‹ Les sourcesChapitre 49 sur 109 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Quelques sources donnent des eaux remarquablement pures : le chimiste le plus précis n'y trouve que quelques milligrammes de matière saline par litre, et le pharmacien, comme le photographe, peuvent sans dommage les substituer à Feau distillée. Un griffon des environs de Gérardmer est dans ce cas et l'on pourrait en citer bien d'autres.

Grand motif d'étonnement pour qui réfléchit, que cette pureté possible des eaux naturelles et même que la faible minéralisation de la plupart des suintements de la surface ! Il semblerait que tout ce qui est soluble dans le monde devrait sans cesse charger les eaux et même s'y accumuler.

Bernard Palissy, que nous avons déjà cité, a abordé ce sujet, et nous ne pouvons résister au plaisir de lui emprunter cette page :

(( PiîACTiQUE. — Il faut que tu croyes fermement que toutes les eaux qui sont, seront et ont esté, sont créées dès le commencement du monde : et Dieu ne voulant rien laisser en oysiveté, leur commande aller et venir et produire. Ce qu'elles font sans cesse, comme i'ay

dit que la mer ne cesse d'aller et venir. Pareillement les eaux des pluyes qui tombent en hyver remontent en été pour retomber encore en hyver; et les eaux et la reuerbération du soleil et la siccité des vents frappant contre la terre fait esleuer grande quantité d'eau, laquelle estant rassemblée en l'air et formée en nuées, sont portées d'un costé et d'autre comme hérauts enuoyez de Dieu. Et les vents poussant lesdites vapeurs, les eaux retombent par toutes les parties de la terre, et quand il plaist à Dieu que ces nuées (qui ne sont autre chose qu'un amas d'eau) se viennent à dissoudre, lesdites vapeurs sont converties en pluyes qui tombent sur la terre.

(( Théorique. — Véritablement ie connais à ce coup que tu es vn grand menteur : et si ainsi estoit que les eaux de la mer fussent eslevées en l'air et tombassent après sur la lerre, ce serait des eaux salées; te voilà donc pris par tes paroles mesmes.

«Pragtique. — C'est fort mal théoriqué à toy : me cuides-tu surprendre par ce point? tu es bien loing de ton compte. Si tu auois considéré la manière comment se fait le sel commun, tu n'eusses mis vn tel argument en auant, et s'il estoit ainsi que tu dis, l'on ne pourroit iamais faire de sel, mais il te faut entendre que quand les sauniers ont mis l'eau de la mer dedans leurs parquetages pour la faire congeler à la chaleur du soleil et du vent, elle ne se congeleroit iamais n'estoit la chaleur et le vent qui esleuent en haut l'eau douce qui est entremeslée parmy la salée. Et quand l'eau douce est exalée, la salée se vient à craimer et congeler : voilà comment ie prouve que les nuées

eslevées de l'eau de la mer ne sont point salées. Car si le soleil et le vent exaloyent l'eau salée de la mer, ils pourroyent aussi exaler celle de quoy l'on fait le sel, et par ce moyen il seroit impossible de faire du sel, Voilà tes argumens Yaincuz. »

La faible minéralisation des eaux n'est du reste paâ exclusive de sources froides, et beaucoup d'eaux même très thermales, sont bien connues des malades sans que rien dans leur composition puisse expliquer leur efficacité. Nous en citerons quelques-unes :

A Plombières (Vosges), les sources émergent du granit porphyroïde, sur une longueur d'environ 200 mètres : les tempérées, au-dessus des plus chaudes. Elles sont en rapport avec les filons de quartz, de spath fluor et de barytine coupant le granit. Des sources dites savonneuses jaillissent des parois de ces filons\

Au cours des travaux de captage exécutés par M. Jutier, on retrouva les sources anciennes les plus chaudes; au moment de la découverte, le robinet romain montait à 74''; il est descendu à 70^

Vingt-sept sources régulières donnent au delà de 700 mètres cubes en vingt-quatre heures . Les principaux éléments signalés par l'analyse de M. Lefort sont : silicates, 0,10; sulfate de soude, 0,iO; bicarbonates 0,05; traces d'arsenic. La minéralisation totale ne représente que 0^',30 par litre. La matière onctueuse qu'on appelle savon minéral, est du silicate d'alumine qui se dépose dans le bassin de quelques sources.

1. D'* Labal. Article Plombières extrait du Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.

On emploie les eaux de Plombières en boisson, en bains, en douches. Les sources chaudes des Dames et du Crucifix, et la source froide ferrugineuse servent à la boisson. Le bain est la médication principale. Aussi les établissements sont-ils fort nombreux dans la ville. Les rhumatismes, les maladies du système nerveux et du système digestif sont traités avec succès à Plombières.

