A CHARLES DE
// approuve la résolution prise par Charles de Gnnzague de tenir à Rome le prochain chapitre de l'Ordre. — Nécessité d'obtenir l'exequatur d'Espagne. — // travaille à obtenir du cardinal Zapata l'autorisation de recruter des chevaliers de l'Ordre dans le royaume de .Xaples. — Envoi d'une relation de l'ile de Sainte Maure dont l'occupation serait très avantageuse à l'Ordre.
Naples, 10 juillet 1621.
Au dos, al'ia manu: Del S' Infante di Fez, al lo dl Luglio 1G21. Napoli.
I . En l'état présent dr nos recherches nous ne connaissons sur les origines de ce prince marocain que ce qu'en rapporte VicEXTE EscALLON, chcvalicr napolitain, qui écrivit en i6ofi une généalogie de la famille des Béni Merin, à laquelle il était lui-même allié. V. /''' Série, France, t. I, p. 274, note I. — Vers 1618, Gaspard de Benemerin entra dans l'Ordre de la Milice Chrétienne fondé par Charles de Gongague, duc de \evers (V. la note suivante). II proposa à ce dernier, dans une lettre du i4 mars 1628, une entreprise sur l'île de S**^ Maure et entretint avec lui une correspondance active : ses lettres vont du 10 juillet lOîi au 6 avril 1O2/1. Cf. Buchon, Nouvelles rechtTchi's historiques sur la prineipauté française <tc Morée, t. I, pp. 231- 3o3 ; Bibl. Xat., fonds français, mss. 4708- 4704, 4728-4727. Gaspard de Benemerin résidait à Naples et .'1 Rome où il logeait au palais de Latran, siège de lalanguemé-
ridionale de l'Ordre de la Milice Chrétienne. Le pape Urbain VIII, en reconnaissance de .son zèle, le nomma commandeur de l'Immaculée Conception. Il mourut, présumé centenaire, à Napics, en i64i, et fut enterré dans l'église do S^ Maria délia Concordia où se volt son épitaphe ; il y est appelé « le 2 2" roi d'.\frique » , alors que, dans l'ordre de succession des princes de la dynastie des Béni Merin, il eût occupé la So" place. Cf. Budgett Meakin, The Moor. Emp.. pp. 321-322 et /" Série. Dépôts divers, Naples, i64i.
2. Charles de Gonzague, duc deNevers, descendait par sa grand-mère Marguerite Paléologue de la famille des empereurs d'Orient. C'est pourquoi les habitants du Magne ((îrèce) députèrent vers lui en 1613 deux archevêques et trois évêques pour lui <lemander de se mettre à la tête d'un soulèvement contre les Turcs. Lo duc de Nevers conçut alors li' projet d'une sorte de croisade
6o lO JUILLET 162I
Excellenlissimo Signore,
Li giorni passa ti, cor» il percaccio de 19 de Giugno. diede a V. E. parte del mio arrive a salvamenti in Napoli : dove anco lavisava del accordio et prelentioni del Petrigniaiio ', il quale disse et promesse non moversi a nulla, sino alla risposta di \. E., le oui prétention! havera per quelle visto. Mi viene con questo percaccio avisato di Roma de che detto Petrigniano sia venuto meno délia parola, et dato memoriali a N. S", dimandando novo giudice, corne credo ne havera dato parte a V. Ex" Hor" Ciandelieri, lo che certo mi ha fatto restar stupefatto, in veder che detto Petrigniano sia un huomo di cossi poco parola. Dispiaceme nel aima non ritrovarmi di persona in Roma, per posser usarealcuna diligenza. Mi ha parso del tutto darni aviso a V. Ex\
Il detto Ciandelieri mi avisa délia buena risolutione fatta da V. Ex% in che il Capilulo générale si tenghi in Roma, cosa certo acertatissima et di molto utile al ordine ; et per le raggloni che V. E. allega, che ho visto, non si ha possuto far meglio resolutione.
Sarebbe bene che V. E. sollicitasse l'exequatur di Spagnia, che inporta molto per questo regno.
Con il S'' Cardinal Zapatta ' stono trattando accapar l'assenso per posser criare cavaheri in questo regno, et lo tengo in buen termine.
des États catliollques de l'Europe contre la chrétiens goûtèrent peu les idées du duc de puissance musulmane. On sait cfue cette Nevers, et celui-ci, d'autre part, ayant hérité idée hantait l'esprit du P. Joseph. Des pour- en 1627 du duché de Mantoue, abandonna parlers eurent lieu, lors des conférences ses projets. Cf. Bibl. N al., fonds français. de Loudun en 1616, entre le célébreca mss. 4 7o3-4 70^, /( 723-4 727; Bruxet de pucin et Charles de Gonzagiie. Après plu- Presle, Mémoire sur une tentatiue d'insurrecsieurs voyages du P. Joseph tant à Rome lion ortjaniséedans le Magne..., dans Bibl. de qu'en Espagne, un Ordre militaire « La l'École des Charles, i" Série, t. II, pp. 532- Milice Chrétienne », dont les bases avaient 553 ; Buchon, /oc. cil. ; G. Fagniez, Le Père été arrêtées à Paris le ag sept. 1C17, Josrp/ic(fl(c/ie/ieu. t.I,pp. 25i-3o3 ; Michel fut définitivement constitué à Vienne le 8 de Marolles, Mémoires, pp 5657. mars 1619. Il comprenait trois langues: i. Pietro Petrignano, président du disorientale, occidentale et méridionale. Les trict méridional de l'Ordre de la Milice chercheurs d'aventure vinrent s'enrôler dans Chrétienne.
l'Ordre ; parmi eux se trouvait Don Gaspar 2. Le cardinal Antoine Zapata, né en
de Benemerin, se donnant comme « Infante 1 5 5o, vice-roi de Naples en 1620, grand-
de Fez » (V. p. 5ij, note i). Les princes inquisiteur en lOaô, mort en i635.
LETTRE DE GASPARD DE BENEMERIN A CHARLES DE GONZAGUE 6l
L'istesso S' Cardinale mi ha fatlo intcndere che desidera si conferisse un al)hito a un suo genlilhuonio de caméra, gratis del passaggio ; io ho dello volerne dar parte a V. Ex". Il gentiluomo che prétende l'abbito è siciliano, nomine Vincenzo Vitloria. Veda V. E. quel che comanda si facci. A me pare que si potrebbe conpiaccre al S' Cardinale, essendo lei hoggi Vicere di Napoli, dal quale potremo sperare alcuni favori tanto aqui in Napoli quanto in Roma.
Da Roma mandai a V. Ex" una brève relatione de la Penisola de S'" Maura, antepostami da un gcntilhuomo spagniolo molto prattico d'aquelle parte, la quale mi pare esser molto al proposito per il nostro ordine per moite raggioni, et in particolare per esser isola, molto fertile de tutte le cose uccessarie, come vittoaglie, bestiame et ligniami, per tutti li vascelli che fussero necessarii, confine con golphi et le Celalonie grande, è piccola, polra esser soccorsa in 2^1 hore dal capo de Otrento, et è isola molto meglio di quella di Malta, et molto dannosa al nemico, et ponendo il piede in quella, si potra con facilita mantenere, et guadagniarla con poca perdità di gente, et si fusse di Xpiani, sarebbe di molto utile et proveccio a tutta la Xpianità. Mi ha parso de nuevo darne parte a \ . Ex" aciô lo consideri béni, et mi doni rcsposta, perche la persona ciieme la tiene proposta desidera sapere la buena voluntà di V. Ex".
