‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 43 sur 362 · LXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXVIII INTRODUCTION

La véritable cause' de cet acte de perfidie contre un ambassadeur, attentat presque unique dans l'histoire du Maroc, paraît être le ressentiment très grand qu'avait conçu le Cbérif, en apprenant que la cour de France avait refusé de recevoir son ambassadeur Sldi Farès et de lui accorder la moindre satisfaction pour l'affaire Castelane. Moulay Zidân voyait dans ce guet-apens de légitimes représailles et un moyen de se procurer des otages de prix, puisque la plupart des Français ainsi arrêtés étaient des gentilslujmnics. Il fil camper les prisonniers à proximité de sa lente. Au bout de quelques jours il consentit à remettre en liberté Razilly, son valet de chambre et un des capucins de la mission, le Fr. Rodolphe : il chargeait le Chevalier de remettre au roi de France un mémoire sur l'affaire Castelane et de demander « réparation de cet affront insigne et le dédommagement d'une si notable perte ».

Rentré en France avec la préoccupation de délivrer le plus tôt possible ses compagnons captifs, Razilly fut cette fois encore employé « malgré lui », à La Rochelle oîi il remplit les fonctions de contre-amiral de la flotte commandée par le duc de Montmorency, n se distingua ainsi que son frère Claude dans la bataille navale du i6 septembre i6a5 où furent vaincus les Rochelais, et tint la campagne jusqu à la suspension d armes du 5 février 1G26.

Cependant le Chevalier n'avait garde d'oublier les malheureux captifs du Maroc, il adressa en 1626 à Richelieu plusieurs mémoires relatifs à leur rachat^. H envoya même au Maroc en 1627 une patache portant « argent et meubles nécessaires », mais le capitaine de ce navire s'étant mis à pirater fut poursuivi et pris par les vaisseaux du Roi. Les opérations contre les prolestants recommencèrent en juillet 1 627 ; le Chevalier y fut de nouveau employé et contribua avec son frère Claude à chasser les Anglais de lîle de Ré (novembre 1627).

La capitulation de La Rochelle (29 octobre 1G28) et la paix avec l'Angleterre (2/1 avril 1629) rendirent à Razilly sa liberté et

I. Le P. François d'Angers rend Saint- çais voulaient surprendre Sati. \. infru,

Mandrier responsable de cette violation du p. iog et note i, Hisl. de la mission des

droit des gens. Ce capitaine provençal (V. PP. capucins au Maroc, supra, p. xxxix, sa notice) aurait, d'après 2. V. infra. ces mémoires, pp. iiD, 119

lui, persuadé à .\luulav Zldùii que les Fran- et 123.

INTRODUCTION LXIX

lui permirent de s'occuper du Maroc, où Moulay Abd el-Malek avait succédé en 1627 à Moulay Zidàn. Sur les instances du P. Joseph, Richelieu se décida à y envoyer une expédition. Le Chevalier en eut le commandement, mais on hii adjoignit, un peu comme un mentor, le capitaine Du Chalard. dont il avait promis au P.Joseph de suivre « les bons avis ». La mission de Razilly avait un double objet : il devait faire une démonstration devant Salé, afin d'amener cette république de pirates à relâcher les esclaves français et à conclure une trêve : il devait daulre part négocier avec Moulay Abd el-Malek un traité de paix et racheter à ce dernier les captifs français qui lui appartenaient en propre. L'escadre se composait de sept vaisseaux et deux pataches; on acheta en outre un vaisseau olonnais qu'on arma pour servir également de patache. Le Fr. Rodolphe revenait au Maroc avec l'expédition.

La flotte partit le 27 juin 1629 de la rade de Chef-de-Baie, près de La Rochelle, et mouilla devant Salé, le 20 juillet. A son arrivée, le Chevalier apprit la mort des PP. Pierre d'Alençon et Michel de Vezins. ainsi que celle de son neveu Gabriel de Razilly'. Le 28, il fit partir pour Safi deux vaisseaux et une pinasse avec le Fr. Rodolphe chargé des négociations à ouvrir avec Moulay Abd el-Malek. Quant à lui, il signifia un ultimatum au Divan de Salé. En ayant reçu une réponse insolente, il mit le Ijlocus devant la place le 26 juillet et le maintint pendant deux mois, prenant pour point d'appui El- Mamora". Les Salélins se décidèrent le 2 octobre 1629 à conclure une trêve de cinq mois. Ce fut Du Chalard qui négocia et signa cet accord avec le gouverneur Mohammed ben Abd el-Kader Ceron. Le Chevalier, dont le vaisseau « la Licorne » était mouillé devant El- Mamora, averti par trois coups de canon tirés par Du Chalard de la conclusion de la trêve avec le Divan, se mit en roule pour Salé, afin de prendre à son bord les captifs français que les Salétins

I. Il était fils de l'rançois (In I\azilly Zidàn parles Etals-Géncraux des Provinccs-

(frèrc aîné du Chevalier) et de Marguerite Unies, à la recommandation du comte et

de Clcrmont, et avait accompagne son oncle de la comtesse de Soissons. V. inj'ra, p.

en lôa.'i. Il mourut de la peste à Mcrra- 126, Doc. XXVI.

kcch à la fin de mars 1659. V. Génénloijie , 2. Razilly entretint d'excellentes rela-

pp. 283 et 3i5. Une démarche en vue d'oh- tions avec le gouverneur espagnol do celte

tenir la liberté de ce jeune gentilhomme place, Toribio de Ilcrrora. V. infra. pp. 220

avait été faite en 1627 auprès de Moula)- et 222.

