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Bclgi'uiid. Les Anciennes eaux

tité considérable crammoniaqiie, parce qu'ils recevaient les résidus des fosses non étanches. Si l'on plonge la main dans l'eau de certains puits, et qu'on la laisse sécher, on y reconnaît une odeur trop caractéristique I Ces puits contiennent plus d'azote que l'eau del'égoût collecteur.

Aujourd'hui, les fosses perméables sont devenues si rares qu'elles sont certainement sans action sur l'eau des puits. L'infection tient à un état ancien, si grave, que malgré les conseils d'hygiène et de salubrité, nous en subissons encore les conséquences.

Belgrand a des pages éloquentes sur l'ordure du sol de Paris.

(( C'est seulement, dit-il, à partir du règne de Phi lippe Auguste que les principales rues de Paris ont été pavées; avant cette époque, la voie publique était couverte d'une couche épaisse de cette boue pâteuse qu'on retrouve encore dans certaines rues non classées de la zone annexée. Les rues les plus mal tenues du plus misérable village ne peuvent donner une idée de l'état d'infection de certaines impasses des quartiers excentriques de la Maison-Blanche et de Clignancourt. L'état de salubrité des rues pavées n'était guère meilleur autrefois. Le ruisseau était au milieu de la chaussée; les voitures y tenaient nécessairement une de leurs roues; le pavage était donc toujours en mauvais état, et une épaisse couche de boue séjournait dans les trous de ce pavage, pénétrait lentement dans le sous-sol et s'infdlrait à droite et à gauche sous les maisons.

(( Beaucoup de personnes encore vivantes ont connu

Fancien état des rues de Paris. Je suis de ce nombre et j'ai vu cette épaisse couche de boue noire à laquelle nos ancêtres donnèrent le nom de amasse dans le beau langage et de gadoue dans le langage populaire.

(( En construisant les égouts nous retrouvons la boue ancienne, souvent sur une épaisseur de plusieurs mètres; j'ai fait rapporter ces épaisseurs sur une carte de Paris, qui a malheureusement été brûlée en 1871 avec mon cabinet. On distinguait facilement les anciennes voies des voies nouvelles, par la hauteur de cette couche de boue.

(( La boue de Paris a fortement contribué à Tinfection de la nappe d'eau des puits dans les temps anciens, l'habitation des Parisiens reposait alors sur un épais mélange de plâtras et de boue; les matières organiques que contenait ce mélange, réagissaient sur les sels de chaux, et les caves étaient de véritables nitrières exploitées par l'administration de la guerre, qui en lessivait le sol et en tirait une grande quantité d'azotate de chaux qu'elle convertissait en salpêtre (azotate de potasse). L'azotate de chaux, sel très déliquescent, descendait facilement jusqu'à la nappe d'eau des puits.

(( Les eaux ménagères, en se perdant dans les puisards et dans les fossés qui remplaçaient les égouts, produisaient un effet analogue. »

Mais ces horreurs sont encore surpassées par celles qui résultent pour Paris du voisinage des cimetières :

Voici ce que dit Delesse :

i( Les matières organiques qui proviennent des cimetières anciens ou actuels, tendent surtout à cor-

rompre les eaux des nappes souterraines; il est facile de le constater dans les puits de Paris qui sont en contre-bas du Père-Lacliaise. Les eaux sont chargées de matières organiques, exhalant au bout de quelques jours une odeur très marquée, et ma carte hydrologique montre que leur titre hydrotimétrique est très élevé.

(( Sur divers points, on a même rencontré de véritables eaux sulfureuses à l'intérieur de Paris, notamment à l'usine de M. Lapostolet, où elles étaient assez abondantes pour que l'Assistance publique eût songé à les utiliser pour l'hôpital Saint-Louis. Il y en avait une source aussi au pont d'Austerlitz. »

C'était probablement l'ancienne voirie de Montfaucon qui avait élaboré ces eaux sulfureuses! Et on les destinait à rendre la santé aux infirmes! Et il se trouve encore des industriels qui songent à les exploiter. Combien est sûr l'instinct des malades qui les emporte vers les eaux lointaines!

