CHAPITRE IV
Reconnaissables immédiatement à leur odeur, les eaux sulfurées sont célèbres par l'efficacité dont elles jouissent pour un grand nombre de maladies et spécialement pour les dermatoses. Elles ont même sur la peau une influence si salutaire que partout on prend sous le nom de bains de Barèges de l'eau dans laquelle on a simplement fait dissoudre du sulfure alcalin.
Les eaux qui nous occupent se répartissent en deux catégories selon quelles renferment du sulfure de calcium ou du sulfure de sodium. Dans le premier cas, elles n'ont qu'une importance relativement faible et Enghien est peut-être la station le plus célèbre où on les prenne. Leur origine est évidente : le sulfate de chaux, fourni par les bancs de pierre à plâtre, est privé de tout son oxygène par la combustion lente de détritus végétaux passés à l'état de lignite. Beaucoup d'eaux sulfatées sur lesquelles nous reviendrons, comme celles d'Aix en Savoie, donnent naissance de même à du sulfure de calcium et à de l'hydrogène sulfuré.
Un excellent type d'eau sulfurée calcique se ren-
LES EAUX SULFUKÉES
contre à Allevard (Isère), localité située à 475 mètres d'altitude dans une belle vallée entourée de montagnes. Les pentes inférieures sont couvertes de forêts, et parfois la blancheur d'un glacier vient rappeler au baigneur qu'il est dans les Alpes.
L'eau est à lô"". Elle contient de l'acide carbonique libre en forte proportion, de Tazote et du gaz sulfhydrique libre. Les produits solides sont: le carbonate de chaux, le chlorure de sodium, le sulfate de chaux, le sulfate de magnésie, le sulfate de soude, et quelques autres corps.
Cette eau sulfureuse, indiquée dans les maladies chroniques de la gorge et dans la phtisie, est administrée en bains, en douches, en boissons, en inhalations. Elle se transporte et se conserve très bien.
Mais les eaux sulfurées sodiques sont beaucoup plus importantes et leur origine est beaucoup moins certaine. Il paraît probable cependant qu'elles sont originairement chargées de sulfate de soude et que c'est une réduction postérieure qui produit le sulfure. Quant à l'agent de cette réduction, on s'accorde à le voir dans des microorganismes appelés sulfuraires, maintenant très étudiés, qui vivent et se multiplient à des températures pouvant atteindre 65^ ou même W et comprennent des Bacillus, des Micrococcus, des Bacterium, etc.
Ces eaux constituent des groupes géographiques dont le plus net est dans les Pyrénées.
Barèges, qui a donné son nom à tous, le type, doit sa renommée à Mme de Maintenon qui, cherchant à guérir le duc du Maine de son piedboi, l'y conduisit
comme à tous les remèdes qui donnaient quelque espoir.
C'est un village situé à 7 kilomètres de Luz, sur la rive gauche du Bastan, gave impétueux dont les inondations prennent chaque hiver la place des maisons de bois élevées chaque été pour les baigneurs, au [)ied du pic d'Ayré, recouvert de hêtres vigoureux qui protègent le village contre la chute des neiges et des glaces.
Les sources, au nombre de neuf, donnent des eaux limpides, douces au toucher; elles exhalent une odeur dMiydvogène sulfuré, et laissent un arrièregoùt fade et nauséabond. La moins chaude, la Chapelle a 51''; la plus chaude, le Tambour, ou la Douche, a 45^. Ce sont ces exlrèmes de la tenq)éralure qui sont en même temj)s ceux de la minéralisation : la Chapelle contient 0^',0186 de sulfure de sodium, et le Tambour O^^Oiùi.
Les eaux de Barèges sont éminemment excitantes. On y voit beaucoup de miUtaires, car elles sont souveraines dan§ le traitement des vieilles blessures, (c Ce sont aujourd'hui, dit M. Constantin James, les véritables eaux d'Arqnebusade (nom qu'on donnait autrefois aux Eaux-Bonnes), et peu de corps étrangers, soit projectiles, soit séquestres, résistent à leur action expulsive. Le mécanisme par lequel s'opère cette élimination est des plus curieux. Sous l'influence des bains, les chairs fongueuses et blafardes, qui tapissent si souvent l'orifice des trajets fistuleux, se recouvrent d'une pellicule blanchâtre, extrêmement ténue, rappelant assez la cautérisation superficielle
par l'azotate d'argent. Il est probable qu'ici le caustique n'est autre chose que la soude en dissolution dans l'eau sulfureuse. Cette pellicule se détache, et les tissus offrent déjà un aspect plus vivant. A chaque nouveau bain, le même phénomène se reproduit. Mais en même temps que la plaie extérieure s'améliore, les parois de la fistule se raffermissent, se rapprochent; elles pressent le corps étranger et le chassent peu à peu de sa cavité, jusqu'à ce que, complètement sorti, une cicatrice définitive recouvre la place qu'il occupait ^ »
Ces eaux sont encore très bonnes contre les engorgements consécutifs aux fractures et aux luxations, contre les vieilles entorses, les rétractions musculaires et tendineuses, et même contre la paraplégie, quand il n'existe aucune altération organique de la moelle épinière ou de ses enveloppes.
Le climat de Barèges est rigoureux à cause de son altitude, 1241 mètres au-dessus de la mer et la saison y est plus courte que dans les autres stations des Pyrénées. On l'a appelé la Sibérie de la France.
C'est dans la vallée d'Ossau, Basses-Pyrénées, au pied du pic de Ger que sont situées les Eaux-Bonnes. Pour y arriver il faut gravir une cote longue et rapide : le chemin est excellent aujourd'hui; mais autrefois il était si dangereux qu'il était d'usage, avant de s'y aventurer, de faire son testament, ainsi que l'attestent des actes conservés à Laruns.
On se baigne peu aux Eaux-Bonnes. On y vient sur-