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M. Charles Martin?. Tableau physique du Sahara oriental

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reprcseiîlc un occaii de sable s'étendaiit à j)erte de ue, façonné d'un côté par le souffle furieux des ouragans, en hautes collines semblables à des vagues; de l'autre, en revanche, représentant assez bien le niveau d'un lac paisible à peine ride par la brise du couchant. Dans l'air, pas un oiseau; sur la terre, pas un animal vivant, pas même un ver, pas même un grillon. Nuls vestiges autres que ceux dont la mort a semé ces vastes espaces; des monceaux d'os blanchis que chaque passant recueille et réunit pour servir de jalons à la marche des voyageurs qui lui succéderont. »

Mais ces horreurs ne sont rien, en temps calme, auprès de celles que déchaîne la tempête.

«... Nos pauvres chameaux, plus expérimentés que nous, avaient déjà reconnu l'approche du tebhad: après une clameur désespérée, ils tombèrent à genoux, allongeant leurs cous sur le sol et s'efforçant de cacher leurs tètes dans le sable. Derrière eux, comme à l'abri d'un retranchement, nous venions de nous agenouiller, quand le vent passa sur nous avec un frémissement sourd et nous enveloppa d'une croûte de sable épaisse d'environ deux doigts. Les premiers grains dont je sentis le contact produisirent sur moi l'effet d'une véritable pluie de feu. Si nous avions subi le choc du tebbad à quelque six milles de là, dans la profondeur du désert, nous y restions tous, infailliblement. »

Cette caravane de pauvres hadjis est en proie à toutes les horreurs de la soif. Déjà l'un des pèlerins est mort. Vambéry lui-même se sent à l'agonie : « Je

n'étais plus en état de quitter ma haute monture. En vain je chercherais ici à donner l'idée du martyre causé par la soif. La mort, je le crois fermement, n'est pas accompagnée de souffrances pareilles. Jamais en face d'autres périls la lutte ne m'a semblé au-dessus de mon courage; la soif me brisait, m'anéantissait; le mal de tête me stupéfiait; mes entrailles brûlaient d'un feu dévorant \ »

Dans le Gobi, a le vent, qui, après avoir balayé la surface des glaces de l'océan Polaire, traverse encore les régions sibériennes sur un espace de plus de 3000 kilomètres, et se heurte contre les pentes du Sayan, ne peut apporter aucune humidité sur les plateaux mongols : c'est un vent glacial et desséchant qui menacerait de fendre la peau des voyageurs s'ils n'avaient soin de porter des masques de feutre pour se garantir le visage. En été le vent change, le courant aérien est renversé : la mousson du sud-est l'emporte; mais presque tous les nuages pluvieux qu'elle a pris dans l'océan Pacifique viennent se décharger sur les pentes des montagnes et des terrasses parallèles qui séparent la Chine proprement dite des plateaux déserts. Cependant des averses s'abattent parfois en été sur le Gobi oriental et dans les régions argileuses du plateau ; elles forment çà et là des mares et des lacs temporaires qui s'évaporent bientôt en ne laissant à leur place qu'une poussière saline. Ailleurs, le sol est raviné par des torrents d'un jour, et c'est dans ces fondrières que les mongols creusent des puits, espérant

1 , Vambérv Voyage ci un faux derviche.

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LES SOIIIUIES

y lioHver un peu d'eau de suiiiieiuciit, lorsque sur le plateau le sol a perdu toute trace d'humidité. Mais aucune rivière permanente n\a pu se former au sud de la Tola et du Kenden jusqu'au Hoang-ho, entre le Khingan et le Kanson Mongol, sur un espace que Ton peut évaluer à plus de 1 200 000 kilomètres carrés, plus de deux fois la superficie de la France. La rapidité d'évaporation sur les plateaux du Gobi s'explique par la violence des vents d'hiver et par la haute température de Tété : par ses froidures, le Gobi appartient h la Sibérie; par ses chaleurs, il ressemble aux hides, et ces écarts de température se succèdent parfois dans l'espace de quelques heures; un intervalle d'une demijournée suffit pour que le thermomètre monte ou descende de 40 degrés centigrades \ »

Le Nouveau Monde a aussi ses déserts. Les Canons du Colorado en forment un des plus étranges. Là, le sol entaillé à pic par des gorges profondes, ne présente qu'une végétation impuissante de pins rabougris, de broussailles maigres et épineuses. Depuis les Crôss Timbers du Texas jusqu'aux Montagnes Rocheuses, c'est-à-dire sur un parcours de plus de 1500 kilomètres, on ne rencontre pas une forêt. Les animaux fuient cette région désolée où passent seuls, de temps à autre, quelques Indiens nomades les plus sauvages et les plus barbares de tous ceux de l'Amérique.