« Au Père-Lachaise, dit encore Belgrand, les morts étaient enterrés dans la nappe d'eau des marnes vertes avant les travaux de drainage que j'y exécutai, il y a environ 15 ans », c'est-à-dire vers 1860.

« Voici ce que j'ai vu de mes yeux k cette époque : la fosse commune se remplissait pendant la nuit d'une eau chargée de matières grasses, facilement reconnaissables aux irisations qui couvraient toute la surface du liquide qu'on épuisait pour faire les inhumations du jour. Le sol était donc encore imprégné de matières organiques, qui s'écoulaient vers Paris avec l'eau des marnes vertes.

« Si, malgré toutes les mesures énergiques prises depuis plus d'un demi-siècle par l'administration municipale, les causes d'insalubrité qui altèrent la nappe d'eau des puits persistent encore, qu'on juge de ce que cela devait être au moyen âge, lorsqu'aucune police n'existait. »

Mais, dira-t-on, les Parisiens avaient l'eau de la Seine qui, tout impure qu'elle soit, est loin d'être aussi répugnante que celle des puits.

Il y avait, en effet, des porteurs qui fournissaient leurs abonnés d'eau de Seine. Mais celte eau était cbaude en été, trouble en hiver. Pendant la Restauration l'eau servie sur la table du Roi était filtrée — grand luxe — avec des filtres en papier. L'eau de Seine semblait donc moins agréable à boire aux Parisiens ^i'gnorants des mystères de leur sous-sol, que celle toujours fraîche et limpide des puits. Il fallait bien admettre que l'eau de puits était impropre à certains usages : à la cuisson des légumes, au savonnage du linge; mais on ne la croyait pas pour cela insalubre. De là les 30 000 puits qui existaient encore à Paris au moment du siège, et dont Belgrand fit nettoyer 20 000, pour qu'on pût y puiser en cas de nécessité urgente.

Quoique mal pourvus d'eau et généralement peu soucieux des soins d'hygiène et de propreté, nos ancêtres avaient le respect de l'eau non contaminée. Ils possédaient, depuis fort longtemps, plusieurs fontaines alimentées par les aqueducs du Pré-Saint-Gervais et de Belleville. C'était, probablement aux religieux de Saint-Lazare qu'on devait le premier. Ils

avaient conduit l'eau d'une source voisine du village du Pré-Saint-Gervais, d'abord au regard de la fontaine du Pré, qui était dans ce village, puis jusqu'à leur prieuré qui occupait l'emplacement actuel de la prison de Saint-Lazare. La conduite était en tuyaux de poterie auxquels plus tard la municipalité de Paris substitua une conduite en plomb.

En 130i, les religieux de Saint-Lazare n'avaient plus sur leurs aqueducs qu'un droit de prise d'eau réglée par un anneau d'argent ou de cuivre, mais conservaient les clefs des loges ou regards dont l'entretien était cependant à !a cbarge de la ville.

Quant à l'aqueduc de Belleville, on ne connaît ni la date précise de sa construction, ni à plus forte raison le nom de son constructeur. La branche principale est une galerie maçonnée et couverte d'une dalle assez élevée pour qu'on puisse la parcourir sans fatigue. Une inscription remontant au règne de Charles VII, et qui existe encore dans le regard n"" 22, dit de la Lanterne, nous apprend qu'en 1457 les prévôts et échevins de Paris reconstruisirent cet ouvrage sur 96 toises de longueur.

Les sources des deux aqueducs sont alimentées par la nappe d'eau des marnes vertes. Le plateau d'où elles jaillissent est compris entre les villages de Pantin et Noisy-le-Sec.

Une multitude de petites sources ruisselaient sans doute autrefois sur la pente des coteaux qui entourent ce plateau. Aujourd'hui elles sont soigneusement captées par les propriétaires du sol ou ont disparu dans les fissures du gypse et les excavations des ex-

ploitations. Les deux aqueducs de la Ville n'en ont jamais pris qu'une bien petite partie.

