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Lettre à M. le docteur Guillaume

« Enfin, comme la Fontaine froide est intarissable et d'une constance remarquable, il faut qu'il existe quelque part dans l'intérieur du talus, probablement au contact de la marne oxfordienne, des cavités remplies d'eau ou des amas de matériaux meubles, qui, en faisant l'office de magasins d'eau, agissent comme régulateurs et entretiennent ainsi le débit, soit au milieu de l'hiver, alors que la fonte de la neige est interrompue, soit au cœur des grandes sécheresses.

« C'est ainsi que, selon nous, la Fontaine froide se trouve intimement liée à la présence des éboulis. »

L'eau des sources peut être, non seulement beaucoup plus froide que l'air extérieui', mais encore gelée au cœur même de l'été, quoique à une altitude peu considérable. Par exemple, la glacière de la Beaune, près de Besançon, est connue depuis longtemps. En 1727, le duc de Lévi fit enlever par un très grand nombre de chariots, qui y venaient journellement, toute la glace qui s'y trouvait. En 1743, dans la grotte abondamment repourvue, un plancher de glace recouvrait tout le sol et des stalactites, également de glace, s'abaissaient des parois et des voûtes.

La glacière de SainUGcorges (Jura suisse) a été étudiée parle professeur ThuryS dont les observations ont jeté du jour sur ce singulier phénomène naturel.

Située à 1208 mètres d'altitude, cette grotte s'ouvre par deux trous de forme ovale dans un bois de sapins. On y descend au moyen de quatre échelles

1. Archives des sciences j^hysiques et naturelles de Genève. Nouvelle série, tome X, n° 38.

successives. C'est une vaste salle de 33 mètres de longueur sur 9 '",5 de largeur moyenne, et dont la hauteur est de 15 à 18 mètres. Elle est remplie de neige et de glace. La neige, tombée pendant l'hiver par les ouvertures, forme une sorte de grande stalagmite qui s'élève du sol, s'appuyant contre la paroi rocheuse et montant jusque vers les trous. Quant à la glace, qui forme le sol tout entier, elle a une épaisseur qui n'est pas connue ; elle est compacte et huileuse. Pendant la visite que M. Thury fit en été (5 août) il observa qu'il n'arrivait que très peu d'eau dans la glacière. Dans quelques endroits, le rocher semblait mouillé, et de moment en moment de grosses gouttes tombaient de la voûte. Mais le sol de glace était évidemment en fusion à sa surface, et quelques centimètres d'eau le recouvraient dans toutes ses parties basses. La neige des stalagmites était assez dure. Le thermomètre attestait la réalité du dégel et marquait H- 1 degré centigrade dans la grotte, à quelques décimètres au-dessus du sol ; tandis que dans le bois, au même moment, le thermomètre à l'ombre indiquait -f- 16 degrés. Dans le village de Gimel, il y avait 27 degrés.

Les observateurs retournèrent dans la glacière au mois de janvier, le soir. A un certain moment, ils constatèrent qu'une véritable cataracte d'air se précipitait dans la caverne. Le lendemain matin, ils revinrent : l'atmosphère était immobile. Ils trouvèrent moins de glace que lors de leur visite d'été ; mais elle était très sèche et présentait l'aspect du verre ; il n'y avait point d'eau. Le thermomètre donna pour la nuit

un minimum de — 5^e51. D'un grand nombre d'observations thermométriques, M. Thury conclut que pendant le jour la température de la grotte n'est point constante dans la saison chaude, mais qu'elle augmente régulièrement. La température de la grotte s'abaisse rapidement entre 7 et 8 heures du soir, au moment de la chute de l'air extérieur, et la caverne continue à se refroidir pendant la nuit.

Depuis longtemps, les montagnards avaient remarqué qu'il ne se forme pas de glace pendant l'hiver, dans la caverne : il y a bien dans celle-ci le froid nécessaire, mais l'eau n'y arrive pas. C'est au printemps, quand les neiges fondent, que la glace se forme. Alors de l'eau à 0 degré ruisselle à la surface et pénètre par les fissures du rocher et, |)ar les grandes ouvertures, dans l'intérieur de la caverne refroidie qui reçoit encore l'air glacé des nuits. La grotte fait alors sa provision annuelle de glace qui diniinue, mais sans s'épuiser, pendant la saison chaude.

Yoici, en effet, comment M. Thury trouva la grotte le 2 avril : partout de l'eau, tombant en minces filets du pourtour des grandes ouvertures, glissant le long du plan incliné, mouillant les voûtes et s'en détachant en gouttes précipitées. Dans le fond de la grotte, deux fontaines dont l'une donnait 800 litres par heure. L'air de la grotte, presque saturé de vapeur d'eau, se condensait partout sur la glace qu'elle ternissait, et dans quelques endroits se déposait sous forme de givre.

Le grand plancher était recouvert de 5 à 8 centimètres d'eau à demi congelée. Des stalactites pen-

daient autour des ouvertures, plus nombreuses et plus grandes qu'en hiver.

A 6160 mètres au nord-est de la glacière de Saint- Georges, il en est une autre, la glacière du Pré de Saint-Livres y située à une altitude de 1369 mètres.

Citons encore : la glacière du Schafloch [Trou aux moutons), à une altitude de 1780 mètres, à 4500 mètres de distance horizontale du village de Merligen (bords du lac de Thun), dans la direction de .Zurich; la glacière de Verg]) dans la vallée du Reposoir, à une altitude de 2078 mètres, et à 9600 mètres de distance horizontale de Cluses ; la glacière du Parmelan, près d'Annecy, dont on exploite la glace pour Lyon ; la glacière de Fondeurle, en Dauphiné, à 3 lieues au nord de Die, etc.

Dans les déserts du Turkestan où la température d'été, à l'ombre de la tente, est de 36 degrés, on rencontre parfois des sources extrêmement froides produites par le suintement des eaux de neige et de pluie. Même « on a découvert en diverses parties de la steppe, des couches de glace que le vent avait recouvertes de poussière, et qui s'étaient maintenues pendant des années, malgré les chaleurs del'été^ »

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