‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 342 sur 362 · Lumina aultan pour : .\min es-soltan. ? r · texte numérisé non relu

Lumina aultan pour : .\min es-soltan. ? r

-. Yacob el-Mansor. Il faut rétablir :

4. Lehelel, el-hallal J>Ai-l, ce qui est .Moulav .\bdallah bon ech-Cbeikh. On se licite. rappelle que ce prince mécontenta les habi-

5. V. la description de cette « fosse à tants do Merrakech par ses excès, quand il lions » dans la relation de Mocquet, /''' .Se- entra victorieux dans cette ville en déccm-

BELATins DE THOMAS LE CENDRE

rprils prirent la ville, qui les avoienl ainsi canardées. Mais ayant répliqué: « D'où vient qu'ils ne les ont pas enlevées?» — « O qu'ils n'avoient irarde de le faire! me repartit-on. car elles sont sacrées. » Au bout de cette mosquée, il y a une salle en forme de chapelle, qui est la sépulture des rois de Maroc, où les Chrestiens entroient librement accompagnez du concierge, où j'ay vcu plusieurs monuinenls eslevez de deux ou trois pieds seulement ; & cette salle est en voûte, & la voûte et les parois concavées à la mosaïque, 6: ces fosses ou concavitez dorées de fin or à l'épaisseur d'un ducat. A cinq cens pas de ce lieu, il y a un grand enclos de hautes murailles, aussi grand que Magny ', lequel enclos est la Juderie, les Juifs y estans en assez bon nombre, avec sinagogue & bien logez, & celte Juderie n'a qu'une porte qui ferme le soir & ouvre le inalm par le soin de ccluy qui en a la charge.

A cinc[uante pas de la Juderie, il y a une grande maison, ou pour mieux dire, prison, qu'on appelle segena qui est la maison des pauvres captifs chi'esliens, d'où on les sort le matin pour aller au travail, & où on les renferme le soir.

A mille pas de là, il y a un grand enclos de maison, qu'on appelle la Douane : c'est la demeure des marchands chrestiens, en laquelle chaque nation avoit son appartement, (juand il yen avoit, & cette maison estoit aussi sujette à estre fermée le soir & ouverte le malin parle soin du portier à ce commis.

Il y a encore vers ce (juarticr-là une grande moscpiéc' qui a une fort grosse tour, que l'on dit estre semblable à une qui est à Seville, en Espagne, & bastie par un mesme architecte. Je n'y ay pas entré, mais on m'a asseuré que quatre cavaliers de front peuvent monter jusques au haut, iS: que mesme un carosse le pourroit faire.

Proche de là, est un grand enclos où est la prison des Mores; & proche de là, plusieurs petites prisons où on metloit les marchands chrestiens & juifs, quand ils l'avoient mérité.

Dans toute celte grande ville, il n'y a pourlanl cpie deux juges.

l)rc iCio". V. /'■<• Série. Pavs-Has, l. I, Doc. ces deux villes.

LVIII, pp. 2 1 1-2 12. 3- Ij» Keloubia. C'est cctlc même raos-

I. Magny, petite ville <lu \ixin, sur la i|uée qu'a déjà décrite Le Gendre quelques

roule de Paris à Houeii et à mi-di»lancc de lignes plus liant.

•jSo 1 fifin

un cady. qui est le juge civil, & un hacquim'. qui est le juge criminel. Ce cady se sied sous la porte de sa maison, ou dans sa cour, où il donne audience aux plaidans par leur bouche, lesquels il juge aussitost : et pour l'exécution de sa sentence verbale, car il n'y a point de greffier, il a autour de lui des citairis", qui sont des espèces de sergens, qui vont faire exécuter l'ordonnance, ou mettre en prison le condamné. Et parce qu'on pourroit s'estonner de ce qu une personne fait aysement cheminer sa partie devant le cady, sans aucun exploit d'assignation, il faut sçavoir que quand une personne a crié à sa partie par la rue : « Agy fel chera, (Venez en justice) », il faut que sa partie y courre ; autrement il courroit risque d estre lapidé par le peuple, qui ne trouve rien de plus raisonnable que daller en justice.

Quant au hacquim, ou juge criminel, il a devant sa maison une grande place, où il y a des ganches^ plantées. Ce sont des pieux, au haut desquels il y a des ganclies, ou grands crocs dacier, sur lesquels on jette les condamnez à ce supplice. On prend un homme par les pieds *S: par les épaules, »k on le jette sur un de ces crocs, >k par quelque endroit qu'il soit attrapé, on le laisse là jusques à ce qu il meure; tellement que c'est le meilleur pour luy destre pris par l'endroit le plus mortel. Ce hacquim a aussi devant sa maison, en des râteliers, des sabres pour couper les testes, >S: des bastons pour bâtonner les moins criminels: 6i comme ce hacquim a ordinairement beaucoup de pratique & que la ville est grande, il a un lieutenant qui est dans un pavillon vers l'al-Caseba, qui travaille de son costé.