L'eau du Pré-Saint-Gervais alimentait les fontaines des Halles et des Innocents. Elle a coulé dans la fontaine du Chaudron à l'angle des rues de Lafayette et du Faubourg-Saint-Martin, jusqu'en 1861. En 1868, la conduite a été coupée au fossé des fortifications et l'eau y a été déversée. En 1869, elle a été prolongée jusqu'à l'égout du boulevard Serrurier, où l'eau tombe aujourd'hui.

L'eau de Belleville alimentait autrefois les fontaines publiques situées à l'est de la rue Saint-Denis. La plus ancienne (on la mentionnait déjà comme telle en 1320) est la fontaine Maubuée, qu'on voit encore à quelques mètres du carrefour des rues Saint-Martin et Maubuée. La fontaine Saint-Avoie, qui existe toujours, près du carrefour des rues Saint-Avoie et du Temple, date aussi de longtemps. L'une et l'autre sont à présent alimentées en eau de l'Ourcq.

Le nom de Maubuée (mauvaise lessive) qualifie les eaux de ces aqueducs : elles étaient dures comme de Teau de puits. Leur inestimable avantage était leur propreté. Aussi étaient-elles fort recherchées. Le Pré- Saint-Gervais alimentait le Louvre et les grands hôtels situés à l'occident de la rue Saint-Martin. Charles V recevait à l'hôtel Saint-Paul, les eaux de la fontaine de Savies, une annexe de l'aqueduc de Belleville. La ville se montrait fort jalouse de ses eaux. François P% ce roi absolu, ayant voulu faire obtenir une concession d'eau à l'évcque de Castres, dut traiter dans toutes les formes avec le prévôt des marcliands et les échevins

qui lui firent attendre leur réponse trois mois; et qui, au lieu de lui accorder la prise d'eau a de la grosseur d'un poix » qu'il demandait, la réduisirent à « la grosseur d'un grain de vesce ».

On a évalue la moyenne du débit des deux aqueducs à 293 mètres cubes par 24 heures. En 1669, les concessions particulières des deux eaux ne dépensaient pas plus que 5 bornes-fontaines d'aujourd'hui coulant 3 heures par jour.

Mais la rive gauche enviant à la rive droite ses précieux aqueducs, Sully, grand entrepreneur d'améliorations, songea au rétablissement d'un aqueduc abandonné depuis huit cents ans. Cet aqueduc c'était celui d'xircueil, construit par les Romains, pour amener l'eau dans le palais des Thermes, près Lutèce.

Ces grands distributeurs d'eau ne pouvaient, en effet, avoir oublié Paris. L'eau des puits qui n'était pas alors infectée, subvenait aux besoins du ménage, ^ mais non aux bains. Dès le milieu du troisième siècle, ils édifièrent donc l'aqueduc de Chaillot qui conduisait l'eau des sources d'Auteuil dans un grand établissement thermal, occupant peut-être alors l'emplacement du Palais-Royal, déjà déblayé à cette époque ancienne. Puis ils firent, pour le palais de l'Empereur, l'aqueduc d'Arcueil.

Les sources qu'ils captèrent appartiennent au niveau d'eau des marnes vertes de Montmartre. Ces terrains argileux couvrent tout le plateau compris entre les vallées de la Seine, de l'Orge, de l'Yvette et de la Rièvre et affleurent sur les pentes à une assez grande hauteur au-dessus du thalweg des quatre vallées. Les

i.ES SOURCES

marnes vertes sont recouvertes par des amas de meulières et forment ainsi un niveau d'eau donnant naissance, sur tout le développement des coteaux, à une multitude de petites sources qui alimentent les villages disséminés au bord du plateau, tels que Vitry, Tbiais, Cboisy-le-Roi, Orly, Atbis, Ablon, Morangis, Cbilly, Longjumeau, Palaiseau, Wissous, Rungis, Fresnes, etc.