Per fine a V. Ex" fo humilissima reverenza con pregar N. S'" doni intiera sainte, con acrescimento de stati che desea.
Da Napoli, il di lo de Luglio ifiai.
*^''- ^ ' De V. Ex"
AfTetluosissimo scrvitore, Signé : Infante de Fez '.
Bihliotht'f/ue Nationale. — Fonds français. — Ms. U70'i, //. 71-72. — Oriijinal.
I. C'est la .signature habituelle tle I). por vcrdadiera... et la ûrma de su mano
Gaspard de Bonemerin dans sa corrcspon- Hoggi i8 di Marzo 1628 ». Suit la signa-
dance avec le duc de Nevers. Un seul docu- ture : « D. Gaspar de Benemerin. »
ment est signé de son nom : transmettant La fille de D. Gaspard « la princesa de
une Relation de l'île S"' Maure, il en Marruecos » épousa à iNaples vers 1642 Gil
certifie l'autlienlicité par cette mention : de Terres, « ayo de pajes « du Cardinal-
« D. Gaspar Benemerin, infante de Fez, a Infant. V. Mémorial hislorico espahol, t. ig,
procuralo (pnsla nla/iono. la quale ticnc p. 463.
MÉMOIRE SUR LA DÉFENSE DES PRESIDIOS D'AFRIQUE'
(Extraits — Traductio^j)
Difficullc de maintenir iiiité(irité et d'assurer la sécurité des territoires de la monarchie espagnole, tant à cause de leur étendue (jae de leur dispersion. — Les corsaires sont une menace perpétuelle pour son commerce. — Grands avantages que l'on retirerait en fortijîant les presidios africains de l'Océan et de la Méditerranée. Le Roi devrait se décharger de la ijarde de ces places en la confiant a des Ordres militaires, qui y trouveraient l'occasion d'appliquer leurs statuts.
Moyen de défendre les côtes d'Afrique, en assurant la sécurité des places que le Roi, notre seigneur, y possède, et en illustrant les Ordres militaires, dont Sa jNIajesté est maître et perpétuel administrateur.
Motif et sujet de ce bref discours.
Connaissant, Excellentissime Seigneur, combien est exposée la situation de cette monarchie et coml)ien il est difficile de la conserver dans sa grandeur, puisqu en raison de l'étendue et de léloi-
I. Ce document est une plaquette espa- Maroc, gnole qui se trouve à la Bibliotcca !\'acionat 2. Plus exactement : entre la fin de l'été
de Madrid (Scccion de Varias 1 — isS-isG"). de l'année 162 1 et la fin de l'été de l'année
Comme il en existe un autre exemplaire à 1622, car l'auteur du mémoire fait allusion
la Bibliothèque Mazarine Qi . infra la réfé- à une attac[ue des Maures contre El-Mamora
rence p. 81), il a paru conforme aux règles qui eut lieu « l'été passé », et nous savons
de la présente Collection de publier ici en d'autre part que cet événement se place dans
traduction les extraits se rapportant au l'été de 162 1. ^. p GO et note /i.
MEMOIRE SUR LA DÉFENSE DES PRESIDIOS DAFRIQUE 63
gnement des royaumes dont elle est composée, elle est astreinte dans un même temps à de diverses et grandes opérations, qui non seulement dépensent les forces et les ressources de ces royaumes, mais encore obligent ceux qui les gouvernent d'en haut à chercher avec une sollicitude et une vigilance continuelles les moyens d'obvier à tant de nécessités qui les pressent dans la paix et dans la guerre, et particulièrement à celle d'assurer la sécurité de la mer, en châtiant les pirates et en empêchant que désormais ils puissent nuire ou mettre obstacle au commerce entre ces royaumes : et considérant qu'un si grand résultat doit être obtenu par des moyens divers, et qu'un de ceux-ci est d'assurer et de fortifier les places d'Afrique dans l'une et l'autre mer près du détroit de Gibraltar et d'y mettre une garde fixe et perpétuelle qui le défende, j'ai voulu exposer que le sérénissime roi Don Ferdinand le Catholique a déjà fourni le moyen d'approcher de ce but et même d'y parvenir, en confiant la surveillance de ces côtes aux Ordres militaires. Et, vu les nombreux soucis que Sa Majesté a en ce moment, il paraît non seulement convenable, mais presque nécessaire de se décharger de celui-ci (qui n'est pas le moins important) par un moyen si certain, et en donnant aux Ordres l'occasion qui leur est due de s'exercer et de se distinguer : chose qui, bien qu'elle soit ici secondaire, pourrait être considérée comme principale.
Ayant donc vu dans l'hisloire de ce sage roi, écrite par Zurita', ce qu'en qualité de maître il ordonna en Chapitre général, et que le Pontife approuva ^ et jugeant d'après les statuts établis en ce temps-là, il ma paru qu'ils sont faciles à exécuter en celui-ci, et quil est plus que nécessaire de se servir de ce moyen pour la défense de ces places et la sécurité de l'une et l'autre côte dans les parages du Détroit, et d'occuper un point très important, qui est aujourd'hui désert (et oublié, à ce qu'il semble) pour que ni l'ennemi turc ni le Hollandais ne l'occupent ^ C'est une opération facile et sans incon
1. Geronimo Zurita, historien espagnol d'.\lcantara, Calatrava et Santiago, et il (i5l2-l58i), auteurde : /Ina/csdc /a corona avait obtenu du pape Alexandre VI que de Aragon. Saragosse, i562-l579, 6 vol. cette grande maîtrise tiH ilcsormais insépain-fol. rable de la couronne.
2. Ferdinand s'était fait reconnaître 3. Il s'agit de Mogador, auquel l'auteur grand-maître des ordres religieux militaires consacre le dernier chapitre de son mémoire
6A iGai-iHaa
vénient, honorable pour notre nation, un moyen d'augmenter sa noblesse et sa valeur ainsi que sa réputation et son renom ; elle est, à mon faible jugement, très réalisable, et il suffît que Sa Majesté donne l'ordre d'exécuter les dispositions laissées par son prédécesseur (qu'il est glorieux d'imiter). C'est bien hardi de ma part de traiter de choses si importantes; mais il appartient à la générosité de V. E. de me pardonner, car elle sait que cette liberté m'est inspirée par le souci du bien public dont je fais jDrofession, et le désir que j'aurai toujours de remplir d'aussi anciennes obligations que celles que j'ai contractées envers V. E.
Chapitre I. — De la nécessité qu'il y a de défendre les places d'Afrique pour la sécurité de l'Espagne.
