GRUGET
Hz escrivent et parlent diversement : laquelle diversité et confusion des vouloirs des hommes, est condignement nommée tour de Babel. Les langues donc ne naissent pas d'elles mesmes, comme les arbres ou les herbes, et ce que l'une est plus débile et infirme, et l'autre plus saine et robuste, et plus propre à porter la charge de noz conceptions humaines, ne provient que
vertu est née au monde du vouloir et arbitre des mortelz.
Cela (ce me semble) est une grande rayson pourquo\- on ne doit ainsi louer une langue et blâmer l'autre : veu qu'elles viennent toutes d'une mesme source et origine : c'est la fantasie des hommes : et ont été tormees d'un mesme jugement à une mesme tîn : c'est pour signifier entre nous les conceptions et intelligences de l'esprit.
Il est vra\- que par succession de tens les unes, pour avoir été.
plus curieusement reiglées, sont devenues plus riches que les autres : mais cela ne se doit attribuer à la félicité desdites langues, ains au seul artifice et industrie des hommes. Ainsi donques toutes les choses, que la Nature a crées, tous les ars et sciences, en toutes les quatre
mondo dal voler de mortali.
(F. 13) ro.)
lo ho per fermo, che le lingue d'ogni paese, cosi l'arabica et l'indiana, come la romana et l'atheniese, siano d'un medesmo valore, et da mortali ad un fine con un giudicio lormate : che io non vorrei che voi ne parlaste come di cosa dalla natura prodotta; essendo fatte e regolate dallo artificio délie persone a beneplacito loro ; non piantate,nè semiuate: lequali usiamo si come testimoni del nostro animo ; significaudo tra noi i concetti dell' intelletto.
Onde tuttiî che le cose dalla natura criate, et le scientie di quelle, siano in tutte quattro le parti del mondo una cosa medesnia ; non
du vouloir des hommes, qui en ont t'ait l'une plus vertueuse que l'autre. (F. 162 v.)
Je croy pour certain que les langues de tous pais, aussi bien l'Arabique et l'Indianne, que la Romaine et Greque, sont d'un, mesme effet et valeur, et formées des hommes par un mesme jugement, à une mesme fin : et pource il m'est avis que vous n'en devez parler comme de chose produite par la nature, veu qu'elles sont faites et reiglées par l'artifice des hommes, au bénéfice commun, et non plantées ny semées : et ce que nous nous en servons, c'est comme estans tesmoings de noz afi'ections, et declarans entre nous les conceptions de noz espritz. (F. 162 r".)
parues du monde, sont chacune endroict sov une mesme chose :
mais pour ce que les hommes sont de divers vouloir, ilz en parlent et écrivent diversement.