L. I, ch. III
Ainsi puys-je dire de nostre langue, qui commence encores à fleurir sans fructifier, ou plus tost comme une plante et vergette n'a point encores fleurv, tant se fault qu'elle ait apporté tout le fruict qu'elle pouroit bien produvre. Cela certainement non pour le default de la nature d'elle, aussi apte à engendrer que les autres : mais pour la coulpe de ceux qui l'ont eue en garde, et ne l'ont cultivée à suffisance, ains comme une plante sauvaige, en celuy mesmes désert où elle avoit commencé
dimeno perciô che diversi huomini sono di diverso volere ; perô scrivono, et parlano diversamente. (F. 125 ro.)
lo vi dico questa lingua moderna, tutto che sia attempatetta che no ; esser per6 anchora assai picciola, et sottile verga ; laquale non ha appieno fiorito, non chè frutti produtti, che ella puo fare : certo non per difetto délia natura di lei, essendo cosi atta a generar, corne le altre ; ma per colpa di loro che l'hebbero in guardia, che non la coltivorno a bastanza ; ma a guisa di planta selvaggia, in quel medesimo déserte, ove per se a nascere
Pour ceste cause encor que toutes choses produites par nature, et les sciences d'icelle ne soient par tout le monde qu'une mesme chose, ce néanmoins pource que plusieurs hommes sont de diverses volontez, ilz escriventet parlent diversement. (F. 162 vo.)
Je vous dv donc ceste langue moderne, bien qu'elle soit plus vieille qu'autrement, n'estre encores qu'un petit et délicat sion, lequel n'ayant à grand' peine flory, comment auroit il porté le fruict qu'il doit faire ? Si est ce que ce n'est par le deffault de sa nature, estant aussi apte d'engendrer que les autres, ains en est la coulpe à ceulx qui l'ont eu en leur garde sans le cultiver à suffisance, le laissant comme une plante sauvage envieillir et quasi mourir en ce mesme désert où il commença de luy mesme
à naître, sans jamais l'arrouscr, la tailler, nv defentire des ronces et épines qui luv faisoint unibrc, l'ont laissée envieillir et quasi mourir. Qtie si les anciens Romains eussent été aussi negligens à la culture de leur langue, ^quand premièrement elle commença à pululer, pour certain en si peu de tens elle ne feust devenue si grande. Mais eux, en guise de bons agriculteurs, l'ont premièrement transmuée d'un lieu sauvaige en un domestique : puis affin que plus tost et mieux elle peust fructifier, coupant à l'entour les inutiles rameaux, l'ont pour échange d'iccux restaurée de rameaux trancz et domestiques, magistralement tirez de la langue greque, les quelz soudainement se sont si bien entez et faiz semblables à leur tronc, que
comincio, senza mai né adacquarla, né potarla, né difenderla da i pruni che le fanno ombra, l'hannolasciata invecchiare, et quasi, morire.
Et se que' primi antichi Romani fossero stati si negligenti in coltivare la latina, quando a pullular comincio, per certo in si poco tempo non sarebbe divenuta si grande : ma essi, a guisa di ottimi agricoltori, lei primieramente tramutarono da luogo selvaggio a domcstico ; poi, perche et più tosto, et più belli,et maggior frutti facesse, Icvandole via d'attorno le inutili irasche ; in loro scambio l'innestarono d'alcuni ramusceUi maestrevolmente detratti dalla greca : liqual subitamente in guisa le s'appiccarono, et in guisa si t'erno
à naistre et ne l'ont daigné arroser, nv abreuver, n\- mesmes essarter ces hâves espineuses qui luy hiisoient ombre. Croyez que si les antiques Romains eussent esté aussi negligens à cultiver leur latin, lors qu'il commençoit à pousser ses gcttons, il ne fust pour vrav en si peu de temps devenu si grand : mais eulx comme bons laboureurs l'arrachèrent premièrement d'un lieu sauvage, pour se le t'aire domestique : puis à lin qu'il portast plu.stost ses Iruitz et qu'ilz fussent plus beaux et meilleurs, en esmondant les inutiles branches, il/, y entèrent quelques greffes subtilement prises du grec, qu'ilz s'apliquerent soudainement eu sorte et les rendirent si semblables au tronc que maintenant ilz
désormais n'apparoissent plus adoptifz mais naturelz. De la sont nées en la langue latine ces fleurs et ces truictz colorez de cete grande éloquence, avecques ces nombres et cete h'aison si artificielle, toutes les quelles choses, non tant de sa propre nature que par artifice, toute langue a coutume de produvre.
Douques si les Grecz et Romains, plus diligens à la culture de leurs langues que nous à celle de la nostre, n'ont peu trouver en icelles, sinon avecques grand labeur et industrie, nv grâce nv nombre, nv finablement aucune éloquence, nous devons nous émerveiller si nostre vulgaire n'est si riche comme il pourra bien estre, et de la prendre occasion de le mépriser comme chose vile et de petit prix ?
simili al tronco ; che hoggimai non paiono rami adottivi, ma naturali. Quindi nacquero in lei que' fiori, et que" frutti si coloriti dell' eloquentia, con quel numéro, et con quel ordine istesso, ilquale tanto essaltate ; liquali, non tanto per sua natura, quanto d'altrui artificio aiutata suol produrre ogni lingua... Dunque se Greci et Latini huomini più solleciti alla coltura délia lor lingua, che noi non semo alla nostra ; non trovarono in quelle, senon dopo alcun tempo, et dopo molta tatica, né leggiadria, né numéro ; già non dé parer meraviglia,se noi anchora non n'havemo tanto che basti, nella volgare : né quindi dé prender huomo argumente a sprezzarla, come vil cosa,et dapoco.(F.i lyro.)
ne semblent point adoptifz ains naturelz, de là, bourgeonnèrent, florirent et fructifièrent ces belles couleurs d'éloquence avec ces nombres et ce bel ordre que tant vous exaulcez lesquelles sont ordinairement produittes par toutes langues, non tant par leur naturel que secourues de l'artifice d'aultruv... Si donc les Grecs et Latins plus curieux de la culture de leur langue que nous de la nostre n'ont trouvé en icelle n'v la quantité n'v la grâce sinon avec le temps, et après grandz travaulx, nous devons nous esmen,'eiller si ce qui nous suffiroit en nostre langue nous est encores defiiillant ? Si ne doit on pour tel argument la despriser comme vile et de néant. (F. 152 v»,)