L'importance que présentent l'armement des places d'Afrique, de chaque côté du Détroit, et le maintien en permanence d'une force qui assure la sécurité des côtes n'est pas douteuse, et il n'est pas nécessaire de perdre son temps et ses discours à la démontrer, puisque nous avons des sens qui nous font voir et toucher chaque jour davantage cette nécessité, par le dommage que nous éprouvons du fait que ces points ne sont pas garnis et pourvus comme ils le doivent. Il semble, Monseigneur, que Dieu, pour nous prouver sa miséricorde, nous signale avec insistance la voie c[u"il nous convient de prendre pour notre sécurité, en nous envoyant des avertisseurs qui nous avisent de notre mal, sans nous faire tout le dommage qu'ils pourraient. C'est sur les circonstances que se doivent régler les actions, lorsqu'elles sont dirigées par la sagesse. Les circonstances présentes exigent que nous apportions un soin et une énergie extrêmes à notre conservation, en évitant ce qui nous nuit le plus ; et, comme ce sont les pirates qui nous inquiètent d'ordinaire dans nos foyers, et que le commerce d'oîi dépend notre subsistance est tellement menacé par eux qu'aucun navire n'ose entrer dans les ports d'Espagne ni en sortir, et que les Hottes des Indes ne peuvent naviguer en sûreté, c'est une chose notoire qu'on ne peut différer de rétablir la sécurité dans la mer Océane en y faisant passer de grosses escadres qui la nettoyent des pirates et relèvent la répula-
MEMOIRE Stn LA DÉFENSE DES PRESIDIOS d'aFRIQUE C5
tiûii cl le crédit que nous avons perdus. Il faut apprécier hautement la sollicitude de Sa Majesté pour y parvenir, et les moyens si grands que l'on met en action à cet eiTet; et l'objet de la présente proposition est de contribuer à un dessein si nécessaire.
C'est pour plusieurs raisons qu'il faut considérer l'importance qui s'attache à la conservation et à la sécurité des ports que cette monarchie possède en Afrique, et même, s'il est possible, à l'augmentation et au renforcement des places de cette côte, de chaque côté du Détroit. La première, c'est que la nature, semble-t-il, a fixé ellemême notre mode de défense, en créant entre l'Océan et la Méditerranée ce col destiné à fermer comme une porte la communication des deu\ mers et à rendre maître de celle entrée et de cette sortie, sans qu'il y faille beaucoujj d'habileté et d'effort, celui qui le serait de l'une et l'autre côle. Et Dieu nous ayant fait la grâce que sa Sainte Croix soit arborée sur l'une el l'autre rive du Détroit et que les armes de l'Espagne y dominent, si l'on prend des dispositions pour empêcher l'entrée de nos ennemis, nous sommes sûrs de conserver ce qui nous importe tant. Et si, dans les temps où cela fut conquis avec une si grande effusion de sang, le but fut d'acquérir glorieusement de nouveaux royaumes et d'étendre la foi catholique, nous sommes d'autant plus tenus aujourd'hui d'agir qu'il est plus nécessaire de conserver une conquête très importante que d'en vouloir faire une nouvelle ; car à ce premier dessein se sont ajoutées d'autres nécessités plus urgentes, qui sont d'occuper les lieux dont la possession par de nouveaux ennemis ferait notre malheur et notre perte. En effet, reportant les yeux en arrière, nous verrons que c'est par la mer Méditerranée que sont entrées toutes les nations qui dans les anciens temps ont occupé l'Espagne, et c'est par là que vint le dernier désastre qui la perdit, sous le roi don Rodrigue'. Et ainsi c'est la mer d'où nous vient le plus grand péril qui doit être surveillée avec le plus de soin. Si la plus grande sécurité des royaumes consiste à garder Icuis frontières, celles-ci, qui sont si dangereuses, seront d'autant mieux gardées que, dans la région qui leur fait face, il y aura une plus grande force. Et la garde du Détroit sera d'autant plus assurée que la côte d'Afrique sera plus
I. Allusion à l'invasion do la pt'uinsiilc par les armées arabes.
Dk Castries. 111. — 5
défendue du côté de la terre, et mieux protégée du côté de la mer par des galères, galéasses ou navires. Par leur présence permanente ceux-ci écarteront les vils pirates de ces côtes et ils se tiendront assez près de la porte pour la garder et pour pouvoir se joindre à un plus grand nombre de vaisseaux, si l'on y veut faire quelque importante opération, empêchant toujours qu'aucun ennemi ne puisse arriver à celle côte et la défendant des invasions honteuses que nous avons subies, comme celle de Drake'.
Dans l'état précaire oia se trouvent aujourd'hui Larache et El-Mamora, c'est la miséricorde de Dieu qui les protège miraculeusement ; car, comme le Maure et le Hollandais se donnent les mains pour nous nuire " (et déjà les vils Morisqucs expulsés se sont faits marins % et, mêlés avec les Turcs, ils nous mettent dans l'embarras oîi nous nous trouvons, ce qui rend Sa Majesté si justement soucieuse de porter remède à leur insolence), si les Maures se décidaient, par une entreprise sur mer et sur terre, à recouvrer ces ports, ou bien les remettaient, à la suite d'un accord, aux Hollandais, quel mal ceux-ci ne nous feraient-ils pas, étant maîtres, si près de nos côtes, de vastes ports, d'où ils pourraient sortir pour nous attaquer, et pouvant se pourvoir et s'approvisionner jjar terre de ce qui leur serait nécessaire pour tout ce qu ils viendraient à désirer P Et le Maure, sans doute, améliorerait ses affaires en se donnant à une autre nation que l'Espagne, car il est certain que ce n'est ni le Hollandais, ni quelqu'un d'autre que l'Espagnol qui pourrait poursuivre la conquête d'un pays si éloigné du sien : le Maure délogerait son ennemi, et, lui parti, il en ferait à sa guise, commercerait et deviendrait riche et habile, mù par des pensées plus ambitieuses tout à notre préjudice. Et nous sommes exposés à ces dangereuses éventualités parce que nous avons tant négligé ces places, comme nous l'a montré l'expérience; car si le Maure barbare, lors de l'attaque qu'il fit l'été passé contre El-Mamora *, avait persévéré comme il l'aurait pu, sans crainte d'être délogé, il aurait recouvré sa place à notre grande honte ; et
1. Le texte espagnol porte : Adra. 3. Surrétablisscment à SalédesMorlscos
2. V. sur l'alliance des Pays-Bas et du expulsés d'Espagne, \ . infra, p. rgo. Maroc contre l'Espagne, j''' Séria, Pays- i. Les Marocains s'elTorcèrent, à diverses Bas, t. I, Introduction. reprises, d'arracher El-Mamora aux Espa-
MÉMOIRE SUR LA DÉFENSE DES PRESIDIOS d'aFRIQUE 67
alors que la flotte de l'Océan se trouvait à Cadix et qu en une nuit on auiait pu envoyer un brillant secours, non seulement pour y rétablir la sécurité, mais encore pour prouver qu'en vingt-quatre heures ces places peuvent être puissamment secourues, on ne la pas fait, quoique 1 on eût dû le faire, ne fût-ce que pour bien établir qu il était facile de les secourir : leur force, en effet, ne consiste pas en celle qu'elles ont dans leurs murs, mais en celle qu'elles peuvent recevoir rapidement. L'ennemi aurait été dégoûté de tenter une autre fois la même entrei^rise avec meilleure chance ou de plus grands préparatifs, en voyant que dans toute rencontre il nous était inférieur et que, secourue, la place n'était jamais perdue; et, sicelaétaitarrivé, comme c'était possible, c'eût été la chose la plus 'lamentable pour la réputation que de voir le lloi, notre seigneur, commencer son règne ' par la perte de ce que son père lui avait acquis presque à sa porte par des moyens si coûteux ; et cela arrivera si l'on ne fait pas en sorte que les choses changent et que la sécurité de ces places soit assurée.