Cette ville de Maroc est, comme j'ay dit, fort grande, mais les rues & les façades des maisons ne sont gueres plus belles que celles de nos villages ; il ne laisse pas pourtant d'y avoir de (ort belles maisons en dedans, néanmoins la pluspart n'ont qu'un ou deux étages tout au plus. Les rues ne sont point pavées, tellement qu'elles sont boueuses en hvver, quand il pleut, ou poudreuses en esté. Car durant 1 esté, c'est-à-dire depuis avril jusqu en octobre, il n'y

1. Hacijiiim. Cf. I''' Série. France, t. II, p. 4oi. note 6), a été également défiguré la relation de Mocquel, p. 4oi. par Le Gendre.

2. Citairis. Ce mot, déjà mal transcrit 3. Ganches. de l'espagnol yanclto. croc par Mocquet (V. i'' Série, France, l, H. de fer.

RELATION DK THO^I AS I.K r.F.NDRE ".'^T

a point de pluyes, mais grand cliaud le jour, & grande rosée la nuit.

Les ^[ores sont fort jaloux, ne siinaginant pas qu'il puisse y avoir une femme de bien, à cause de quoy ils ne vont point dans les maisons les uns des autres que le maistro de la maison n'y soit et qu'il n'aye fait retirer ses femmes.

Nous avons laissé les eaux des montagnes dans la maison du Roy appelée Bedeli ; de là ces eaux viennent arroser «k fournir la ville en plusieurs endroits, puis sortent entre les deux portes appellées du Garnis «Se de Duquclla, là oii elles se irjoigiieni \ font une rivière, mais gueable, (jiii s'en va du costé d'occident clicrclier la mer entre Mongador «S: Sally : et celte riviere-là s'appelle Tansif.

Avant que nous sortions de Maroc, il n'y a pas de mal de faire récit de quelques actions de Mouley Zidant, (jiii en estoit roy lors que j'estois en ce païs-là.

11 y eut un jour de dimanclic grande! (juerelle dans la Segena entre les esclaves françois, parmy lesquels il y avoit nombre de Provençaux et de Rochelois. (leux-là faisoient leurs dévotions en un bout de la Segena, où ils avoient une chapelle, *S: mesme quelques prestres aussi esclaves qui disoient la messe : & ceux-cy estoient à l'autre bout à faire letns dévotions dans leurs chambrettes. Les Provençaux mutins eslans venus troubler les llochelois chauds iS; bouillans, ils se gourmercnt si bien, cpie l'alcaide de la Segena se trouva obligé d'en avertir Mouley Zident, qui conunanda cpion luy amenas! deux de chaque costé, ce qui fut fait ; tk aussitosl les marchands françois y coururent, pour intercéder chacun pour son party. Mais apiès que le Roy eut entendu les parties, & qu'ils s'estoient querellez sur le fait de la religion, il leur fit bailler à chacun cinq cens coups de baston sur les fesses, et leur fit défenses de se plus quereller, sur peine de la vie, voulant que chacun exerçasl sa religion, puisqu'il en donnoil la permission.

En l'année 1622. vint à Maroc un ambassadeur de Messieurs les Estais', un escuyer du prince d'Orange, & un disciple de Harpinius', professeur es langues orientales & étrangères à Leyden, tous

I. Sur la mission de .\lbert Ru vl, V. z'' 2. Jlarpinius. Tliomas d'Erpo, dit Erpe-

Séric, l'avs-Bas. l. III à l'auiKe i(ia2. nius, orienlalisU^ liollaiiilais (i58i-i62i).

deux avec des presens qui furenl bien agréables au roi Mouley Zidant, mais principalement celuy d'IIarpinius, qui estoit un atlas & un Nouveau Testament en arabe; & il nous fut rapporté par les eunuques que le Roy ne cessoit de lire dans le Nouveau Testament. Or comme l'Ambassadeur s'ennuyoit de ce qu'on ne luy donnoit point son expédition, il fut conseillé de présenter au Roy une peticion ou requesle, laquelle fut faite par ce disciple dllarpinius, nommé Golius, en écriture & langue arabesque, & en stile chrestien. Ce roy demeura estonné de la bcanté de cette requesle, tant pour l'écriture, pour le langage que pour le stile extraordinaire en ce païs-là. 11 manda aussitost ses talips ou écrivains, leur montra cette requesle qu'ils admirèrent. Il fit venir l'Ambassadeur, auquel il demanda qui l'avoit faite. Il luy répondit que c'éloit Golius, disciple et envoyé dllarpinius. Le Roy le voulut voir, luy parla en arabe. Ce disciple répondit en espagnol qu'il entendoit fort bien tout ce que Sa Majesté luy disoit, mais qu'il ne pouvoit luy répondre en la mcsme langue, parce que la gorge ne luy aidoit point (car il faut autant parler de la gorge que de la langue) ; ce que le Roy, qui entendoit bien l'espagnol, trouva fort bon; & accordant les fins de la requesle, fil donner à l'Ambassadeur les expéditions pour son retour. El aujourd'huy, ce Golius esl à Leyden. professeur es langues orientales &; étrangères, au lieu & place dlFarpinius, qui est morl.