Plombières est, comme beaucoup de villes d'eaux, située dans une gorge où la chaleur et le froid se succèdent quelquefois très rapidement. Ainsi, après un orage, la température peut descendre de 30 à 15 degrés. L'altitude de la vallée est de 450 mètres.

Luxeuil (Haute-Saône) n'est qu'à peu de distance de Plombières, et il y a entre leurs eaux de grandes analogies. Luxeuil, comme Plombières, possède des sources savonneuses et des sources ferrugineuses. On trouve au fond des bassins de Luxeuil, un enduit noirâtre, et dans les canaux des concrétions siliceuses stalactiformes. Les eaux sont limpides, incolores, et d'une saveur à peine appréciable. Elles sont abondantes ; les plus chaudes ont 56 degrés centigrades. Ce sont des eaux calmantes, souveraines contre les douleurs nerveuses.

Les eaux de Néris, limpides, onctueuses à cause de la grande quantité de conferves qui s'y développent, puissantes par leur température, qui est de 51 degrés, ont une minéralisation tout à fait insignifiante. Elles contiennent par litre, moins d'un gramme de sels, à base de soude, ainsi que des traces de carbonate de chaux et de la silice. Le gaz qui s'en dégage est de l'a-

zote, mélangé de deux à trois centièmes d'acide carbonique.

Les bains, les douches sont fort bien installés àNéris. Dans rétablissement, il y a un vapor^arium, c'est-àdire une vaste pièce où les malades viennent respirer la vapeur qui s'échappe du puits de César.

Les maladies nerveuses, les rhumatismes, certaines affections de la peau, trouvent souvent un remède dans les eaux de Néris.

C'est à Néris qu'on a spécialement étudié une matière organique particulière, désignée sous les noms de barégine, de glairine, etc.

« Un enduit glaireux s'attache d'abord aux parois des bassins, et dans le principe le microscope solaire, muni des plus forts grossissements, n'y laisse apercevoir qu'une sorte de gélatine transparente dans laquelle on ne peut rien distinguer; mais bientôt après des filaments, presque toujours articulés, se développent au milieu du mucus, s'allongent, se ramifient, se multiplient à l'infini et annoncent le commencement d'une véritable organisation. Au bout de quelques jours, ces filaments s'agglomèrent, toujours liés par le mucus, et forment des membranes plus ou moins étendues qui se colorent en un beau vert et qui s'accroissent rapidement. Des bulles d'air se développent alors au contact de la lumière et souvent dans l'intérieur des membranes; elles les gonflent, les distendent, y restent emprisonnées, et, faisant l'office de flotteurs, elles détachent du fond ces Algues de nouvelle création, qui viennent nager à la surface, quelquefois retenues encore par des espèces de tubes qui descendent

jusqu'au fond des bassins. Dans ces plantes, la matière organique est presque intacte, et elle acquiert un certain degré de stabilité dont on peut profiter pour la recueillir. Elle se décompose assez facilement dès qu'elle est sortie de l'eau; mais on peut la conserver en l'exprimant légèrement et la plaçant dans des vasés avec une certaine quantité de sel mariné »

Les sources de Bade (Duché de Bade) sont toutes thermales. Wrspimng, la plus célèbre, est renfermée dans une espèce de tour circulaire, ouvrage des Romains. Elle aune température de 65 degrés, et un nuage de vapeur la recouvre. Extrêmement abondante, elle s'échappe en bouillonnant à travers un pavé de marbre blanc, pour se rendre dans un réservoir d'où elle est distribuée par des tuyaux dans les buvettes. Les eaux de Bade sont fort peu minéralisées. Aussi y mêle-t-on presque toujours une dose de sels de Carlsbad. Il y a, du reste, dans cette station fantaisiste, un certain nombre de malades qui, au lieu de se traiter par l'eau de Bade, s'adressent au dépôt très bien approvisionné que l'on a établi à la Trinkale des principales sources de l'Europe, et prenant, qui de l'eau de Yichy, qui de l'eau de Spa, ne demandant à Bade que ses fêtes, sa roulette, peut-être aussi l'air vif des forêts. Quoique les eaux de Bade soient assez complaisantes, et puissent être rangées au nombre de ces remèdes qui, s'iJs ne font pas de bien, ne font pas de mal, leur thermalité peut combattre

1. Lecoq. Les Eaux )ninérales considérées dans leurs rapports avec la cliimic et la géoloylc.

Sources de rfaHcrs

(les névralgies et des rhumatismes qui se seraient mal trouvés d'eau trop actives.

La station dePfaffers est à peu de distance du village de Ragatz, situé dans le canton de Saint-Gall, sur la limite de celui des Grisons. Il n'y a entre les deux localités qu'une demi-heure de route le long du torrent de la Tamina.