Chapitre II. — Qui fournit le moyen qu'on pourra employer pour assurer avantageusement la sécurité de ces places, sans qu'il en coûte au patrimoine royal.
Frappé de l'importance qu'il y a d'assurer la sécurité de la côte de Barbarie par mer et par terre, et de ce fait que la grandeur de cette monarchie est ce qui l'expose le plus à sa ruine, à cause de l'étendue et de l'éloignement des parties dont elle est composée (car cela l'oblige à secourir chacune d'elles et affaiblit d'autant ses foiccs. puisciu'elle doit les répartir en un mrme lemps à dilTérents endroits et qu'il n'y a pas de ressources qui suffisent, ni de soins et d'activité qui subviennent à ce qu'exige chaque jour sa
gnols. En 1621, forts de l'appui des llol- S('Tent l'ennemi. Cf. Cespedes, p. i38 ;
landais, ils vinrent attaquer la place par Galindo ydeVera, p. 2/17 ; Castellanos,
terre et par mer, mais le général Crislo- Hist. de ilarruecos, p. 92 et i" Série,
bal Lcchuga sut résister aux forces des Angleterre, aux dates des 2, 11 et 23 juin
coalisés et donna ainsi le temps à la flotte 162 1.
espagnole commandée par Contreras d'ac- i. l'Iiilippe IV succéda à son père le 3l
courir au secours des assiégés qui rcpous- mars 1621.
conservation), il y a longtemps, Monseigneur, que j'ai l'esprit occupé d'un projet qui permettrait à Sa Majesté de se décharger des dépenses nécessaires pour conserver et défendre cette région, tout en y donnant bon ordre. De l'exécution de ce projet découleraient d'autres résultats très importants pour la gloire de Dieu et le service de l'Eglise catholique, pour l'honneur des royaumes de Castille, pour le bien de la noblesse et sa réputation.
Voyant donc combien brillel'ordrede Saint-,JeandeMalte, comme avec peu de forces il s'acquiert de la gloire, et le fruit que ses actions rapportent à la Chrétienté (ce serait leur faire tort que de vouloir les rapporter brièvement) ; et considérant en combien peu de temps l'ordre de Saint-Etienne, institué par les Ducs de Florence' (et qui a été l'un des motifs pour lesquels Pie V leur a donné le titre de Grand Duc), avec de si modestes débuis, a acquis du renom et de l'estime et a mérité que Sa Sainteté le secoure et l'encourage par des indulgences et des grâces ecclésiastiques, en lui exprimant sa satisfaction ; et me souvenant de ce que nous avons tous lu des ti'ois Ordres militaires de Castille: Santiago, Calatrava et Alcantara, dont les histoires générales et particulières, toutes pleines de glorieuses actions accomplies pendant la restauration de l'Espagne, montrent coml)ien ils furent favorisés de Dieu dans toutes les occasions, combien ils rendirent de services aux rois, combien ils ont mérité, et ce qu'on doit aujourd'hui d'honneur et d estime aux descendants de ceux qui firent alors profession ;
Considérant que la gloire de ces Ordres parait oI)scurcie et ne resplendit pas comme elle le devrait, parce que leurs membres, qui ne seraient pas inférieurs à leurs devanciers, si on leur donnait l'occasion d'accomplir leurs désirs, ne sont pas en situation, comme en ce temps-là, de montrer leur valeur ;
Me rappelant en particulier que, lors de la conquête de l'Andalousie, la plus ardue et la dernière entreprise des rois de Castille et de Léon, ces rois — voyant qu'il était dilFicile de recouvrer un pays naturellement défendu par la Sierra Morena, vaste, fertile et dans
I. Cosme de Médicis (premier grand-duc en i56g. Il institua le 1 5 mars iSôal'ordre de Toscane), duc de Tlorence en i537, duc de Saint-Etienne dont Pie IV le déclara de Sienne on i55d et grand-duc de Toscane grand-maitre.
MÉMOIRE SUR LA DEFENSE DES PRKSIDIOS d'aFRIQUE fig
lequel les armées des Maures étaient abondamment approvisionnées par les ports et secourues du côté de l'Afrique, d'oîi ils pouvaient être aidés par des gens semblables à eux, de même secte et religion, et que ce qui faisait cette province inexpugnable et qui contribua surtout à en rendre la soumission si longue et si coûteuse fut qu'elle produisait naturellement et toujours, dans toutes les nations et parmi tous ceux qui l'on occupée, des caractères invincibles, habiles, vaillants, industrieux, intelligents et tels que, pour la défense de leur pays et pour la conquête de celui des autres, on ne peut nier qu'ils n'aient été excellents — ces sages rois, dis-je, refrénèrent cet orgueil et cette valeur belliqueuse en leur donnant pour fronteros les maîtres des Ordres militaires et, en plaçant ceux-ci sur les confins entre l'Estramadure et l'Andalousie, rendirent facile ce qui autrement paraissait impossible (les bannières des Ordres, en efiet, leurs troupes rangées en escadrons, enseignes déployées, étaient comme des touis et des forteresses inexpugnables qui défendaient les autres parties de l'armée : c'est là qu'ils gagnèrent par refTusion d'un sang généreux ce que leurs descendants possèdent à bon droit) :
Et voyant que dans les Ordres réguliers, qui vont en s'éloignant de leurs premiers et fervents fondateurs et chez qui s'éteint cette ferveur primitive. Dieu a de nos temps suscité et aidé de secours extraordinaires de saints religieux de ces instituts, qui. revenant avec un nouveau recueillement à leur premier état, illustrent les règles de leurs Ordres, et, par leur perfection évangélique, pioduisent un fruit admirable dans l'Eglise catbolic[ue ;
Je considère que la haute Miséricorde et Providence divine qui nous protège daignera faire la même chose dans les Ordres militaires, et que, de si précieuses semences de nobles veitus étant réparties dans ces Heux, il ne se peut pas qu elles ne brdlent et produisent des plantes glorieuses, restaurent le renom et la valeur espagnole, propagent l'Eglise de Dieu et défendent les fds de celle-ci, pour sf)n exaltation et sa gloire.
