INTRODUCTION LXXVII
Enfin au nombre des captifs relaxés se Irouvaient dix Bretons qui s'étaient rachetés eux-mêmes'.
Comment Du ("lialard avait-il pu obtenir un résultat si satisfaisant? Il n'avait en tout cpic dix mille bvres remises par Louis XIII et pareille somme dont il avait dû faire l'avance aux Etats de Bretagne. La vente de la cargaison du navire anglais « la Perle » vint auiîmcnter de 21000 livres ses ressources, mais celles-ci se trouvèrent encore très inférieures à la rançon demandée. Comme il avait à cœur de retirer du Maroc le plus grand nombre possible de captifs français, il contracta des emprunts auprès des inarcbands, ainsi qu il y était autorisé par ses instructions.
A son retour en France « il se pourveut vers le Roy, tant pour le remboursement de la dépense qu'il disoit avoir faite en son voyage que pour estre acquitté des promesses qu'il avoit faites à quelques particuliers marchands, jjour marchandises qu'il avoit prises d'eux et qu'il disoit avoir employées au rachapt des captifs' ». La prétention de Du Chalard fut fort mal reçue ; on trouva qu'il avait « outrepassé excessivement » les ordres de Sa Majesté, qui en fut « si justement indignée qu'elle le fit mettre en la Bastille, où il « demeura quelque temps" ». Puis il fut par jugement banni pour un an de la ville et banlieue de Paris, et finalement condamné à payer aux marchands envers lesquels il s'était obligé plus de /ioooo livres*.
Dans cette pénible occurrence, Du Chalard se tourna vers les Etats de Bretagne. Ceux-ci s'étaient engagés « sur leur foy et honneur » à le rembourser à son rclour des sommes qu'il aurait employées au rachat des captifs bretons, jusqu'à concurrence des 10000 livres votées le i4 décembre i63/|. Mais, d'après Du Chalard, les députés des Etats avaient élargi son mandat, le chargeant « de rachapter les captifs bretons le plus qu'il pourroit sans concurrance à la soumie de x"'" ». Confiant dans cet engagement, il
1. Cf. infra. Histoire de la MissionJes PP. 3. Cf. infra. Mémoires de Richelieu, capucins au Maroc, p. igi, note 8, etBilil. p. 513.
na\..,linprimésF^ i-jh'io.FaclumDuChalard. 4. V. Bibl. Nat., Imprimés, F^ i^SSo,
2. V. Bibl. nat., Imprimés, F' I753i, Faclum Du Chalard, p. 6.
l'uctum pour escuier Jean du Bouexic... j. Cf. Ibidem, p. 4, Noie marginale d^^
contre .W' Priain-Pierre Du Chalard, p. 2. la main île V Uii Chalard.
LXXVIII I>TRODUCTION
avait racheté qualrc-vingt-dix-sept Bretons, pour un prix global de ^3/i8i livres, dont il réclamait le remboursement. Mais les Etats décidèrent, le 6 février i636, de lui allouer seulement les loooo livres pour lesquelles un vote ferme avait été émis'. Le malheureux officier plaida pour obtenir les 33/i8i livres dont les Etats lai restaient redevables. Il en résulta un procès interminable, et, après appel sur appel. les parties transigèrent le i5 septembre i664 pour une somme de six mille livres'.
Cette procédure de trente années est tout ce que nous savons de Pierre Du Chalard depuis son dernier voyage au Maroc *.
De Molères. — Nous ne possédons aucun renseignement biographique sur ce personnage et nous ne voyons que le sieur Vital de Molères*, gentilhomme ordinaire de la Chamhre du roi Louis XIIL avec lequel il pourrait être identifié. Le Molères qui nous occupe fut adjoint comme négociateur à Razilly et Du Chalard, envoyés en mission en i63i auprès de Moulay el-Oualid pour traiter de la paix et de la mise en liberté des captifs français. Le juif David Pallache, agent du Chérif. laccompagnait.