Les sources cboisics par les Romains sur le long périmètre de ce plateau sont : les sources de Rungis, et les sources du coteau connu sous le nom de Long Boyau, qui s'étend de Tllay à Arcueil; et enfin les sources jaillissant entre Morangis et Cbilly, dans une localité dite la Punition,

C'était un grand drainage du plateau, entre Morangis, Cbilly et Wissous. « Je ne connais, dit Belgrand, aucun travail de ce genre qui puisse lui être comparé, surtout si l'on tient compte des difficultés qui résultaient alors de l'imperfection des engins de nivellement, et de l'absence, dans ces temps anciens, de toute connaissance sur les dispositions géologiques des terrains et celles des nappes d'eau souterraines. L'ingénieur romain a profité, pour faire passer les pierrées et pour dériver les sources du groupe de Cbilly, de la seule dépression de terrain qui existe sur le plateau, entre la butte de Massy dont le sommet est à l'altitude 101 mètres et la ligne du tracé de l'aqueduc de la Yanne dont le sol, vis-à-vis Morangis et Wissous se trouve aux altitudes 84"', 00 et 84"', 80. Lorsqu'on parcourt le plateau sans niveau, cette dépression n'est pas appréciable : entre le pied

de la butte de Massy et J'aqiieduc de la Vanne, le terrain paraît absolument plat. Si Ton ajoute à cela que la contrée était alors couverte d'épaisses forets, on aura une idée assez nette de la difficulté que présentait le tracé de cette partie de l'aqueduc dans ces temps anciens. »

L'aqueduc d'Arcueil a de tout temps préoccupé les archéologues. Voici la description qu'en donne Geoffroy, de l'Académie des sciences, échevin en \ 732.

c( La direction de ce canal le fait passer par-dessus le mur d'un jardin voisin pour le conduire aux arcades de l'ancien aqueduc d'Arcueil, dont il reste encore des vestiges considérables; on les voit dans la cour d'une maison à laquelle ils servent de clôture; ils peuvent avoir environ 50 pieds de haut, et l'édifice, qui est auprès de l'aqueJuc moderne, est conslruit et lié des mêmes matériaux que le palais des Thermes, dont je vais parler. Le canal qui conduisait les eaux par-dessus cet ancien aqueduc, existe encore en certains endroits; il est à découvert et il parait qu'il était appliqué sur un lit de carreaux de terre cuite, de même modèle que ceux de la masse du mur, au milieu duquel on voit encore une arcade cintrée de trois cinlrcs. La largeur de cette arcade fait soupçonner qu'il y en avait une autre au-dessous, comme au pont du Gard; car au-dessous du mur où elle est, il y a une retraite qui fait connaître que celui d'en bas était plus épais : mais dans l'endroit où l'on pourrait voir cette arcade inférieure, on a appliqué un bâtiment moderne qui la cache. Les anciens propriétaires de la maison dont je viens de parler, au-

raient bien voulu détruire ces restes antiques; mais ne pouvant le faire de main d'ouvriers, ils demandèrent la permission de les faire sauter en les minant ; les ingénieurs qu'on y envoya ayant reconnu que l'effort de la mine pouvait ébranler l'aqueduc moderne, qui n'en est qu'à environ trois ou quatre toises, le roi refusa la permission que demandaient ces propriétaires. Cette maison, au reste, est connue sous le nom de Fief des Arcs, qui avec celui d'Anjou, qui en est proche, a appartenu à la maison d'Anjou. René, roi de Sicile, comte de Provence, et duc de Bar et de Lorraine, les donna en 1439 à son frère Charles d'Anjou; depuis, ces fiefs ont passé à divers particuliers. Ces dénominations d'Arc et d'Arcueil, données au fief et au village, ne peuvent venir que des arcades de l'aqueduc des Romains. »

L'aqueduc débitait en moyenne 2600 mètres cubes en vingt-quatre heures. Cette eau était distribuée, en partie, au moins, dans le palais des Thermes. Ce qui nous reste de cet édifice est précisément l'endroit où se prenaient les bains. Il y a là une salle qui a 21"", 24 de longueur, H"\64 de largeur; et une hauteur sous voûte de 14"\52. On voit dans cette salle un enfoncement de 9"", 80 de long et de 4"', 90 de large qui était une piscine où l'on prenait le bain froid ou tempéré. L'eau y était conduite, soit par l'aqueduc lui-même, soit par une dérivation. 11 y avait un puisard qui servait de décharge à l'aqueduc lorsqu'il n'alimentait pas la piscine, et qui était en communication avec la phis grande salle par un trou garni d'un tuyau de décharge en poterie, toute la

surface de cette salle pouvait donc être couverte d'eau.