C'est pour remédier à la nécessité présente que je fais ce discours, mais il faut tenir grand compte de ce que ce projet a été étudié dans le passé et que l'application en a été ordonnée par l'un des rois les plus prévoyants, valeureux et préoccupés de la conser-
■yo 1621-1(522
vation de ses royaumes qu'ait eus cette couronne, et celui qui l'a accrue et environnée de la grandeur qu'elle possède aujourd hui . le saint roi D. Ferdinand le Catholique. Entre autres grandes choses qu'il ht en sa vie, il avait préparé sur ce sujet une ordonnance non suivie d'exécution, comme le rapporte Zurita dans ses Annales, Dieu réservant peut-être la gloire d'une si grande œuvre au Roi notre seigneur ahn qu'il acquière des mérites en l'appliquant et en la perfectionnant. Tenant donc chapitre général de l'ordre de Santiago, dont il était maître et perpétuel administrateur, il ht insérer parmi les statuts du chapitre tenu dans la ville de Valladolid l'an 1609, le statut suivant, d'après Zurita, livre 8, 6° partie, chap. /|8 :
« Ce fut une ancienne coutume dans cet Ordi'e et chevalerie du « bienheureux apôtre Saint Jacques, notre patron, de placer de ses « couvents sur les frontières des Maures infidèles, ennemis de notre « sainte foi catholique, pour que là ils eussent tous les moyens « et occasions de faire et d'accomplir ce à quoi la religion les « oblige. Et à présent qu'il a plu à Dieu Notre Seigneur de « nous donner une telle victoire dans la province d'Afrique que « la ville d Oran et d autres lieux ont été pris et assujettis à ces « royaumes de Castille et de Léon', et que nous avons confiance <( que chaque jour ils s'augmenteront : voulant imiter une si louable « coutume, avec l'accord des Révérends Pères Prieurs de Ucles et « de San Marcos de Léon, et des grands commandeurs, et des « treize ^ et de tous les autres commandeurs, chevaliers et frères, « réunis avec nous en ce chapitre général que nous avons ordonné « de tenir en la noble ville de Valladolid, nous ordonnons et « mandons qu'il soit créé immédiatement un couvent de ce saint « Ordre de chevalerie dans la ville d'Oran. où il y ait un prieur et « des religieux du même Ordre, qui célèbrent les divins offices, « confessent et donnent le Saint Sacrement aux chevaliers qui « résident là, et fassent toutes les autres choses auxquelles, d'après « la règle et les statuts de cet Ordre, ceux-ci sont oljligés.
« En outre, comme le but de cet Ordre de chevalerie est de
I. La ville d'Oran fut prise le i- mai a. On appelait ainsi les treize chevaliers
iSogpar Pedro de Xavarro qui commandait de Saint-Jacques députés par le grandrexpédition du cardinal Xiuienès. maître pour assister à un chapitre général.
MEMOIRE SLR LA DEFENSE DES PRESIDIOS D AFRIQUE 7 I
« défendre les Chrétiens et de faire la guerre aux Maures ennemis « de notre sainte foi catholique, il nous a paru chose raisonnable « que les gentilshommes qui devraient être reçus dans lOrdre et « chevalerie de ce glorieux Apôtre aillent prendre l'habit audit « couvent que nous ordonnons de faire dans la ville d'Oran. C'est « pourquoi, avec l'accord et consentement dudit chapitre général, « nous ordonnons et mandons que les chevaliers qui dorénavant « seront reçus dans ce saint Ordre et chevalerie de Santiago aillent « recevoir 1 habit et faire profession audit couvent que nous ordon- « nous de fonder dans la ville d'Oran, et non ailleurs; et nous « entendons ne dispenser de cette observance pour aucune cause « ni raison. »
En conformité de ces statuts, il fut expédié par le pape Jules II une bulle que 1 on trouvera aux archives de Simancas, donnée au mois de mai iSoq. où il accorde la faculté de placer dans le couvent d'Oran un prieur et des frères (jui jouissent de tous les privilèges qu'ils ont dans les autres couvents de cet Ordre, et il leur attribua certains revenus dont il sera plus loin fait mention. Et de même S. M. supplia le Pape d'autoriser les couvents de Villar de Venas et de S' Martin, qui sont dans les diocèses de Santiago etd'Oviedo, à s'unir avec ce nouveau couvent d Oran et à lui affecter leurs biens; Zurita rapporte cjue le Pape accorda cette autorisation. Cette si sainte détermination ne fut pas exécutée, pour avoir été prise tout à la fin du règne de ce prince très sage. Et peut-être est-ce parce que cela n'a pas été fait, et parce que les deux autres couvents n'ont pas été établis à Tripoli et à Bougie', que ces deux places ont été perdues. Et, puisque Dieu a voulu que Larache et El-Mamora puissent jouir de cet avantage, et que les Ordres militaires puissent avoir une tache si convenable, si léi^ritime et si nécessaire à leur état, si sûre pour leur conscience, et qui est un facile et droit acheminement aux honneurs, aux charges et commanderies de leurs Oidres et à la gloire de ceux-ci, choses d'autant plus estimables qu'elles ont été acquises par plus de mérite, puisque c'est là l'emploi et le but des Ordres militaires, il sera très juste que ce qui n'a
1. Les statuts prévoyaient la fondation valicrs de Malte par le corsaire Dragut. de couvents dans les places de Tripoli et de lîougie fut enlevée aux Espagnols en l555 Bougie. Tripoli fut pri^e on i55i aux chi'- par le paclia Salah Raïs.
'J2 ifiai-iCaa
pas été fait dans ce temps-là s'exécute dans celui-ci, où la nécessité est plus urgente : on confiera donc à leur garde spéciale et particulière ces places si dignes d'être défendues, et elles le seront tfès bien lorsqu'elles se trouveront à la charge de personnes ayant de si grandes obligations. Ce principe étant donné, chacun des Ordres, par émulation, tâchera de produire de meilleurs effets, et tous ensemble en produiront de très grands, non seulement en mettant des garnisons dans ces places pour les défendre et en assurant la sécurité de l'une et de l'autre côte, mais encore, avec de tels portiers, on hésitera à passer le Détroit et, avec un léger renfort, il sera entièrement gardé. Et, lorsque viendront de grandes flottes, les Ordres les seconderont au moment opportun et une troupe de gens si nobles se distinguera, et il se fera diverses choses, toutes très grandes et proportionnées à cette œuvre.
On se trouvera déjà en présence d'un commencement d'exécution; car du temjjs de l'Empereur, notre seigneur, l'Ordre de Saint- Jacques a eu quatre galères à son compte et les a entretenues au moyen de deux parts prélevées sur les commanderies ; et à ce sujet il m'a été dit par un chevalier de l'Ordre, qui connaît bien le passé, qu'il y a sur cela une ordonnance et une bulle donnée en juillet io53 ; en outre, lors de l'aflaire du Penon, il est fait mention qu'il s'y est trouvé des galères de l'Ordre de Saint-Jacques '
Cii,\piTRE VIII. — Des choses qui pourraient aider au peuplement de ces places et par suite relever le nombre des soldais des rjarnisons de terre en même temps que faciliter l'accroissement de celui des gens de mer.
Une des causes qui rendent, dans l'état présent, plus ardu et plus difficile de secourir ces places, c'est leur dépeuplement et leur accès incommode ; il y aura deux moyens pour obvier à cette sittiation et contribuer à la faire cesser' : le premier est d'y attirer davantage
I. L'affaire du Penon eut lieu le 6 sept. 2. Un moyen de remédier au di!|)eu[jlr-
i564; les galères dos Ordres d'Espagne ment des presidios et d'erapcclier les désor-
se réunirent à la flotte de D. Garcia de tions qui y étaient si nombreuses eût été d'at-
Toledo pour prendre part à la campagne. tirer dans ces places des femmes espagnoles
Mar.mdl, II, p. aôg et /''* Série, France, et de favoriser le mariage des soldats, ainsi
t. I, pp. •iLi'-i-'À~o. (|uc ci'la se faisait dans les « frontoiras » por-
MÉMOIRE SUR L\ DÉFENSE DES PRESIDIOS d'aFRIQUE "3
les navires de commerce: alors ces places seront mieux défendues, et par cela seul cessera la dépense que l'on fait pour les défendre ; le second est de rendre ces places praticables et commodes. On obtiendra ainsi bien des résultats, que, pour ne pas insister sur cette idée, ni allonger le discours, on ne rapporte pas, et ils sont si nombreux, que l'un quelconque d'entre eux peut porter à adopter les moyens que l'on propose pour ce peuplement et accroissement.