LXX INTRODUCTION

s'engageaient à lui remeltre. Mais le mauvais temps l'empêcha daborder et, après avoir erré douze jours en mer, il vint mouiller devant Safi, où il lut rejoint par Du Chalard (ili octobre 162g).

Il trouva à Safi le Fr. Rodolphe, de retour de Merrakech, qui lui apportait une lettre de Moulay Abd el-Malek. Celui-ci, usant des atermoiements coutumiers aux Chérifs, ajournait la conclusion du traité et la mise en liberté des captifs français. La mauvaise saison s'avançait et les bateaux commençaient à fatiguer sur la côte marocaine. Razilly écrivit donc de nouveau au Chérif, lui demandant avec instance de se hâter ; il s'engageait à remettre le présent du roi de France ' à l'envoyé de Moulay Abd el-Malek qui amènerait les captifs. Ce fut en vain, et, le 27 octobre, une tourmente s'étant élevée, la flotte se vit contrainte de faire voile vers la France où «la Licorne» arriva à Port-Louis le 20 novembre; les autres vaisseaux rentrèrent à Chef-de-Baie près de La Rochelle.

Le double objet de la mission confiée à Razilly n'avait été qu'imparfaitement atteint : s'il avait réussi à signer une trêve avec les Salétins, il avait dû laisser entre leurs mains les esclaves français. Quant au Chérif, il n'en avait obtenu ni traité ni captifs. Une nouvelle expédition était nécessaire. Razilly, toujours accompagné du capitaine Du Chalard. fut renvoyé au Maroc. La flotte partit de Saint- Martin-de-Ré le 28 juin i63o. Elle se composait de « la Licorne » le vaisseau de Razilly, de « la Renommée » sous les ordres de Du Chalard et de la patache <c la Petite Marguerite » commandée par le capitaine Pâlot. Le 2.3 juillet i63o, on arriva devant Salé et le même jour on captura trois navires aux pirates, qui se décidèrent, le 2 août, à demander une suspension d armes. On échangea des otages de part et d'autre ; les Salétins commencèrent par rendre la liberté à tous les captifs français et on leur donna en retour quelques marchandises". Puis les pourparlers s'engagèrent au sujet de la paix. Razilly, laissant à Du Chalard le soin de terminer les négociations avec les plénipotentiaires de Salé, se rendit à Safi, où il

I . On sait que par une fiction à laquelle tire gracieux. V. infra, p. i^g et note 3. la cour de France attachait une grande im- 2. V. infra. p. 3io, Relation dite de

portance, les esclaves français n'étaient pas Jean Armand Mustapha. La rançon était

rachetés au Chérif, mais celui-ci les remet- parfois payée en nature, à cause de la plus-

tait contre un présent qui avait un carac- value des marchandises.

iNxnnnurTioN- lxxi

arriva le .Si août. Le capitaine Pâlot, porteur dune lettre du Chevalier pour le Chérif, l'y avait devancé et avait annoncé la prochaine arrivée de la flotte française. Mais Moulay Abd el-Malek semblait vouloir, comme l'année précédente, traîner les choses en lons;ueur. Par contre, les pourparlers avec les Salétins s'étaient heureusement terminés, et le 7 septembre Du Chalard arrivait à Safi avec le traité signé à la date du 3 septembre. Cependant Razilly réclamait avec instance du (]hérif l'envoi d'un caïd ayant des pouvoirs pour négocier. La capture d'un navire plus ou moins chargé de contrebande qui fut opéré le 3 octobre dans la rade de Safi avança les choses. Ce navire appartenait aux Pallache, cette famille de ,luifs si en faveur auprès des Chérifs. Les Pallache, désireux de recouvrer leur navire, mirent tout en œuvre pour obtenir la liberté des captifs français, et Moulay Abd el-Malek consentit à les laisser partir de Marrakech le 9 octobre. Dès le \ i Razilly était informé par eux de la décision du Chérif. Mais il n'ajouta sans doute qu'une médiocre confiance aux dires des Pallache, et, craignanl d'(Mre pris, comme en 16519. 1"^'" ^^ S'"*'^ temps sur la côte du Maroc, il mit à la voile le 12 octobre et arriva à l'île de Ré le 28 novembre ; il ramenait en France cent vingt des captifs délivrés à Salé. Le capitaine Pâlot, qui avait quitté Safi le 1 2 septembre, en avait rapatrié le même nombre.

Le 16 octobre, arrivaient à Safi, sous la conduite du caïd Yahia el-Djenati. les captifs français venus de Merrakech. Grand fut leur désappointement, en apprenant que les vaisseaux de France étaient repartis depuis quatre jours. Le Chérif, oubliant que ses atermoimenls justifiaient dans une certaine mesure le manque de patience du ( ihcvalier, adressait à Louis XIII une lettre pour se plaindre du procédé (2 novembre i63o). « Vostre subjet [Razilly], écrivait-il, sçavoit très-bien pourtant que le nostre le devoil bientôt aller trouver, voires mesmes qu'il estoit en chemin, et toutes fois n'eut pas la patience d'attendre son arrivée, bien qu'un serviteur ne doive, pour quoy que ce soit, laisser la poursuitte des choses qui luy sont commandées par son maistrc, moins encore tesmoigner de l'impatience, quand il s'agist de l exécution »'.

I. V. infra, p. 302, Lettre de Moutay Abd et- Malek à Louis XIII (TTadaclioii).

Page 1