CHAPITRE II
Dès la plus haute antiquité, les hommes ont attribué aux sources une origine divine. Les Grecs en faisaient des Nymphes : c'étaient leurs Naïades ; et la- plupart avaient une touchante histoire. Combien dé jeunes filles métamorphosées en fontaines, depuis Aréthuse, que les dieux crurent ainsi mettre à l'abri de la poursuite du grand chasseur Alphée; mais Alphée qui, pourtant ne connaissait pas la chanson de Magali, se métamorphosa en fleuve, pour rejoindre Aréthuse. Pégase, le noble coursier d'Apollon, fit jaillir l'Hippocrène de l'Hélicon, en frappant du pied la roche sur laquelle il se trouvait.
C'est aux Danaïdes infortunées qu'Argos, la ville du roi des rois, doit ses eaux abondantes.
Les Naïades sont toujours des divinités bienfaisantes; volontiers elles accueillent l'homme : il aime a venir pleurer ou chanter dans les grottes qui leur servent de sanctuaires; elles le guérissent de leurs maux. Telles sont les bonnes Nymphes Joniades, Anagriades, dont les eaux sont souveraines contre les maladies de la peau. Telle est la fontaine Abysses, dans le sein de
laquelle on trouve un remède sûr contre la rage.
Si nous remontons à une mythologie autrement ancienne que celle des Grecs, à celle de l'Inde, nous trouvons des fables plus bizarres et plus grandioses, mais tout aussi caractéristiques de la vénération de l'homme pour les eaux. La plupart des fleuves y sont sacrés; leurs sources sont des lieux de pèlerinage : y aller rachète bien des crimes; rien n'est plus méritoire que le voyage aux sources du Gange, c'est-à-dire là où le versant méridional du Trans-Himalaya marque la frontière thibétaine, à 4206 mètres d'altitude. La « bouche de la vache » dont parlent les légendes, c'est-à-dire l'ouverture par où s'échappe le fleuve, est l'arche terminale d'un glacier dont les parois crevassées sont liantes de 100 mètres. « Là, dit M. Elisée Reclus S est la première marche du trône de Siva, car les cinq grandes montagnes qui limitent l'horizon au nord-est et à l'est, sont designées parmi toutes les cimes comme étant le siège spécial de Maha Deo ou du (( Grand Dieu ».
(( Le lieu saint de Gangotri, dans la haute vallée de la Bhagirati-ganga, est l'endroit le plus élevé où les brahmanes adorateurs de la déesse aient pu s'établir... les difficultés et les dangers de la route arrêtent la grande foule des pèlerins aux sanctuaires les moins élevés. Jadis les fidèles qui se rendaient dans les lieux sacrés portaient le drapeau de Yama « qui conduit à la mort » et se donnaient feux-mêmes le nom d'amvarttina, « celui qui ne revient pas. » Dans la der-