C'est une chose notoire que, comme tout homme fuit la dure pauvreté et cherche sa commodité et son soulagement, chacun quitte sa patrie et sa maison à la recherche de son aAantage et de son profit. Parmi les moyens d'atliier la population, le piemier sans contredit est la franchise et liberté du commerce; on pourrait donc donner à tous les habitants de ces lieux celle qui fut accordée aux gens d'Antequera' pour la repeupler, quand elle était frontière du royaume de Grenade, privilège qui était conféré à ses habitants, quel que fût l'endroit où ils vendraient les produits et marchandises qu ils apporteraient.
On pourrait accorder une franchise exonérant de droits, dans une proportion et limite déterminée, les produits venant d'Espagne qui seraient nécessaires à l'approvisionnement de ces places ; on permettrait aussi, pour une quantité fixe et limitée, la sortie des marchandises dont l'exportation est prohibée ; et ce ne serait pas un privilège exorbitant d'exonérer de droits, pour la quantité qu'il est permis d'exporter, celui qui vendrait à l'Espagnol de ces places, car le prieur et le couvent de SanYsidrode Sevilleonlle privilège d'exempter celui qui acliète au couvent de tous droits sur ce qu'il achète ; et il n'y a pas de privilège qui soit trop grand, lorsque grande est la cause pour laquelle il est concédé. Cette franchise étant accordée temporairement, on pourrait la renouveler juscju'à ce qu'elle ait produit les résultats que l'on en attend, puis réformer ce qu'elle aurait d'excessif, lorsque sa raison d'être aurait disparu.
On pourrait également accorder licence d'importer du blé en Espagne', dans les temps où il y en aurait abondance en Barbarie
tugaises. V. /" Sirir. Espagne, Mémoire île par les Espagnols en i4io ; un combat où
l'r Ju/irtn Poi/or, à la dalo (le mal ilKu. les Cliréliens furent vainqueurs se livra sons
I. .\ntequera h ,")o kil. N.-().<le Malatra. ses murs en i^a/J. Celle ville forlifiée par les Maures fui prise 2. V. /'''' Série. France, t. II, p. 43a.
et pénurie ici. et d'en tirer le prix en argent, car cela a été accordé à des étrangers, et même à des ennemis, dans les années de disette.
Les prises qui seraient faites devraient être réparties de telle manièi'e qu'il en résultât nécessairement pour l'œuvre un accroissement. On en attribuerait à la communauté une bonne part, et aux particuliers une autre, ce qui serait un grand encouragement, et tout cela bien organisé prospérerait.
Comme le l)ut auquel vise cette brève relation n'est pas de fatiguer l'esprit, mais seulement de donner un aperçu de ce qu'on pourrait faire, et non de la manière dont on doit l'exécuter, on laisse de côté, pour abréger, beaucoup de rameaux que cette faible semence viendra à produire, si on la sème et la cultive, car le commerce de Barbarie est en bien des manières très utile à l'Espagne ; et l'établissement de ces places faisant du commerce avec l'Espagne et tous les pays voisins amènera une paix et une sécurité qui permettront d'étendre ensuite les moyens d'action ; et plus les Ordres seraient commodément établis dans ces places, plus s'accroîtrait avec la sécurité de ces places le nombre des marins, et il viendrait un temps où le Détroit, par le moyen de cette garnison permanente, deviendrait sûr, et, sur la rive de l'Océan, l'entrée des ports d'Espagne le serait, chose très importante, car la population qui avoisine ces ports est celle qui soutient le commerce avec toutes les nations.
Et, quand une chose qui entraîne si peu de frais qu'elle est plutôt une opération commerciale qu'une dépense est faite pour des fins si hautes et si utiles, ces traits semblent suffire pour qu'on souhaite de l'exécuter.
Chap. IX. — Où l'on rapporte ce que Sa Majesté dépense aujourd'hui dans ces places, pour qu'on connaisse ce qu'on économisera en les confiant aux Ordres inilitiùres, suivant ce projet.
Non seulement ce plan est honorable et sûr et il est nécessaire et urgent de l'adopter, ou un autre équivalent, pour remédier à une nécessité si urgente, mais encore ce plan est utile et économique,
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car il faut considérer que Sa Majesté dépense aujourd'hui, sur le service des millions, quatre-vingt-dix mille et quatre cents ducats de consignation ordinaire, dans le préside dOran, sans compter les dépenses extraordinaires, qui ne sont pas inférieures.
Sur ce même service, elle assigne à Larache et à El-Mamora vingtdeux mille quatre cents ducats, sans les constructions et les dépenses qu'on peut a^^pelcr ordinaires, car elles sont plus que nécessaires, et qui s'élèvent à un si grand chiffre que c'est horrible à penser, quand on voit l'état de ces places, leur dénûment, loubli et l'absence de toutes mesures propres à améliorer une situation aussi honteuse, et qu'on songe qu'une dépense d'une nécessité permanente n'est assurée que par des contributions volontaires et accidentelles, susceptibles d'être interrompues, puisqu'il n'y a plus de forces ni de sang à répandre, malgré l'urgence de remédier à cet état de choses. Ces cent treize mille ducats, devenus libres, pourraient être employés à augmenter les flottes, à créer celle des Ordres, à laquelle il serait donné cent mille ducats de principal, sans compter les couvents et l'assistance de sujets si valeureux qui tiennent de leur illustration même de irrandes obligations : chacun d'eux entraînerait avec lui bien des gens qui, venus dans le seul dessein de l'accompagner, contribuei'aient à la fortification et à la défense de ces places.
Et aujourd'hui, avec ces dépenses, non seulement elles ne sont pas défendues, mais on est exposé à les perdre ignominieusement, en môme temps que sa réputation, et ceux qui les occuperont pourront nous couper les vivres, que seul nous procure le commerce, et entrer par nos portes. Ils le pourront faire sans danger, se fondant sur notre négligence et sur notre manque de prévoyance plutôt que de zèle, car ils savent combien cette prévoyance est courte, et cela les encourage dans leurs projets. C est un labyrinthe si profond et si lamentable que l'examen de ces matières, que, quelque modéré que soit le discours qu'on en fait, il afflige le cœur et gâte la vie de celui qui avec un zèle loyal et chrétien y consacre ses pensées. Et ainsi il vaut mieux n'y pas entrer que se lamenter, sans tirer aucun fruit du temps et de la peine qu'on y consacre. Que Celui qui prend soin des poissons et des oiseaux fasse un miiaclc pour son Église, car c'est un miracle continuel
que les ennemis de celle-ci n'ouvrent pas les yeux, quand nous autres les tenons si fermés.
Chapitre X et dernier. — Où l'on expose la nécessité d'occuper la position de Mogador et comment le soin de la peupler et de la défendre pourrait ctre confié aux Ordres militaires.
