néanmoins le roy d'Espagne ne s'en sert point & n'en tire aucune utilité.

Salé est un havre de barre, oii des vaisseaux de deux cens tonneaux peuvent entrer, pourveu qu'on prenne bien son temps, & à l'aide de pilotes ou lamaneurs^

A Fudella se pourroit faire, à ce qu'on dit, un port, y ayant une langue de terre qui avance en mer ; mais il n'y a là ny ville ny chasteau, & ce lieu n'est (ju'à trois lieues au dessus de Salé.

Azamor est un méchant petit port à barques, & il n'y a là que des pescheurs d'alozes ^

I . Cholmley revint à Tanger en janvier fut lue dans une sortie contre les Maures.

lG65. V. supra, Note bibliograpliicjue, V. supra, p. 708, note 3. p. 698. 4. Les Anglais, mal renseignés, se m(5-

■1. Sir John Lavvson commanda de i(J6a prirent, au début de l'occupation de Tanger,

à i664 l'escadre chargée de réprimer les sur l'importance du cheikh Ghaïlan, qu'ils

Barbaresques. Il mourut le 29 juin t665. considérèrent presque comme le souverain

3. .Vndrcw Ruthcrford, comte de Tcviot. du Maroc. Après avoir servi dans l'armée française, 5. Lanianeurs. nom donné aux pilotes

où il devint lieutenant-général, il rentra en qu'on loue pour entrer dans les havres et

Angleterre à la restauration des Stuarts. rivières. Cf. Jal, au mot « laman ». Nommé gouverneur de Tanger en i663, il 6. Sur l'abondance de ce poisson dans

De Castries. 111. — ^7

Masagan, qui est au dessus & à dix ou douze lieues du cap de Cantin, est une petite ville muraillée, qui a du canon, dans laquelle place il n'y a ordinairement que deux ou trois cens pauvres misérables Portugais en garnison, qui bien souvent n'ont pas de pain' ; & néanmoins cette petite place n'a pas laissé de résister à plusieurs milliers de Mores & Alarbes, qui, n'ayans pas l'usage des pièces de campagne, des escalades & des pétards, sont incapables de prendre des villes muraillées, surtout quand elles ont du canon. Mais en échange, ce n'est point à la garnison à sortir en campagne, caries Mores & les Alarbes, grands cavalliers & en grand nombre, sont adroits en embuscades & à empêcher la retraitte.

Au dessus de Masagan est La Houladilla, petit port à barques ou moyens navires, y ayant à l'entrée une roche qui la rend difficile, & n'y a là qu'un chasleau & petite villette.

Je n'ay point esté en toute cette coste-là. depuis le Détroit jusques au lieu de La Houladilla ; ce que j'en dis n'est que par ce que j'en ay retenu de la conversation que j'ay eue avec ceux qui y ont esté, & par les cartes. Quand j'ay esté à Saffy. j'ay terry au cap de Cantin, & de là à Saffy.

Saffy est une ville sur une hauteur bien muraillée & fournie de canon, bastie en lo^o par les Portugais", à ce qu'on remarque par l'écriture & par le chiffre qui est sur la grosse tour du chasteau de haut^. 11 n'y a point de port, mais seulement une rade bonne en esté, & mauvaise en hyver.

Mongador est un petit port abrité d'un islet, où des vaisseaux de deux & trois cens tonneaux peuvent entrer.

Agader, ou Sainte-Croix, est une baye ou rade raisonnablement bonne ; le chasteau est sur une pointe de terre fort haute, & les maisons de si peu de Chresliens qu'il y a là sont au pied du chasteau.

Messa est une rade qui ne vaut rien, & où l'on ne va que quand Agader & Messa sont en guerre l'un contre l'autre ; autrement tout le négoce se fait à la rade de Sainte-Croix, dit Agader.

l'oued Oumm er-Rbia, dont l'estuaire esta 2. Le Gendre commet une erreur. Les

Azemmour, V. /'"' Série, France, t. II. Portugais occupèrent en i3o8 la viUe de

p. 2^8, note 9. Safi qu'ils évacuèrent au mois de décembre

I. Sur la situation précaire de Mazagan, i54i. V. /" Série, France, t. I, p. i4i,

\. 1" Série, France, l. I. p. 1^5, note i. noie 3.

Revenant à SalTy, j'y ay quelquefois demandé à des vieillards qui avoient esté à la bataille dite des Trois Rois, dont j'ay parlé au commencement de ce mémoire', ce qu'ils croyoient qu'esloit devenu le roy Dom Sebastien de Portugal, & ils me dirent que, n'ayant point esté trouvé entre les morts, on croyoit reiinemenl (ju'il csloil incognito parmi les esclaves. En l'année 1O19, il vint un bruit que Dom Sebastien, après plusieurs années d'esclavage vers Alger & Tunis, où la pluspart des esclaves avoicnl esté menez, s'estoit sauvé & estoit revenu en Espagne. Mais les marcbands espagnols disoient que c'estoit un imposteur, qui se disoit estre Dom Sebastien, & qu'il ne l'estoit point, «k qu'il avoit esté traité comme tel ; ce qui faisoit grand débat entre nos marcbands de diverses nations qui estoientà SalTy & à Maroc, les uns voulant que ce fustle vray Dom Sebastien, & les autres que non".

Quant au négoce de ce païs-là, il est presque semblable depuis Toutouan jusques à Sainte-Croix & Messa, sinon que la traite est plus abondante en un lieu qu'en l'autre. Ce qu'on y porte, c'est du fer, des toiles de toutes sortes, des draperies, du papier, des quinquailleries & merceries, des épiceries & des teintureries ; & ce qu'on en rapporte, c'est de l'or, de la cire, des cuirs, des plumes d'autruche, des amandes, des gommes, des câpres. & autres marchandises.

Reste à dire quelque chose de la religion des Mores, & de leur méthode en leurs prières.

Ils sont, comme chacun sçait. mahometans. mais ils ont pour le moins une douzaine de saints qu'ils invoquent, à la teste desquels ils mettent Mahamet ; ainsi appellent-ils leur Prophète, & non Mahomet.

Quand ils veulent faire leur sala, ou leurs prières, ils se lavent les pieds & les jambes jusques au gcnouil, & les mains & les bras jusques au coude ; & puis il s'assoient à terre la face vers le soleil levant, un chapelet à la main ; après quoy ils invoquent leur Cidy Mahamet, en le priant de prier pour eux ; puis Cidy Bellabech, qu'ils disent estre saint Augustin ^ tS; ainsi plusieurs autres; (k à

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