CHAPITRE V
Un grand nombre de sources minérales sont caracî térisées par la présence de sulfates. Ceux-ci suivant les cas, à base de soude, de magnésie, de cliaux, de fer, tralnssent leur présence par une saveur et par des propriétés thérapeutiques spéciales.
Pullna et Sedlitz placés sur la route de Carlsbad à Tœpliz, en Bohême, ont des eaux purgatives célèbres. Leur action est due surtout h la présence du sulfate de magnésie et du sulfate de soude (pii s'y trouvent dans Tuie proportion considérable. L'eau de Pullna en renferme un peu plus de 62 grammes par litre. La minéralisation de l'eau de Sedlitz est de 55 grammes. L'eau de Sedlitz artificielle ne ressemble que de très loin à l'eau naturelle.
Les sources d'Epsom, à 9 lieues de Londres, sont salines et minéralisées en grande ])artie ])ai* du sulfate de magnésie.
En Hongrie, les eaux fameuses d'Ihmyady-Janos sont dans le même cas.
Déjà on a vu qu'Aix, en Savoie, possède des eaux sulfatées. On y dislingue deux sources principales;
LES EAUX SULFATÉES 217
la Fontaine de Saint-Paul ou Eau tValun à 47 degrés, contient du sulfate d'alumine; VEau de soufre, à 44 degrés, s'emploie pour les douches, les bains et la boisson. Ces deux sources sont très abondantes; elles donnent 4512 mètres cubes par 24 heures. L'eau d'alun paraît verdâtre dans les bassins, à cause des conferves qui s'y développent. Les pluies abondantes font baisser sa température de quelques degrés.
Les eaux d'Aix ne sont guère employées que pour l'usage externe. Elles constituent un remède efficace contre les rhumatismes, les maladies chroniques de la peau, les affections catarrhales, certaines maladies nerveuses, etc.
On connaît à Montmirail, dans le Vaucluse, une source qui contient 9 grammes de sulfate de magnésie par litre d'eau.
Dans le département de l'Aveyron, à 2 kilomètres d'Aubin, et à 24 de Rodez, est situé le village de Cransac, dans une vallée très pittoresque, dominée par des montagnes formées de bancs puissants de houille et d'un schiste pyriteuxmêlé de fer carbonaté. De ces terrains, où depuis fort longtemps se sont allumés des incendies qu'on n'a pu éteindre, sortent les sources qui paraissent s'y minéraliser par la décomposition des schistes carbonatés et pyriteux et qui sont chargées de sulfates durs dont la médecine tire parti. En s'approchant du lieu où la combustion s'opère, on voit que le sol est miné, et l'on découvre, de distance en distance, de larges crevasses par lesquelles se dégagent de la vapeur d'eau et des fumées acides. Sur le bord de ces fentes, la chaleur devient insup-
LES SOUUGES
portable, et les roches voisines ont change d'aspect sous l'action de la chaleur ^
En Asie, à l'est de la haute vallée du Kara-Kach, la plaine que parcourent les voyageurs se rendant, du bassin de l'Indus à celui du Tarim, est en grande partie recouverte de sel et d'autres efflorescences. Le lac qui l'emplissait s'est vidé ou desséché peu à peu et les rivières qui coulèrent ensuite sur le fond lacustre ont été remplacées par des sables mobiles. De profondes crevasses s'ouvrent ch et là, remplies de sulfate de magnésie aussi fin et aussi blanc que les aiguilles de neige que soulève Je vent. Des mares de boue saline, cachées par des dalles de glace, occupent les cavités les plus profondes, et jusqu'à la hauteur de 5400 mètres, on voit des sources thermales s'entourant d'un cercle de concrétions calcaires, puis d'un second cercle d'eau congelée. Sur des espaces de plusieurs kilomètres carrés, le sol est percé de petits entonnoirs d'un mètre de profondeur et d'un diamètre double, presque tous d'une parfaite régularité. De quelques-uns de ces entonnoirs, on voit, après les pluies, s'élancer des masses boueuses, et parfois l'eau en jaillit àgros bouillons. Ilenderson ne pense pas que ces ouvertures soient de véritables volcans de boue; ce seraient, suivant lui, des effondrements du sous-sol argileux, laissant remonter à la surface, après les averses ou lors de la fonte des neiges, les eaux d'une nappe profonde. Plus bas, les bords de la rivière de Kara-Kach sont percés en plusieurs endroits d'autres entonnoirs du même genre;