Peu de temps après arriva en la rade de SalTy, sçavoir en i(i23', monsieur le chevalier de Razilly, avec trois vaisseaux du Roy, faisant sçavoir qu'il venoit de la part de Sa Majesté en qualité d'ambassadeur. Mouley Zidant luy envoya un nommé Cidy Fers luy presenicr une lettre de sa part, & luy dire qu'il estoit bien venu, & qu'il pouvoit descendre à terre, luy vingt-cinquième, en toute asscurance. Le sieur de Razilly le croyant & que la lettre qu il ne pouvoit lire, par ce qu'elle estoit en arabe, cliantoit la mesme cbose, descendit à terre à Saffy. non avec vingt-cinq persomies, mais avec quarante ou cinquante gentilshommes, trois capucins, Ironipeltes.

Le disciple d'Krpenius dont i! csl parlé Ici i. Dnte crrontM? (pour i6j^) di'-jii don-

est Jacob van Gool dit Golius(i396-i667). née plus haut par l'auteur. Pour tous les dé- Sur le séjour de Golius au Maroc, cf. Ibiilem. tails qui suivent, cf. Doc. W, pp. lotj-i lo.

RELATION DE THOMAS LK r.ENDRE "^33

violons & autre suite. Mais deux jours après le Ro\ les fit tous arrester & mettre à la chaisne, hormis le sieur de Razilly & les trois Pères capucins, nommez Pierre d'AIençnn. Michel de Vezins >S: Rodolphe, iS; manda le sieur de RazilK de le venir Ironvcr à son almahala ou armée, en laquelle il estoit, sur le chemin de Maroc à SallV. Le sieur de Razillv v fui. à: se |)liii:;iiaiit de ce que hiy \ son monde aAoit esté arresté, contre l'asseurance que Sa Majesté luy avoit envoyée par Cidy Fers, & par la lettre qu il luy avoit apportée de sa part, Mouley Zidant luy fit réponse qu'il n'avoit qu'à lire ses lettres, ^: ipiil n'y trouveroil [)as telle asseurance, & que si Cidy Fers luy avoit parlé en ces termes, qu il le desavouoit ; qu'au fonds il vouloit ravoir ses meuhles, \: princi})alement sa hihlioteque, qu il avoit confiée à un capitaine de navire, provcnc^-al, il y avoit sejil ou huit ans ' ; lequel Provençal, au lieu de la délivrer fideliement au port d Agader ou d(; Sainte-Croix, où il l'envoyolt. lors(|u il fut luy-mesme ohligé de s'y retirei-, ce Provençal, au lieu de décharger & délivrer ces meuhles et hihiioleque au lieu de Sainte-Croix, avoit mis à la vnllc^ pour \eiiir en France ; mais qu ayant esté rencontré ik pris [)ar Dom .liuui Faxanlo, commandant un gallinn d'Espagne, ses meuhles avoicnl esté en\oyezà Madrid, \ la jjiblioteque à l'Escurial, laquelle il souiiailloit grandement de ravoir, y ayant en icelle des manuscrits de samt Augustin, qu'ils ap[)elleiit Cidy Belahech, cpi'ils prcicudciil cslre mori vers .Maroc. >!^; que c'est sa sépulture qui est à (jomet, entre les montagnes d'Atlas >k Maroc ", lesquels manuscrits il estimoit plus que tous ses meuhles, quelque précieux qu'ils fussent, souhaitant que le sieur de Razilly retournast en France pour ohliger le Roy son maistre de faire en sorte que le roy d'Espagne rendist la bihlioleque.

Le sieur de Razilly promit d'y faire ce qu'il pourroil : mais ipi'il estoit nécessaire, afin qu'on adjoutât foy à ce qu'il diroit, qu'il plut au Rov luy redonner les Pères capucins, ou quehpi'ini d'eux, pour venir' avec luy. Mouley Zidant luy dit qu'il luy en hailleroit un, pourNCuque les marchands françois de Sall'y demeurassent caution qu'il rcvieiidroit dans six mois. Puis il luy demanda lequel des ca-

I. V. ci-dessus, p. 725 et note 3. Aiiyustin avec Sidi-tiel-Abbrs, V. supra.

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