I.WI INTRODUCTION
Farcs pour demander à Louis XIII qu'on envoyât au Maroc François de Razilly « avec mémoires et pouvoirs nécessaires afin d'adviser aux conditions raisonnables d'une bonne union et la rendre solide ». Le caïd devait ajouter « qu'il proposait celte personne [François de Razilly] en particulier, pour être en créance dans l'esprit du Roy son maître, et connue de luy pour l'ennemi véritable de ses propres ennemis ; qu'a peine pourrait-il [le ChérifJ prendre assurance en un autre de qui la leputalion ne serait pas si publique dans ses Etats' ». On a vu plus haut que la cour de France n'avait pas déféré à ce désir du Chérif.
Les opérations maritimes contre les Rochelais occupèrent Isaac de Razilly de 1G21 à 1623 ; il s'y distingua et fut nommé, le 3 décembre i623. premier capitaine de la marine de France, puis, le 17 février 162^, chef d'escadre des vaisseaux du Roi et viceamiral de ses armées navales.
Mais ces événements n'avaient pas distrait sa pensée du Maroc, et il était sans doute resté en relations avec ce pays. Il fut informé en 1623 par un gentilhomme français échappé de captivité des sentiments et des dispositions du Chérif à son égard : Moulay Zidân avait appris avec « déplaisir » la mort de François de Razilly, tué en octobre 1622 au siège de Montpellier; il reprochait au Chevalier de navoir pas continué à s'employer « au traité pour l'accommodement des deux couronnes ». D'après le susdit gentilhomme, Isaac de Razilly pouvait seul réussir dans cette entreprise « du côté de l'Afrique, vu la haute estime dans laquelle il étoit pour sa probité et sa valeur ». Le Chevalier se trouvait alors à la tête d'une escadre de trois vaisseaux, rendue inutile par la paix avec les protestants. 11 demanda donc et obtint la permission de passer au Maroc pour sonder les intentions du Chérif au sujet de l'alliance et empêcher la capture des nombreux Français que les Maures réduisaient en esclavage. Dans la pensée d'Isaac de Razilly, son
I. V. infra, p. loi. Histoire de la mission lemenl connu de Moulay Zidàn. L'auteur
dss PP. rtipucins au Maroc. Le langage de la Généalogie a admis cette hypothèse
employé par le P. Frauçois d'Angers, auteur (V. p. a36), qui est d'ailleurs contredite
de cette Histoire, donnerait presque près- dans ce même ouvrage où il est dit (p. 3o^)
que à penser que François de Razilly avait que François séjournait à la cour de France
été au Maroc en i6iy et était personnid- on janvier i6ig.
INTRODUCTION LXVII
expédition devait avoir aussi pour objet d'amener les infidèles à la connaissance du vrai Dieu. C'est pourquoi il s'adressa au P. Joseph, provincial des PP. capucins de la province de Touraine et commissaire apostolique des missions étrangères. Le P. Joseph s intéressa vivement à l'entreprise et fit députer par le chapitre de la province de Touraine les PP. Pierre d'Alençon et Michel de Vezins avec le Frère Rodolphe d'Angers, pour accompagner Razilly et fonder au Maroc une mission apostolique.
Partie de France vers la fin d'août 1624. l'escadre de Razilly arriva à Safi le 3 octobre. De nombreux gentilshommes faisaient partie de l'expédition. Le 4 octobre, le Chevalier descendit à terre avec les PP. capucins qui célébrèrent la messe dans la chapelle consulaire. Quelques jours après, Sidi Farès, le caïd qui avait été récemment envoyé en France par Moulay Zidân, se présenta à bord de la paît du Chérif, qui était campé dans les environs de Safi. Il apportait « un passeport du Roy en bonne forme, signé de sa main et scellé du sceau des armes de Sa Majesté, par lequel il promettoit au commandeur de Razilly et aux siens asseurance dans ses Etats' ». D'après Cespedes\ le passeport limitait à deux le nombre des Français autorisés à débarquer. Saint-Mandrier aurait écrit dans ce sens à Razilly, mais les gens de Safi auraient intercepté la lettre de ce dernier et transmis seulement le sauf-conduit chérifien. Si l'on s'en rapporte à Thomas Le Gendre, témoin oculaire, le passeport, au contraire, était valable pour vingt-cinq personnes ^ Toujours est-il que « le sieur de Razilly le croyant, et que la lettre qu'il ne pouvoit lire, parce (ju'elle estoit en arabe, chantoit la même chose », descendit à terre avec une brillante escorte de plus de trente personnes, trompettes et violons en tète : les religieux capucins l'accompagnaient. Alors que les Français s'avançaient ainsi pleins de confiance. « le gouverneur de Safi. qu'ils pensoient être venu pour les recevoir au nom du Roy son maître, les arrêta tous et les fit prisonniers ». Après les avoir dépouillés, on les fit monter à cheval et, liés, ils furent conduits à la mahalla chérifienne.
1. V. infra. p. roC, Histoire de la Mis- loria de D. Felipe IV. p. 5o0.
sion des PP. capucins au Maroc. 3. Cf. infra, p. 782, Relation de Thomas