Une autre salle, moins bien conservée, car la toiture en est effrondrée, servait au chauffage des chaudières, qu'un aqueduc fournissait d'eau. On voit encore les traces du feu sur les murs. Un certain nombre de baignoires étaient disposées dans les niches des murs, et les esclaves n'avaient que quelques pas à faire pour y porter les amphores d'eau chaude.

Une petite pièce sépare les deux grandes salles : c'était là peut-être qu'on se déshabillait.

La dernière salle, contiguë à la seconde, paraît avoir été l'une des pièces d'habitation du palais.

Le palais des Thermes occupait une grande surface ; on ne connaît pas sa limite du côté du midi ; mais on sait qu'il s'étendait jusqu'à la rivière. « On trouve, dans le Petit-Châtelet, écrivait M. de Caylus en 1756, des attachements de murs antiques auxquels on est conduit, depuis la salle qui subsiste, par des piliers de fondation et des voûtes; on les découvre plus ou moins éloignés les uns des autres et, selon cette direction, dans les caves des maisons qui occupent cet ancien terrain. »

Le service de ces grands bâtiments et des jardins exigeait évidemment beaucoup d'eau. Les Tuileries, avant 1871, dépensaient environ 1750 mètres cubes d'eau; les Romains, qui gaspillaient beaucoup, devaient employer aux Thermes, la plus grande partie de l'eau de l'aqueduc.

Cependant, comme une importante colonie s'était établie sur la rive gauche, autour du palais de l'empereur, ainsi qu'en témoignent les arènes de Lutèce et

le camp permanent qui occupait remplacement du Luxembourg, il est bien probable que l'aquecluc d'Arcueil alimentait des fontaines et des pièces d'eau à Tusage de cette population.

La mort d'Henri IV empêcha Sully de poursuivre ses desseins et fit arrêter les fouilles et les tranchées entreprises pour la reconstruction de Taqueduc d'Arcueil. Marie de Médicis, dans son intérêt particulier, revint à cette idée. « Cette princesse, dit Bonamy, passionnée pour la belle architecture, avait résolu de bâtir un magnifique palais et, pour cet effet, elle avait acheté l'hôtel du Luxembourg, une ferme appartenant à l'Hôtel-Dieu et plusieurs autres maisons de divers particuliers avec murs clos et jardins; c'est ce qui compose aujourd'hui le palais du Luxembourg, dont les fondements ne furent jetés qu'en 1615, sous la conduite de Jacques de Brosse.... Comme catte maison, éloignée de la rivière, avait absolument besoin d'eau, on pensa à continuer les recherches de M. de Sully. »

L'eau d'Arcueil commença à couler à Paris le 19 mai 1623; mais la captation des sources avait été incomplète. Les sources les plus importantes, celles que les Romains dérivaient de la partie sud du plateau, n'ont été découvertes, par le maréchal d'Effiat, qu'en 1651. Cette découverte donna lieu à de nouveaux travaux, et l'aqueduc put en 1656 conduire au château 84 pouces d'eau au lieu de 50.

Il y avait fort à critiquer dans les dimensions et les détails de construction du nouvel aqueduc. « Pour débiter 1600 mètres cubes d'eau (84 pouces) par

î24 heures (et à l'origine on n'avait compté que sur 50 pouces ou 575 mètres) on n'avait pas besoin, dit Belgrand d'un canal de {'",80 de hauteur sous clef et de 1 mètre de largeiu' : la petite rigole romaine de 0"\60 de hauteur et de 0"\o5 de largeur, recouverte d'un simple dallage, était amplement suffisante ; en outre, on eût pu remplacer le somptueux pontaqueduc que nous voyons aujourd'hui à Arcueil par de simples arcades en petits matériaux, dont on avait un exemple sous les yeux dans les ruines de l'aqueduc romain. On aurait ainsi économisé les cinq sixièmes de la dépense.