Molères quitta la Cour le i4 juin i63i ' et rejoignit à La Rochelle
1. Cf. Bihl.Jiit. Factum DuCluilard,f. II. Cf. Arch. hist. de la Gironde, t. 28, p. 287.
2. Cf..\rch.dép.d'Ille-et-Vilaine,Ca65. Il semblerait résulter de cette mention
3. Il exerça pendant longtemps encore qu'en 1669 Du Chalard n'était plus goula charge de gouverneur de la Tour de verneur de la Tour de Cordouan. Et cepen- Cordouan. On trouve en effet en i643 la dant, à la date du 10 novembre 1679, on mention d'un don fait par Louis XIV au trouve la signature de Priam Pierre Du sf Du Chalard gouverneur de la Tour de Chalard gouverneur de la Tour de Cor- Cordouan (Arc/i. hist. de la Gironde, t. 28, douan au bas d'une quittance par laquelle il p. 325). En i653 «D"^ MaryeDu Chalard, reconnaît avoir reçu la somme de lOOolivTes faisant pour Pierre Priam Du Chalard, son à litre de gratification par ordre du Roi frère, gouverneur de la Tour de Cordouan » (Bibl. !Sat., Pièces oriy. vol. 6^8, cote somma les receveurs des droits destinés à i535G. p. 7). Pour concilier ces deux faits, l'entretien de la Tour de satisfaire à l'or- il faut admettre que Du Chalard, après donnance des trésoriers. V. Arch. dép. de s'être démis de ses fonctions, en aura gardé la Gironde, Série E. Tabellionage , Minutes longtemps le titre honorifique. Il dut monde Conilh. A la date du 3o avril i(J86, le roi rir peu après cette année de 1679, date où Louis XIV fait don au s' Masson, huissier il devait être âgé d'environ go ans.
au Parlement de Paris, des revenus de la 4- V. Bibl. Nat., Cabinet des Titres,
charge de gouverneur de la Tour... « qui Pièces orig. vol. ig83, cote i5 5o8, n° 4. ont esté indeument perceus et receus par 5. Pour ces détails et les suivants, V.
divers particuliers depuis la mort du com- infra. p. ^32, Gazette de France du ig
mandour de Ncvesche, deceddé en 1669 ». novembre i63r (Extrait).
INTRODUCTION LXXIX
Razillv ef Du (Mialoid. La Hotte mit à la Aoilc en juillet et mouilla à Saiî, le mois suivant, après avoir relâché à Salé. UaziUy lit informer le Chérif de son arrivée et demanda un passeport et une escorte pour le sieur de Molèios. cpii. seul, était autorisé à descendre à terre et à aller à Merrakecli. Bientôt arrivèrent à Safi deux caïds et deux compagnies « l'une de piquiers et lautre de mousquetaires » et Molères se mit en route avec David Pallache pour la cour chérifienne. « Il eut le lendemain de son arrivée, célèbre et favorable audiance : car on luy amena les i8o. esclaves françois qui restoient dans le pais... ». Les négociations pour le traité furent un peu plus longues. Moïse Pallache, frère de David, « trucheman » du Chérif, servit d'intermédiaire pour les pourparlers. Dès que l'on fut d'accord sur les clauses, on dressa une traduction du traité, qui porta la date du i- septembre i63i. Molères repartit avec les esclaves pour Safi, emportant cette traduction. Le Chérif promettait d'envoyer quelques jours après à Razilly le texte arabe du traité et sa réponse au roi de France. La chancellerie chérifienne ne se pressant pas, on fut contraint « d'envoyer un marchand exprès à Marroq pour fer atter d'envoyer les dites despeches, lesquelles ledit Movse Pallache porta à bord ».
La flotte repartit pour la France en octobre et mouilla, le 7 novembre, dans la baie du Morbihan. Le 16, le s' de Molères rejoignit la Cour qui était à Château-Thierry et rendit compte au Roi de sa mission.
