INSTRUCTIONS POUR LA MOLLE
cession d'Aïer et le projet ne fut pas mis à exécution. De leur côté les Hollandais ' elles Espagnols envoyèrent reconnaître la laguned'Aïer, ce qui provoqua parmi les tribus de la côte une grande surexcitation. Les travaux d'aménagement du port d'Aïer ne furent pas entrepris par Moulay Zidàn, mais son successeur Moulay el-Oualid reprit le projet en i634; les esclaves chrétiens furent emplovés à élever à cet endroit un fort qui reçut le nom de El-Oualidia et à améliorer le chenal de la lagune dont le Chérif ht exploiter le sel ; il eut même l'intention d'y construire une résidence royale avec jardins -. En fait Aier dut rester fermé à la navigation et au commerce^.
La Molle s'embarquera à Marseille avec Du Mas et le chevalier maure. — Arricé au Maroc, il observera avec soin le pays. — // fera entrer Saint-Mandrier dans la société commerciale dont il est fondé de pouvoir et se rendra en sa compagnie au port d'Aïer. — // reconnaîtra le port et en dressera un plan. — // tâchera de faire remettre ce port à la Société par Saint-Mandrier et poursuivra la confirmation de cette cession auprès du Chérif. — Base d'une convention commerciale et maritime entre la Société et le roi du Maroc.
En te te : Maroques. — M. de Montmort\
Monsieur de La Molle sembarqucra. s'il luy plaist, à Marseille avec les s" Du Mas et le chevalier more, pour faire avec eux le voyage de Marroque.
1. Sur les visées des Hollandais sur le ment. La Molle, d'après les présentes insport d'Aïer, V. i" Série. Pays-Bas, t. III, tructions, devait s'embarquer pour le Maroc 1622-162^, possi'm. et Cespedes, pp. 3/i4- avec Du Mas. Or nous savons par le A/émoiVe 345. (/« Goo/ cpie le séjour en France de cet agent
2. Cf. /" Série, Pays-Bas, 4 décembre fut de courte durée (V. i''' Série, Pays-Bas, i634. Lettre de David Pallachc aux Etats; 2/1 juillet lOai). Arrivé en mai-juin i6ig Fk. de s. Juan del Puerto, Mission histo- il repartit pour le Maroc avec « le chevalier rial..., p. 365 et Godard, p. 5oi. More n. V. p. 100, note 6.
3. Si l'on s'en rapportait à BiRAGo, //l'.s^ 5. Jean llabert, seigneur de Montmort, di Porlofinllo. les Portugais occupnieut en conseiller du Boi en iSqG, trésorier gélô'io le point d'.\ïer, et le gouverneur de néral de l'extraordinaire des guerres eu la forteresse d'.Vier se serait déclaré en iRiG, gros financier de l'époque qui même temps que celui de Mazagan en commanditait les compagnies de colonisafaveur du roi Jean IV de Bragance (p. 233). tion. Cf. Tessereau, Ilist. de la Chancel-
4. Voici les donnéesquipermettcntd'éta- lerie. t. L P' 2^1 et passim ; Bibl. nat., blir approximativement la date de ce docu- Dossiers bleus, vul. .343. n" SH.^O, f. 33.
Sur les chemins, traitera avec ledict more la plus estroicte amityé qu'il pourra et sentretiendra en bonne intelligence avec ledict s' Du Mas.
Estant abbordé aux terres de Marroque, remarquera, partout oîi il passera, la bonté du pays, tant par la qualité de l'air, fertilité du terrouer, multitude d'animaux domestiques ou sauvages, arrousement de rivières et fontaines d eaux douces, que generallement tout ce qui peut accommodderou incommoder la A^ye humaine et autres particularitez dont la Compagnie puisse tirer quelque advantage.
Visitera monsieur de S' Mandrier' de la part et au nom de ladicte Compagnie, avec les complimens les plus honnestes qu'il pourra, et luy présentera les lettres d'icelle.
Convyera ledict s' de S' ^landrier d'entrer au corps de ladicte Compagnie, et, à celte fin, luy présentera les articles pour les luy faire signer comme les autres ont faict.
Après les articles signez, traictera avec luy sur le suget de son voyage, et, pour cet effet, se fera conduire à la Ducaille'' au port et forteresse d'Hiers'.