« Mais cela n'entrait pas dans l'esprit de nos pères. Bonamy lui-même considère l'aqueduc d'Arcueil comme l'un des plus beaux monuments du règne de Louis XIII. J'ai publié in extenso, comme caractéristique des idées du temps, le récit de la visite de Louis XIII et de la reine mère aux sources de Rungis. Qu'aurait-on montré au roi, si les aqueducs du Grand- Carré avaient été de simples pierrées, et si le regard de prise d'eau n'avait été qu'un puisard en moellons comme ceux des aqueducs modernes? »

Nos pères, qui, pour leurs aqueducs avaient voulu surpasser les Romains, en suivaient ailleurs les traditions. C'est ainsi que tous leurs aqueducs se terminent par un château d'eau, fontaine à triple récipient, destinée à mesurer la distribution de l'eau. L'eau, pendant la nuit, ne s'emmagasinait pas dans un réservoir. Chez les Romains, le débit des aqueducs était si considérable que l'eau pouvait couler continuellement sans nuire au service. Il n'en était pas

ainsi au Pré-Sairit-Gervais, à Belleville et à Arcueil. C'est seulement vers la fin du dix-huitième siècle que les frères Périer importèrent en France la distribution avec réservoir qui est aujourd'hui adoptée partout.

Enfin à partir de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, Paris n'a p^us eu rien à envier à l'ancienne Rome.

En 1854, l'eau consommée par Paris était de 25 350 975 mètres cubes par an.

Vingt ans après, la consommation de cette ville était de 890 053 559 mètres cubes.

C'est qu'on avait exécuté des travaux qui avaient permis de laisser au service public les eaux de la Seine et de l'Ourcq et d'affecter au service privé des eaux très pures, prises au loin, à une altitude assez forte.

Les meilleures eaux potables du bassin de la Seine jaillissent dans la craie blanche de la Champagne. Les plus abondantes sont celles de la Yanne. Dérivées à Paris par le simple effet de la pesanteur, elles atteignent facilement les derniers étages des maisons construites sur des terrains dont l'altitude ne dépasse pas 50 mètres. Pour cela, il suffit que le trop-plein du réservoir soit à l'altitude de 80 mètres. La distribution de ces eaux s'étend sur la plus grande partie des quartiers de la rive gauche. Sur la rive droite, elle atteint toutes les parties de la ville dont le service public est alimenté par l'eau du canal de l'Ourcq, c'est-à-dire celles qui sont situées entre la Seine et une ligne tracée à mi-coteau, à peu près à l'altitude

de 50 mètres. Cette première partie de la distribution porte le nom de service bas.

Mais, sous la simple action de la pesanteur les eaux de la craie blanche de Champagne ne peuvent être distribuées au-dessus de cette altitude de 50 mètres ; et par conséquent elles n'atteignent pas les dixhuitième, dix-neuvième et vingtième arrondissements, c'est-à-dire environ les deux septièmes de la ville. On dut donc recourir à d'autres sources, situées en deçà des limites de la craie blanche, dans les terrains de la Brie, soit au delà de ces limites, dans les terrains oolithiques de la Côte-d'Or.

Il fallait aussi s'assurer s'il existait, pour Taqueduc à construire, un chemin qui ne s'élevât pas au-dessus d'une ligne en pente uniforme tracée entre les sources et Paris; que ce chemin fût sur d'assez grande longueur pour que les souterrains n'entraînassent pas à des dépenses inadmissibles; enfin qu'il ne s'abaissât pas au-dessous de la même ligne sur de telles étendues que la différence du niveau existant entre les sources et Paris fût absorbée par de trop longs siphons.