Dans la partie qui regaide rOccident. face à la côte d'Afrique qui est battue par l'Océan, près du cap de Ghir, entre celui-ci et le cap Cantin, se trouvent le point et l'île de Mogador, qui, bien qu'elle soit petite et peu connue ' (heureusement pour nous), est, au dii'e de tous les marins (|ui praticpienl cette cùte et la route des Indes, un port très important pour la couronne d'Espagne, parce que, par sa situation, il commande ces rivages. Ce port est vaste, facile à défendre, d'une entrée et d'une sortie sûres pour les gros vaisseaux. On en pourrait sortir, lors du passage ordinaire de nos flottes, et, s'il en est qui ne connaissent pas encore ce passage, il leur suffira d'une sortie dans ces parages pour le relever avec précision. Et si le Turc ou un autre ennemi avait cette place et cette sûre retraite, il tiendrait, comme on dit, le couteau sur la gorge à toutes nos entreprises pour les égorger ; et si cette position est importante pour eux, c'est une raison pour nous de l'occuper afin qu'ils ne l'acquièrent pas. Les Ordres militaires pourraient très bien se chaiger de cette opération, avec le concours des navires qui croisent ordinairement devant les autres ports de la côte d'Afrique ; et même on pourrait confier la garde de cette place à l'un de ces Ordres, de même que celui de Saint-Jean a celle de Malte, qui lui a été donnée de nos temps par l'empereur Charles-Quint. Car, à bien examiner, comme il est nécessaire de le faire, une chose si importante, si une autre nation occupe cette île, que l'on dit être par elle-même très désirable, outre la place et le port qu'elle contient, il y aura dans l'Océan, près de la route ordinaire d'ici aux îles Canaries, et non loin d'elles, un obstacle fort dangereux pour la sécurité de la navigation, sur laquelle reposent l'existence et la richesse de l'Es-
I. Sur l'importance qrie Razilly attribuait moire qu'il adressa à lîirlielieu à la date du à la |)Ositioii de Mogador, V. infrn. le Wù- 26 nov. iGiG, Doc. XXII. p. ii5.
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pagne, et que doit principalement maintenir cette monarchie pour sa conservation.
En effet, au dire de capitaines et de marins expérimentés', Mogador occupé, c'est un Alger dans l'Océan, par sa situation, son port et sa retraite assurée, pour toutes les entreprises que l'ennemi Turc ou Hollandais tenterait contre nous, avec une sortie sîire et commode pour faire de là toutes ses courses et arrêtei et inquiéter les flottes des Indes Orientales et Occidentales, qu'il rencontrerait forcément non loin de ceparage, quand elles passeront jjour prendre hauteur : et une fois que les ennemis auront occupé ce point, ils sont à même de détruire ou conquérir les Canaries, en coupant les communications de ces îles.
Si le Turc lient iMogador, il peut tenter d'étendre sa domination sur le Maroc, ainsi qu'il est devenu par Alger maître de Tunis, car celui qui est le maître de la mer qui baigne un pays est fort à portée d'en conquérir l'intérieur, en empêchant le peuple conquis d'être secouru par mer ; et tout ce qui établit les avantages que le Turc retirerait de ce point fait ressortir combien notre situation serait critique, s'il venait à l'acquérir. Et bien que parfois cette question ait été examinée, on n'a pas prévenu cet inconvénient, et on ne pense pas à l'éviter. Dieu veuille que cela ne soit pas quand il n'y aura plus de remède !
Ce n'est pas une réponse concluante que celle qui a été faite par un homme îjrave et obligé de connaître ces matières, disant, pour sortir de l'embarras oii le mettaient de si fortes raisons : « Si cette position est si importante pour le Turc ou le Hollandais, et si elle est inoccupée, comment ne 1 ont-Ils pas prise P » Car l'important est de voir si, en la prenant, ils peuvent nous faire du mal, et s'ils ne l'ont pas tenté, c'est une bonne fortune ; et si Dieu, moteur universel des choses, et par la providence duquel elles se gouvernent, nous a fait la grâce que jusqu'à présent l'ennemi n'iiil pas connu cette position, ou bien (pie, la connaissant, il n'ait pas été disposé à en faire la concpiêlc, la prudence nous conseille d'empêcher qu'il ne la puisse accomplir, sans compter qu'il est toujours sage de craindre le
1. Tel nV- lait pas l'avis dr D. Fatlriqun tic Mogadur rju'uti mriliocro inliTét. V. de Tolcdo qui ne reconnaissait à la place /'fSénV, Espagne, C'ons»/(cclii 2ijiiilli't i()i(|.
■jS 1C21-1622
danger et de le prévenir, et qu'il est plus sûr d'éviter les périls que d'espérer de les vaincre. Notre situation peut leur avoir donné l'envie et la pensée de tenter ce qu'en d'autres temps ils n'auraient pas osé. Autrefois les Maures n'usaient pas de vaisseaux de haut bord ; aujourd'hui les prises qu'ils ont faites leur ont donné des forces et de la cupidité, car le gain et l'intérêt donnent de la vaillance, et c'est le profit qui nourrit les sciences. Et Aoyant comme cela leur réussit, ils voudront s'assurer une meilleure position et n'avoir plus besoin pour opérer dans l'Océan de passer par le Détroit ; et, quand ils verront que nous tentons d'empêcher ce passage, ils voudront d'autant plus avoir un établissement sur de ce côté-ci, d'oii pourront sortir pour faire leurs prises ces corsaires Turcs si nombreux qui opèrent aujourd hui, réunis aux Irlandais et aux Hollandais, dont nous devons nous méfier davantage. Ils se trouveront dans Mogador comme dans une tour ou un observatoire d'où ils soi'tiront pom- fondre sur ceux qu'ils auront remarqués s'avançant sans précaution ; et, maîtres de ce point, ils attaqueront tout. Le commerce avec l'intérieur ne leur sera pas difficile, car qui que ce soit trouverait avantageux d'échanger contre les choses dont ont besoin les gens de ces pays l'ambre ' et les autres denrées qui y abondent ; et aujourd'hui, comme les forces du Hollandais se sont accrues, ses desseins viseront plus loin.
Et les projets qu'ils ont différés jusqu'à présent faute de pouvoir les exécuter ou de les savoir praticables, ou bien, s'ils les savaient tels, pour ne pas compromettre la paix dont ils croyaient la conclusion durable, ils profiteront de l'occasion pour les accomplir, maintenant que la possibilité en est venue et qu ils se verront privés du commerce ^ C'est une très mauvaise politique que de confier notre sécurité à la torpeur d autrui. Jusqu'ici, les forces navales du Turc, depuis la bataille de Lépante, n'ont pas été celles qu'il mettrait en ligne aujourd'hui, s'il cherchait querelle à l'Espagne, et aujourd'hui il nous trouve occupés, tiraillés, et faibles ; et nous
I. Pour ojiérer dans l'Océan. Le texte reprise des hostilités. — La trêve de douze
porte : para cnlrar al Occeano. ans conclue en i6og entre l'Espagne et les
a. L'ambre gris dont il est question est Provinces-Unies expirait le 10 avril 1621 ;