Cependant des explorateurs attentifs, non contents du panorama singulier que leur offraient tant d'abîmes, voulurent étudier dans ses détours, ses anfrac-

1 M. Elisée Reclus, Asie orientale.

LA TEIUIK SANS LKS SOURCES il

tuosités, ses paliers les plus escarpés, riminense labyrinthe des Canons. Ce ne fut pas sans surprise que de ce chaos de pierres, ils virent surgir, de tous cotés, des ruines grandioses témoins du séjour d'hommes d'une civilisation avancée. « Qu'on se figure, écrit Tun d'eux, une rivière desséchée, encaissée entre des rochers en grès rouge, escarpés, sans nul accès et un homme debout dans cette vallée, contemplant à tous les étages les habitations de son semblable, tel est le spectacle qui s'offre à nous à chaque pas — » « Les preuves sont évidentes, ajoute un autreS qu'une population considérable a vécu dans ces déserts. Il est à peine un mille, parmi les six milles qu'il a été mon lot d'explorer, qui ne fournisse la preuve certaine qu'il a été habité durant des temps assez longs par des hommes absolument distincts et assurément supérieurs aux sauvages nomades, qui seuls le parcourent aujourd'hui. » Et le major Powel qui, récemment, explorait en géologue le Nouveau-Mexique était saisi d'étonnement en ne voyant pendant des journées entières que des falaises à pic, percées de toutes parts par des habitations humaines qu'il comparait aux alvéoles d'une ruche. Les Espagnols, au moment de leur conquête, avaient remarqué ces constructions et avaient donné le nom de pueblos aux groupes qu'elles formaient. Certains pueblos étaient, selon Cabeza de Vaca, plus grands que la ville de Mexico. Les maisons, souvent à plusieurs étages en retrait ies uns sur les

1. Colonel Holmcr. lleport on the ancienl Ruins oj S. W. Colorado examined dwing the smmner o/'1875 and 1876.

autres, étaient construites en pierres. On communiquait d'un étage à l'autre au moyen d'échelles; quand l'échelle était retirée les habitants se trouvaient dans une forteresse. Il y avait des pueblos, comme celui de Taos, qui étaient situés, dans la vallée et entourés d'un mur complétant la défense ; d'autres, le pueblo d'Acousa, par exemple, s'élevaient sur des plateaux, parfois à plusieurs centaines de pieds au-dessus de la vallée, et l'on ne pouvait y arriver que par des sentiers presque impraticables.

Ces habitations si bien comprises attestaient l'existence d'une race forte.

Pourquoi donc avait-elle déserté des foyers si laborieiîsement édifiés? Et ])ourquoi d'autres hommes n'étaient-ils pas venus à sa place faire acte de propriétaires?

C'est que les conditions naturelles avaient absolument changé dans la région. Elles devenaient ce que nous les voyons aujourd'hui. L'eau, autrefois abondante, disparaissait. Les pins chétifs, végétant avec peine, remplaçaient les cèdres qui offraient leurs grands ombrages aux Cliff-Dwellers [Habitants des falaises). Les constructeurs imprévoyants gaspillaient les forêts bienfaisantes, régulatrices du régime des eaux, arrachaient les arbres pour en faire, entre autres choses, les poutres qu'on retrouve dans les cliffhouses. Les courtes et abondantes pluies du printemps se précipitaient en torrents impétueux, inondaient et entraînaient les terres fertiles, dénudant le sous-sol rocheux. Sans doute aussi des changements géologiques étaient survenus peu à peu. Le sol, trop

poreux, buvait l'eau rapidement. Les fleuves, les ruissaux tarissaient, ne laissant dans les vallées que les traces maintenant anciennes des cours d'eau disparus.

La terre devenait improductive et l'homme misérable. Ceux de cette race antique qui conservaient quelque énergie émigrèrent, et sans doute allèrent se perdre parmi des peuplades qui ne les valaient pas; les autres familles moururent d'épuisement.

L'eau bue par la roche, la pluie devenue rare, telle est pourtant la destinée, lointaine, fort heureusement, de la terre. La science l'annonce, ayant pour elle le témoignagne de la Lune aride, crevassée, fracturée, et la poésie, acceptant le verdict, dépeint dans toute son amertume l'horreur des derniers mouvements de l'humanité, qui, prisonnière sur la terre ruinée, n'aura pas à tenter comme les Cliff-Dvvellers une fuite dans une autre patrie.

Oh ! quel jour! Je le vois en rêve. Il est venu.

De ceUe immensité radieuse et mobile

Il ne reste plus rien qu'un lac au fïot menu.

Quelques agonisants sont là, buvant des yeux, Humant à pleins poumons le peu d'eau qui demeure Et qui va dans l'instant s'exhaler vers les cicux.

Connaissant qu'eux aussi mourront à la même heure

Où la brume suprême aura quitté le sol,

Ils tremblent, sans pouvoir empêcher qu'elle meure*.

C'est l'eau qui fait la fortune des nations, il est presque banal de le redii c. Là où il y a peu d'eau, les

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