‹ Les sources italiennes de la "Deffense et illustration de la langue françoise" de Joachim du BellayChapitre 21 sur 62 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

leur mouvement, nous accommoder à leurs fluctuations, et ne pas nous cramponner à des formes surannées et mortes. » A vrai dire, Bembo n'a que des notions très incomplètes, très rudimentaires même, sur les causes qui transforment incessamment les langues. Il ne voit que les causes externes ; les causes internes lui échappent complètement. Son histoire du latin vulgaire paraîtrait sans doute singulièrement critiquable à un romaniste du xx" siècle. Peu importe : l'essentiel est qu'il a compris la fatalité de ces transformations, et que, avec des réserves sans doute, mais clairement néanmoins, il a déclaré qu'il fallait parler sa langue naturelle. C'est en écrivant le toscan, nous dit-il, que nous imiterons vraiment les Romains qu'on nous propose comme modèles : à leur exemple, en efiiet, nous rejetterons une langue savante qui nous est étrangère.

Il n'a plus dès lors qu'à répondre à la dernière objection de Strozzi, à lui prouver que malgré la multiplicité des dialectes qui sont parlés dans la péninsule et en dépit de leur confusion, il est possible de constituer une langue italienne bien une et susceptible d'être réglée. Ici, l'exemple de la Grèce peut servir d'autorité. En Grèce aussi, il y avait plusieurs dialectes ; on en comptait cinq pour le moins. Cela n'a pas empêché les Grecs de produire une littérature que nous admirons. Deu.x solutions se sont présentées à eux : tantôt, de tous ces dialectes tondus ensemble, ils c)nt tiré une langue comnume; tantôt ils ont choisi un de ces dialectes, le dialecte

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