au Maroc un produit im])orl('. elle fut jjrorogée jusqu'au 3i août, date à
3. Il faut sous-cntendrc : par suite de la laquelle les hostilités recommencèrent.
MÉMOIRE SUR LA DEFENSE DES PRESIDIOS D AFRIQUE 79
sommes si peu prudents, que. par ces marchés passés avec des étrangers et par ce mode de subsistance de nos armées, nous faisons montre d'une détresse encore plus grande que celle dont nous souffrons, si cela peut être. Joignez à cela que le Turc jusquà présont n'avait pas les mains libres et que personne n était là pour l'aider et l'instruire dans l'art de la navigation, comme le fait aujourd'hui le Hollandais, qui le lui communique et enseigne et lui apprend à voler sur des navires ; et l'orgueil des Moriscos a beau jeu à se prévaloir des renseignements qu'ils lui fournissent sur notre état et notre situation, en dressant des stratagèmes, en prenant notre costume, nos armes et notre langue pour nous tromper', se donnant comme nos amis. A cela se joindrait l'envie de dominer à Fez et à Merrakech, ces royaumes qui autrefois, par la déroute du roi D. Sébastien, avaient acquis de la réputation, mais qui aujourd'hui l'ont perdue par leurs dissensions. Et le Turc peut viser non seulement à prendre pied dans la mer Océane, mais encore à s'étendre sur la côte voisine, vu le peu de résistance de ceux qui l'occupent et la grandeur des forces dont il dispose. La communauté de religion, de langue et la ressemblance des deux peuples en tout contribueront à ce que les indigènes se laissent vaincre, car ils fonderont de grandes espérances sur la richesse des prises qu'ils feront sur nous et dont ils ont eu des indices suffisants par l'assurance que leur en ont donnée ceux qui ont visité ces places '. L'exempleest sous les yeux, car on voitce qui sort d'Alger chaque année et la richesse qui y rentre, ce qui suffit à motiver tout dessein ambitieux, et surtout de la part du Hollandais, que l'étroitesse de son pays pousse à se rendre maître de la mer et à entreprendre de difficiles commerces, oii il a réussi; et à présent, comme des éperviers, ils mangent a\ ec délices ce qu'ils nous enlèvent. Et pour ce motif, force leur est, ainsi (|u'aux Turcs, de chercher des points avantageux qu'ils se hâteront avec raison d'occuper, car si l'Espagne accpiéraltet fondait des forteresses sur la ente d'Afrique, elle pourrait s'en servir pour de plus vastes projets. En outre les Turcs sont voisins des pays d'Afrique, il leur est aisé de les occuper, car leurs idées et leur religion ne leur fini j)i)int de tort, contrairement aux Chré-
I. Sur les supercheries employées par les Y. infrn. p. igo. .MoriscosdeSalépourlromperlusEspagnols, 2. Ces places, c'est-à-dire; les presidios.
8o i6ai-i622
tiens, leurs ennemis directs. Aujourd'hui qu'il se trouve libre du côté de ceux d'Alger comme il l'est du nôtre, il ne faudrait que peu d'elTorts au Turc pour tenter une si grande entreprise, car les guerres de Babylonie et de Tauris ' se ralentissent, celles de Géorgie et de Hongrie" sont sur le point de finir, et — nous sommes obligés de l'avouer avec la plus grande douleur — par suite de notre pusillanimité et de notre désorganisation, il jJeut reprendre haleine et préparer ses desseins. Il voit que ceux d Alger se sont enhardis à parcourir l'Océan, qu'ils le connaissent et y vont en sécurité, y font des prises à nos portes, sans (jue l'on donne ordre de les châtier, qu'ils ont ravagé l'île de Santa Maria, sont entrés dans celle de Lanzarote, sont arrivés aux murs de Lisbonne, et qu'ils auraient pu tout aussi bien emmener avec eux que brûler, comme ils l'ont fait, le navire des Indes avec lequel ils stationnèrent en vue de notre ilotle. S'il sort d'Alger cinquante navires vides, il en revient cent chargés de richesses et de victoires, sans avoir éprouvé aucun dommage.
Quand le Hollandais ne considérerait autre chose sinon que, s'il prend pied près de notre maison, nous le laisserons dans la sienne, il le fera pour cela, et aussi pour éviter la longueur de la route et s'assurer gratuitement une meilleure position, en ayant sous la main un jjort oîi garder et vendre ses prises, caréner ses vaisseaux, et reposer et approvisionner ses équipages et Hottes. Et cette maison se trouvant au milieu du bois où il chasse, qu'y aurait-il d'étonnant à ce qu'il la dispose pour y passer la nuit en sécurité, sans payer le logement, y trouvant une place d'armes pour son ravitaillement et un dépôt pour ses marchandises, avec une entrée et sortie large et sûre, causant à l'Espagne une crainte horrible et inquiétant de là toute la Ciu'étienté, et fournissant un témoignage évident de notre négligence ; car, si ce qu'aujourd'hui nous pouvons posséder avec sécurité est occupé par eux, il sera nécessaire de vendre les calices des églises pour les en déloger, et nous ne sommes pas certains du succès.
I. Allusion il la guerre que le sliah de i. Les Hongrois, ayant à leur lête Beth-
PerseAbbas^e Grant/ (i 589-1 628) soutenait lenGabor, s'étaient soulevés contre la Porte;
contre les Turcs, et qui eut pour théâtres ils venaient de s'cmjjarer de Wailzcn en
principaux la Babylonie, Tauris et la iCiy,maislesTurcs, occupés par la Pologne
Géorgie. ne uiarclièrcnt pas contre les vainqueurs.
MEMOIRE SUR LA DEFENSE DES PRESIDIOS D AFRIQUE
On ne doit pas tirer sa confiance du malheur dautrui. et ce n'est pas un raisonnement sûr en politique que de dire que le Turc a des deuils à déplorer et que les Polonais et le fils du roi de Pologne se sont fortifiés dans lîle de Simire, à la bouche du Danube et à l'entrée de la Mer Noire, à six journées de Constantinople ; car il est certain que la bonne et la mauvaise chance alternent bien des fois et que la fortune a coutume de faire comme les ileuves, qui enlèvent à une rive ce qu'ils donnent à l'autre. Et, quand on concéderait tout ce qui vient d'ètie dit. il est très certain qu'il n'est pas besoin de la force ni du secours du (Jrand Turc pour prendre ce c|uc personne ne défend, et (|ue si les Hollandais s établissaient en permanence à Mogador, y descendaient à terre, s'y installaient comme dans une tente ou une barraquc, entrant et sortant sur leurs navires, ils créeraient là en peu de temps une place sûre et fortifiée, et c'est une miséricorde et un miracle exprès de Dieu qu'ils ne le fassent pas. Plus on fermera le Détroit et l'on en fortifiera la sortie, plus il importe aux Hollandais d avoir là-bas un |)oint d'appui sur l'Océan et un port oii ils puissent se réunir et. après s'être rassemblés de conserve en grosse et forte compagnie, sortir pour rompi'e notre défense, sans qu'il y ait pour l'enq^ècher d'autre que Jésus-Christ.
Qu'il daigne, parles mérites de son sang, faire en sorte que cette gloire revienne à la noblesse d'Espagne et à ses Ordres militaires, pour l'exaltation de sa foi et l'honneur de sa bienheureuse mère qui soit louée à jamais! Amen.
Ilihliothèque Ma:ariru'. — Ms. l'J07 (3317), n" 5, ff. 6^-95 v". — Imprimé.
De Castkies. III. — 6