« En 1855 et en 1865, je reconnus, dit Belgrand, par une étude générale et très attentive du terrain que l'aqueduc de dérivation des sources de la Champagne pouvait suivre deux chemins pour atteindre à Paris l'altitude de 80 mètres. Le premier longeait les coteaux de la rive gauche de l'Yonne, puis traversait les plateaux du pays d'Hurepoix, entre la forêt de Fontainebleau et Paris; le second suivait les coteaux de la Marne ou de ses affluents, le grand et le petit Morin.

par ce derniei' clieiiiin. Les sources de la Cliaiiipagne Les sources hautes ne ])ouvaient être dérivées que comprises entre l'Yonne et l'Aube, celles de la Vanne, notamment, ne pouvaient être dérivées que par le premier chemin et devaient déboucher h Paris, dans un réservoir construit sur le plateau de xMontrouge. Les sources du reste de la Champagne et les sources hautes de la Brie ne pouvant suivre d'autre route que les coteaux de la vallée de la Marne ou du grand et du petit Morin, arrivaient nécessairement à Paris dans un réservoir construit à l'extrémité de ce long coteau gypsifère qui s'étend de Lagny à Belleville ou à Ménilmontant. L'arrivée des deux aqueducs à construire se trouva ainsi fixée : sur la rive gauche, près de Montrouge et à l'altitude de 80 mètres pour la Vanne ; sur la rive droite entre Bagnolet et Ménilmontant, pour l'autre aqueduc. On reconnut, de plus, que, pour ce dernier, l'altitude d'arrivée ne pouvait dépasser 108 mètres, ce qui ne permettrait de distribuer l'eau aux derniers étages des maisons que dans les parties de la ville dont le sol ne s'élevait pas au-dessus de 80 mètres. Les sommets de la butte Montmartre et des plateaux de Belleville et de Ménilmontant dépassant de beaucoup ce niveau, on se décida à élever, par des machines de relais, la petite distribution d'eau qu'exigeait la situation de ces hauts plateaux, à l'altitude de 154 mètres, dans deux réservoirs construits, l'un dans le cimetière du Télégraphe de Belleville, l'autre, près de l'église de Montmartre, dans la rue Saint-Éleuthère. »

L'aqueduc qui amène les eaux à 108 mètres, dans

le réservoir de Ménilmontant, tire son nom de la plus belle des sources qui l'alimentent, la Dhuis, située sur le territoire de Pargny, canton de Condé (Aisne), dans un lieu dit le Moulin de la Source, et qui jaillissait, avant les travaux de captation, par trois oritices dont le plus bas était à l'altitude de 128 mètres. Une analyse faite par M. Hervé Mangon, membre de l'Institut, prouve que cette excellente eau ne tient pour ainsi dire en dissolution que du carbonate de chaux en petite quantité; les sulfates, les chlorures, et les sels alcalins ne s'y trouvent qu'en proportion insignifiante. Elle jaillit des terrains tertiaires lacustres, situés au dessus des marnes vertes de Montmartre, qui s'étendent sous toute la surface de la Brie; elle fait partie du bassin du Surmelin, qui lui-même tombe dans la Marne un peu en amont de la station de Mézy du chemin de l'Est. Le débit des sources de la Dhuis est de 26 000 mètres cubes par vingt-quatre heures. Celui de l'aqueduc devant être de 30 000 mètres cubes environ, on trouva le reste du volume, 16 000 mètres cubes, dans le débit de plusieurs sources du bassin du Surmelin.

L'aqueduc de la Dhuis a une longueur d'environ 131 kilomètres. Il a coûté 18 millions de francs; il distribue annuellement 7 187 046 mètres cubes; le prix de revient du mètre cube ressort donc à 0 fr. 13.

La Vanne prend sa source dans le département de l'Aube, à Fontvannes, prèsd'Estissac, à 14 kilomètres de Troyes, au fond d'une vallée crayeuse située entre cette dernière ville et Sens.

La surface du bassin de la Vanne est de 965 kilo-

mètres carrés, dont 665 sont occupés par la craie blanche, et 300 par le limon rouge des plateaux, mêlé de caillous.

Les eaux pluviales ruissellent bien rarement à la surface de ce bassin, et n'arrivent presque jamais jusqu'au thalweg des vallées. La pluie qui tombe sur les terrains crayeux disparaît sur place; l'eau reçue sur les plateaux est drainée par le sous-sol crayeux ou absorbée par le même terrain, lorsqu'elle quitte les plateaux pour ruisseler sur les pentes.