Pierre M.\zet. — Né à Marseille', il appartenait à une famille qui fournit à cette ville plusieurs officiers municipaux dans la première moitié du xvii' siècle", et lui-même fut élu consul de cette ville le 28 octobre 1619 \
On ne peut fixer avec certitude la date de sa venue au Maroc * ;
I. V. infru. p. 3i8, Commission év, l^. Ou trouve dans les documents liol-
Consul pour Pierre Mazct u natif do la landais de cette époque la mention d'un
ville de Marseille ». Pierre Cruzct de Marseille qui aurait
■X. On trouve un Vincent Mazct, élu con- séjourné à Dordrecht et savait le néerlan-
sul de Marsi-ille en 1624 et réélu en iG25, dais. En 1624, le Chérif le retenait depuis
et un Jean-Baptiste .Mazet, élu consul de la quatre ans au Maroc sans vouloir le laisser
même ville en 1628. V. Arch. corn, de Mar- partir. V. /" Série, Pays-Bas, t. III, Lettre
seillc, Uc(j. des délibérations. de Ruyl aux États. i5 novembre 1624. La
3. V. Ibidem, année 1C19, f" 78. ressemblance du nom, l'identité du prénom
LXXX INTHOnUCTION
Il se trouvait au Maroc durant la captivité du P. Pierre d'Alençon (162/4-1629), car il rendit par la suite témoignage d'un prodige qui avait accompagné la mort de ce Père'. Il arriva à Salé en 1626' et y fit du conmierce ^ Ayant acquis une certaine influence auprès du Divan qui gouvernait cette république, il l'employa au soulagement des captifs français, et ceux-ci publient ses louanges dans une lettre qu'ils adressent le g août 1629 au chevalier de Razilly venu en mission à Salé : « Nous a protégés et cauxionnés, écrivent-ils, M' Pierre Mazet, marchand françois de Marseille, pour alléger en partyc nos travaux et misères des cheynes et basses- fosses, qui, en vérité et foy de nos consienses, nous a fait de très-bons olïîces dignes que nous le publions partout où il plau'a à Dieu de nous conduire. Pour quoy nous vous suplions de croire, mondit seigneur, qu'il est louable par toutes sortes de différentes loix que par le destin a esté esleu de ses M'' les Andaloux, gouverneur du chasteau et de ses despendanccs * ».
Lorsque Razilly revint à Salé avec DuChalard en i63o, P. Mazet servit d'intermédiaire entre le Chevalier et leDivan^ Cefut dans son logis que les PP. capucins et le P. Datias célébrèrent la messe le 21 août i63o. On voit par ce qui précède que Pierre Mazet exerçait en fait les fonctions d'un consul de la nation française à Salé. Ce fut donc sur lui que se porta tout naturellement le choix de Razilly, lorsque, pour aflirmer les bonnes relations de la République et de la France, la création d'un consulat à Salé fut décidée. Sa nomination fut signée le même jour que la trêve, le 3 septembre i63o ". En cette qualité, il reçut, avec mission de la vendre sur place, une
et Je la ville d'origine, la ci.»ncordance du dans la Commisiiion de Consul que lui
temps permeltenl de supposer que ce per- donna Razilly, V. infra. p. 3i8.
sonnage serait en réalité I^icrre Mazet, dont tx. V. la lettre des esclaves français de
le nom aurait été mal lu par un secrétaire Salé, à Razillv, du g août i6ag, infra, pp.
hollandais. 234-235.
1. V. Histoire de la mission des PP. Ca- 5. Lorsque les Salétins voulurent repucins au Maroc, infra, p. i83, note i . nouer les négociations qui avaient été rom-
2. « Il y a quatre ans qu'il feusl à Salle >> pues, ce fut Pierre Alazet qu'ils chargèrent dit Pierre Mazet lui-même, dans une lettre d'écrire à Razilly. V. infra. p. 3i5. Rela à Richelieu de la fin de i63o, V. infra, lion dite de Jean-Armand Maslapha.
p. 375. G. V. la trêve entre la France et Salé