Où estant arrivé, recongnoistra le port et havre tant en mer qu'en terre, les entrées dicelluy, les marques et signes qui se voyent de la radde pour lesdictes entrées, le fondz et les ventz.
Recongnoistra semblablement la place qui est audict port et la visitera en son pourtour et advenues, comme aussi sa cyme, pour sçavoir sy c'est pierre, terre ou sable, et generallement toute son assiette et force, le tout avec l'advis de ceux qui sont les plus entenduz aux fortifïications, mesmes s'il fault plus de cinquante soldatz pour la garde d'icelle.
Fera faire le plan desdicts port, havre, radde. entrées, place et de leurs environs au plus juste qu'il se pourra, avec l'entière relation des commoditez ou incommoditez des lieux.
Pareillement, s'il y a bois, pierres et autres matériaux pour bastir, eaux douces et pasturages, fruicts, jardinages et terres de labeur, et quelques villages habitez proche de ladicte place, com-
I. Sur ce personnage, \ . supra, Introduc- avaient autrefois occupé ce point l'avaient
tlon, notice biographique. nommé Casa do Cavaleiro. Sur la lagune
a. DucaUle, Doukkala. d'Aïer, V. i" Série. Pays-Bas, 24 juillet
3. Hiers. Aïer. Les Portugais qui iQili, Rapport de van Gool.
mSTRUCTIOS POUR LA MOLLE 87
bien esloigné de la ville de Maroque et quel chemin il fault passer, si ce sont forests, montaignes, rivières, campagnes, et si l'on rencontre quelques villages sur Icdict chemin.
S'il est ainsy que ledict s' de S' Ahindrier ayo le don des susdicts port et place, il en fera la remise entière à la dicte Compagnie, et [la] fera non seuUement aggreer au roy de Maroque, ains icelle confirmer et par après en renouveller le don à ladicte Compagnie par le roy de Maroque avec les expéditions nécessaires, y adjoustant quelques terres circonvoisines pour faire cultiver et ensemancer. Pour à quoy parvenir ledict s'^ de S' Mandrier introduira ledict s' de La Molle près ledict roy de Maroque.
Ledict s' de La Molle fera audict roy de Maroque les complimens convenables de la part de ladicte Compagnie.
Traictera audict nom avec ledict Roy, tant pour la confirmation du don des port et places cy-dessus. que pour ce qui regarde le négoce, sçavoir :
Que nul estranger ne pourra negotier en ses terres, portz et rivages que soubz l'adveu de ladicte Compagnie, bannières et marques d'icelles ;
Qu'il donnera liberté à ladicte Compagnie de traffiquer. par toutes les terres, lieux et destroicts de son olieissance, toutes sortes de denrées et marchandises, tant en ventes qu'en acliatz, apportz que transportz ; à la conservation des droictz royaux desquels ledict s' de la Molle tirera la meilleure composition que faire se pourra, avec la plus grande quantité de terres labourables qu'il pourra obtenir, desquelles ledict roy de Maroque fera don à ladicte Compagnie, et dont ledict Roy donnera toutes lettres, expéditions, mandemens, passeportz, octroys et previlleges (pii seront nécessaires pour en jouir, mesmes permission de bastir et construire magasins, forteresses et tous autres lieux d'habitation pour la seuretté des biens et personnes de ladicte Compagnie es endroictz où il sera besoin, et pour cet effet de coupper les bois, faire ouverture de la terre pour les matériaux qui seront nécessaires, ensemble pour les places qui seront nécessaires pour bastir, avec la liberté entière d'exercer la religion chrestienne en tous lesdictz lieux ; déclarant criminels tous les subjectz qui contreviendront ou voudront empescher les susdictz previlleges et libertez.
S'obligera, de la part et au nom de ladicte Compagnie, de fournir les terres et lieux de son obéissance de toutes sortes de denrées et marchandises desquelles ilz ont besoin, fors et excepté celles desquelles le transport est interdit en France, et d'en tenir les magasins fournis, moyennant les seurettez et libertez cy-dessus.
BibUothl'que Nationale. — Fonds français . — Ms. 19579, ff. 179- 181. — Copie du xvii' siècle.