Cette grande perméabilité du sol est favorable à l'alimentation des sources; aussi, quoique le bassin de la Yanne soit une des parties les moins pluvieuses de celui de la Seine, qu'il n'y tombe en moyenne que 601 millimètres de pluie par an, tandis qu'il tombe 2158 millimètres dans le haut Morvan, et 1110 millimètres dans le bas Morvan, cette petite région est une des plus riches en sources, parce qu'elle ne perd pas d'eau par des écoulements superficiels.

Les eaux pluviales descendent bien au-dessous du thalweg de la vallée, dans les fissures de craie, soit jusqu'aux argiles sableuses imperméables du terrain crétacé inférieur, soit jusqu'à une masse de craie blanche compacte dépourvue de fissures ou dont les fissures sont trop étroites pour contenir une grande quantité d'eau.

La surface du sol étant découpée par de nombreuses vallées, la nappe d'eau produite par l'absorption des eaux pluviales ne peut remonter jusqu'à la ligne des plateaux; mais son trop-plein se dirige à travers la masse de la craie, et avec une très forte pente, vers la

vallcc la plus profonde, qui forme appel absolument comme un tuyau de drainage; les fissures du terrain perméable au fond de cette vallée sont de véritables cheminées de puits artésiens qui le submergent d'une manière permanente et le convertissent en marais tourbeux.

La nappe d'eau souterraine se relève donc dans le sol perméable, de chaque côté du fond de la vallée principale. Si dans ce relèvement elle atteint le niveau du fond d'une vallée moins profonde, elle y produit une sorte de source qui, en Champagne, porte le nom de Bnne (abîme).

La ville de Paris possède onze sources, réparties en sources hautes et en sources basses; les premières sont dérivées aux réservoirs de Montrougepar la simple action de la gravité; les autres sont relevées au niveau du plan d'eau de l'aqueduc par trois usines dont les pompes sont mises en mouvement par l'eau surabondante de la Vanne.

Les eaux des sources de la Vanne ne contiennent, pour ainsi dire, que du carbonate de chaux, dans la proportion de 17 à 20 centigrammes par litre : excellente proportion, puisque, selon Dumas une dose de 15 à 20 centigrammes de carbonate de chaux est indispensable pour que l'eau soit parfaitement salubre.

Aussi les eaux du granit, du grès des Vosges et des sables de Fontainebleau, qui sont chimiquement plus pures, sont-elles beaucoup moins agréables à boire que celles des sources de la Vanne.

Fraîches aux sources, les eaux arrivent fraîches à Paris : leur température n'est jamais supérieure à

quatorze degrés, ni, par les plus grands froids, inférieure à huit degrés. Quant à leur limpidité, elle est admirable : quelle que soit la profondeur des bassins on en voit toujours le fond et l'on y distingue les moindres objets.

L'aqueduc de la Vanne est un des plus beaux qui aient jamais été faits. Il a une longueur de 173 kilomètres. L'aqueduc collecteur part des sources d'Armentières et suit la rive gauche de la Vanne jusqu'à un point situé un peu en amont du village de Chi.iry, où il traverse en si m le marais de la Vanne. Les souterrains et tranchées sont ouverts dans la craie ou dans les terrains de ransport : limon, arène et cailloux provenant souvent de la craie.

L'aqueduc principal fait suite à l'aqueduc collecteur. Il passe sans discontinuité des coteaux de la rive droite de la Vanne à ceux de la rive droite de la vallée de l'Yonne, jusqu'au grand siphon de cette dernière vallée dont la longueur développée est de 3757 mètres ; sa flèche est de 40 mètres. Il est soutenu au-dessus des eaux des crues de l'Yonne par un pont-aqueduc de 1493 mètres de longueur, composé de 162 arches.

Les travaux, commencés en 1867, furent terminés en 1876; ils entraînèrent une dépense de trente-neuf millions. 36 500 000 mètres cubes étant amenés annuellement à Paris, le prix du mètre cube d'eau de la Vanne est, par conséquent, de 0 fr. 0608.

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