INTRODUCTION XXVII
attique, pour l'élever au-dessus des autres et l'imposer en quelque sorte à la majeure partie des écrivains. Les Italiens peuvent faire de même. Eux aussi, ils pourraient prétendre à constituer une langue commune ; mais ils ont mieux à faire, et Bembo est d'avis de prendre l'autre parti. De toutes les langues italiennes la langue toscane est la plus belle; elle a particulièrement cet incomparable avantage sur toutes les autres d'avoir été illustrée par de grands écrivains qui l'ont réglée en quelque sorte, et qui montrent le chemin à leurs successeurs. Bembo veut qu'on écrive eii toscan. Que des auteurs de génie exploitent les trésors de la langue toscane; ils constateront que ses ressources sont inépuisables ; elle ne leur fera pas défaut, et Bembo lui prédit un brillant avenir. Bembo a triomphé d'Ercole Strozzi et des latiniseurs, et pourtant nous ne sommes encore qu'à la fin du premier livre des Prose. L'ouvrage en contient trois. C'est que déjà il ne suffit plus de conclure en faveur de la langue vulgaire : on veut aller bien audelà ; on veut l'étudier, faire connaître ses qualités et ses ressources, en régler l'usage. \"oilà l'objet véritable de l'œuvre de Bembo. En réalité, nous n'en avons encore vu que l'introduction. Au second livre, Bembo dégage les principes essentiels de la poétique et de l'éloquence toscane. Au troisième, il compose proprement une grammaire de la langue vulgaire. Pour qu'on s'adonnât si longuement à de pareilles études, il ftillait que désormais le succès de l'italien fût certain. On le polissait pour qu'il pût mieux