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Elisée Reclus, La Terre

La caverne d'Adelsberg est une des plus étonnantes dans ce réseau. Elle a été creusée par la Poik, qui pénètre dans une colline aux flancs escarpés par une sorte de haute poile. A l'intérieur de la grotte, elle s'enfonce dans une avenue tortueuse que Ton a suivie en bateau sur une longueur de près d'un kilomètre. Une enfilade de salles et de couloirs, dirigée vers le nord-ést, est, très vraisemblablement, l'ancien lit de la rivière. C'est dans cette ])artie du labyrinthe d'Adelsberg que se trouve la salle du Calvaire, aux incomparables stalactites, et dont la longueur développée est de 2355 mètres.

On peut suivre du dehors le cours souterrain de la Poik, grâce aux gouffres ouverts dans les parois calcaires. L'un d'eux, h* Puk-Jama, situé h plus de 2 kilomètres au noid de l'enti'ée de la grotte, permet de descendre jusqu'au bord du torrent. En aval, on ne peut le suivre au delà de 250 mètres, en amont, on peut aller jusqu'à 450 mètres. 11 faut revenir par le gouffre. Après un pai cours souterrain de 9 à 10 kilomètres, la rivière sort de la montagne par une arche cintrée, plus considérable (ju'elle n'y était entrée, car elle a reçu un certain nondjre d'affluents. On peut, à partir de la sortie, remonter la Poik sur une longueur de 5200 mètres; de sorte qu'on connaît en tout 5 kilomètres de son cours dans ces profondeurs. En Istrie, la Recca, un des affluents du Timavo, ce beau fleuve qui porte des navires de sa source a son embouchure, se perd sous une haute arcade servant de piédestal au village de San-Canzian. Comme pour la Poik, son cours est indiqué par une série de gouffres.

DÉMOLITION DES ROCHES PAR LES SOURCES o27

Parmi les roches attaquables par les sources il en est qui sont soumises à Faction d'eaux chaudes et chargées de principes énergiques. Les calcaires baignés par de Teau renfermant de l'acide sulfurique se transforment progressivement en gypse. A cet égard Dumas a montré comment les corps poreux sont efficaces pour développer de Facide sulfurique aux dépens des eaux sulfurées. Les rideaux des cabinets de bain d'Aix en Savoie, par exemple, sont en peu de temps brûlés par suite d'un phénomène de ce genre.

Et s'attaquant à des roches alumineuses comme les laves des volcans, certaines eaux sulfuriques y développent de l'alunite; et des eaux moins énergiques extraient simplement du granit la forte proportion d'alcali qui s'y trouve, de façon à le réduire en un résidu argileux. Le kaolin ou terre à porcelaine a souvent cette origine.

Comme roches éminemment délayables par les eaux souterraines, il convient, outre les sables, de faire une place à part aux argiles. Si elles constituent entre des calcaires des couches minces, convenablement inclinées, le passage des nappes aquifères peut à la longue déterminer leur glissement. De là des éboulements de montagnes dont plusieurs ont laissé le souvenir de terribles catastrophes.

En 1806, le Rossberg s'est ainsi effondré en partie sur le village de Goldau au fond du lac de Lowerz, au pied nord du Rigi.

A la Réunion, le 26 novembre 1875, entre cinq et six heures du soir, une partie du piton des Neiges et du Gros-Morne, montagnes dont l'altitude dépasse

3000 mètres, s'écroula dans le cirque de Salazie, sur une profondeur de 5 Wlomètres, engloutissant le village du Grand-Sable, où se trouvaient soixantedix personnes. Non seulement les secours furent inutiles, mais on dut renoncer à rechercher le corps des victimes. Des millions de mètres cubes de pierres et de terres amoncelées, recouvraient une superficie de 120 hectares.

En même temps, des ravins étaient comblés; les gorges d'où sortait le torrent étaient fermées, et les eaux arrêtées derrière ces barrières.

La catastrophe commença par des secousses, des trépidations et des détonations. 11 ne fallut que quelques minutes pour que le bouleversement fût à son comble d'horreur. Une montagne se forma à la place de la vallée, là où quelques instants auparavant s'élevaient de paisibles demeures. Une seule famille fut sauvée. Logeant à Textrémité du vflîage du Grand- Sable, le mari, la femme et l'enfant furent emportés tout d'une pièce, avec leur maison, les récoltes et les arbres qui l'entouraient; ils s'arrêtèrent sains et saufs à 2 kilomètres plus loin. Le sol, compact jusqu'à une grande profondeur, avait sans s'effondrer couru horizontalement, et même en remontant un peu, avec une vitesse dont n'eurent point conscience les personnes ainsi miraculeusement transportées et sauvées.

Le même mouvement déplaça une forêt tout entière, située sur la rive droite du torrent des Fleurs- Jaunes. La forêt passa sans se renverser, sur la rive gauche, franchissant, sur les amoncellements produits par rexhaussement instantané et par l'éboulement, un

ravin profondément encaissé, et maintenant comblé. Les arbres de la forêt ne souffrirent point de ce déplacement.

Un petit piton exécuta sur lui-même un mouvement de rotation.

Quelques personnes voulurent attribuer la catastrophe à une manifestation volcanique. Il est bien établi aujourd'hui qu'il y a eu Là un éboulemcnt causé par l'action d^s eaux.

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