CHAPITRE XIV
Le val de Travers, en Suisse, où passe le eliemin de fer de Pontarlier à Neuchâtel, est un des plus beaux endroits du Jura : il est d'ailleurs aussi intéressant au point de vue géologique qu'au point de vue pittoresque. Parmi les montagnes qui l'enserrent, le Creux du Vent cireonscrit une vaste cavité creusée au sommet de la grande voûte jurassique. Le botaniste y recueille des plantes qu'on ne trouve que là, car elles ont été, comme le dit M. Desor, exilées des Alpes, sans doute à la suite d'une révolution climatéri(|ue. Le géologue j remarque une source singulière qu'on appelle la Fontaine Froide, à cause de sa température extrêmement basse. Elle sort du flanc de la montagne dans un site très sauvage, d'où les ours n'ont disparu que depuis un siècle ; elle ne tarit jamais et sa limpidité est admirable. Les grands bois que la montagne aux parois verticales ferme d'un mur infranchissable, peu riches en oiseaux, ont du moins la voix de la source pour rassurer le voyageur attristé par trop de silence. Le val de Travers est le pays de l'absinthe : les Suisses qui viennent ramasser plantes et minéraux
clans le Creux du Yent ont soin, dit-on, d'emporter un flacon de la verte liqueur pour en aromatiser Teau de la fontaine qui remplit alors le rôle de carafe frappée. Elle n'a guère en effet au thermomètre que 4 degrés et une fraction.
II est plus facile d'expliquer la thermalité de sources que leur basse température. M. Desor, pourtant, rend un compte très vraisemblable de ce qui se passe au Creux du Vent^ Ce vaste cirque, grâce à son orientation et à la hauteur de son parapet, dont le sommet (le Solliat) est à 1465 mètres, est largement abrité contre les rayons du soleil. « La zone du talus en particulier en est à peu près complètement privée sur une partie notable de son étendue. La neige a, par conséquent, toute chance de s'y conserver longtemps. Dans ces conditions, le sol du talus ne saurait être un calorifèj'e bien efficace. L'eau, résultant de la fonte des neiges, naturellement froide (à 0 degré), ne trouvera pas l'occasion de se réchauffer notablement dans ces dépôts superficiels ; elle s'y maintiendra par conséquent à une température relativement basse. Il est vrai que les pluies chaudes de l'été pourront contrebalancer ces causes de froid. C'est aussi probablement ce qu'elles font dans une certaine mesure. Mais elles ne doivent pas tarder à se refroidir à leur tour au contact de ces masses désagrégées, dans lesquelles circulent d'ailleurs des courants d'air froid dont il n'est pas difficile de constater la présence quand on escalade le talus.