Pfâffers possède deux sources principales dont la température est de 35 à 36 degrés. La source supérieure a un débit des plus abondants; elle fournit jusqu'à 7 mètres cubes par minute. L'eau, sans odeur ni saveur, est en effet très peu minéralisée. La somme des matières fixes n'est que de 0^',30. Les sels ne sont autres que ceux de l'eau commune. Les proportions des agents actifs, tels que iodures, bromures, sont de l'ordre des cent-millièmes. Cependant, l'action thérapeutique des eaux de Pfâffers est très réelle. On y traite des maladies nerveuses, des gastralgies. On les prend en boissons et en bains.

M. Edouard Charton a donné une description dramatique des sources de Pfâffers ^ « Des deux rives de la Tamina, large au plus de quarante pieds, jaillissent des roches formidables qui paraissent en mouvement : celles de droite se précipitent sur celles de gauche, qui s'inclinent pour fuir, mais n'échappent pas, çà et là, aux rudes assauts de leurs ennemies : c'est une bataille de géants dans le Ténare. Ces roches ont, par endroits, la blancheur blafarde des spectres; sur leurs anfractuosités légèrement estompées, pas un brin d'herbe,

i. Tour du Monde, tome X, p. 118, 1804.

pas une mousse. Une impression instinctive porte à reculer de quelques pas, de crainte de les voir s'écrouler. L'espèce de voûte inégale, crénelée, déchiquetée, que forment leurs rudes arêtes est d'une hauteur prodigieuse. De distance en distance, quelques échancrures y laissent apercevoir le bleu du ciel, de rares rayons de soleil semblables à des lames d'or, des arbrisseaux paisibles : le contraste fait frissonner; on voudrait être transporté tout à coup là-haut. Les oreilles ne sont pas moins terrifiées que les yeux. La Tamina se débat avec rage entre les fragments écroulés : ses saccades furibondes, ses flots tour à tour blanchissants ou sombres, s'élancent en tumulte hors de l'abîme infernal. A travers ce désordre et ce vacarme, on fait quelques centaines de pas sur une sorte de plancher étroit, humide, échafaudé tant bien que mal le long des rochers de gauche, et l'on arrive à un point où l'on aperçoit au-dessus de soi, dans la voûte, un plus grand espace de verdure à découvert. On est devant un petit mur percé de deux portes basses d'où sort une vapeur épaisse : l'une de ces portes introduit à la source principale, le Chaudière, le Kessel. Avant d'entrer, il faut se dévêtir en partie pour ne pas s'exposer à être inondé de sueur, et se faire précéder d'une lumière. Le couloir est très étroit. A cinquante pas, on s'arrête au seuil d'une grotte à stalactites, d'un diamètre de six à huit pieds et pleine de l'eau de la source, dont la chaleur est de 37 degrés. L'autre porte mène à une petite niche où l'on peut vérifier, sur les chiffres d'une échelle, la hauteur variable du niveau de la source. Deux énormes tuyaux, semblables

LtS EAU:C A THÉS FAIBLE MINÉRALISATION

à des serpents, sortent du rocher et vont porter l'eau, Tun au couvent, l'autre à Hof-Ragatz. »

Les sources sont connues depuis 1038; on raconte qu'un chasseur de l'abbaye vit de la vapeur s'élever du fond de l'abîme et en rechercha la cause. On commença à les utiliser en 1242, et de la façon la plus singulière. « Pendant près de quatre siècles, à dater de cette époque, dit Constantin James S on se servit de cordes et d'échelles pour descendre les malades, du sommet de la montagne dans la gorge même. Ceux qui étaient sujets au vertige étaient attachés sur une chaise, et on leur bandait les yeux. L'édifice thermal n'était qu'une simple maisonnette de bois, soutenue au moyen de pieux enfoncés dans le roc, à 150 pieds au-dessus de la Tamina. On voit encore les trous qui lui servaient d'appui. On restait ainsi dans le bain pendant plusieurs jours et plusieurs nuits de suite. On y mangeait, on y dormait; puis, la cure finie, vous étiez hissé de nouveau par la même route aérienne. » Il fallut qu'un incendie détruisît, en 1630, la maisonnette suspendue, pour que l'on construisît, à travers le défilé, le fameux passage, et qu'on fît arriver l'eau minérale, au moyen de tuyaux, sur l'emplacement du monastère. C'est l'eau de Pfâffers qui alimente les bains de Ragatz, où l'on ne perd que 2 ou 5 degrés de chaleur.

Gastein est situé à 48 kilomètres de Salzbourg, sur le versant des Alpes Noriques, entre la Salza et la Drane. Là sont des sources thermales, dont la plus

Page 1