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CHAPITRE

Il suffit d'un examen pou prolongé des masses rocheuses qui nous entourent pour y rencontrer des formations parfois très volumineuses dont des sources sont les seuls auteurs.

A cet égard, les dépôts de calcaire occupent une place à part.

Tout d'abord il ftuit remarquer que lorsque Touverture des cavernes est située à un niveau élevé, et que leurs eaux s'échappent en toute liberté, le bassin intérieur peut se \ider rapidement dès que cesse la saison pluvieuse. Alors le rôle change; la caverne n'est plus un lac. Les eaux qui s'y infiltrent après les pluies trouvent une large superficie vide où les issues, à différents niveaux, renouvellent tous les phénomènes d'une active circulation d'air; elles y éprouvent une vaporisation qui élimine immédiatement l'excès d'acide carbonique dont elles sont chargées. Dès lors elles laissent déposer les particules de carbonate de chaux qui les chargeaient; des stalactites s'allongent à la voûte de la grotte, des stalagmites s'accumulent sur le sol : des colonnades.

des espèces de statues et mille formes bizarres les remplissent d'ornements fantastiques.

Avec le temps, les dépôts des sources peuvent acquérir un volume considérable. Dans quelques parties de la Toscane et de la campagne de Rome, le sol est recouvert de tuf et rend un son creux sous les pas du voyageur. Par suite de l'abondance de carbonate de chaux amené par les sources pétrogéniques, la formation de cette roche étant surtout abondante auprès de Tivoli, en latin ïibur, les anciens lui avaient donné le nom de tibiitenuSy qui s'est corrompu en travertino, dont nous avons ftiit le mot travertin. En Italie on distingue sous le nom de pancliina des travertins qui, au lieu de se faire à l'air libre, se sont conci'étionnés sous la mer et ont empâté des coquilles et des grains de sable.

Parmi les localités de l'Italie où la formation du travertin est généralement active, on peut mentionner, outre Tivoli dont les célèbres cascades coulent sur des couches de concrétions variant de 120 h 150 mètres de puissance, San Vignone, où le dépôt s'accroît de 15 centimètres d'épaisseur tous les ans, et San Filippo où les eaux, qui se rendent dans un étang, ont construit en vingt années une assise calcaire de 9 mètres.

Les édifices de Rome ancienne et moderne ont été construits avec le travertin.

En Auvergne la source de Saint-Alyre contient en dissolution, à la faveur de son acide carbonique, une si grande proportion de carbonate de chaux, que ses incrustations ont formé plusieurs ponts jetés sur la Tiretaine. Nos ancêtres, qui, cependant, n'étaient pas

fort sensibles aux curiosités naturelles, avaient été frappés de celle-ci. Dans sa Cosmographie univey^selle, publiée en 1575, Belleforest dit ceci : « Audedans de l'abbaye de Saint-Alyre passe un fleuue qu'on dit auoir esté iadis nommé Scatéon et ores est dit Tiretaine, sur le cours de laquelle est posé le merveilleux pont de pierre naturelle fait par Feau d'une fontaine qui s'endurcit en pierre non sans estonnement des effets miraculeux de la nature; et laquelle fontaine est à enuiron trois cents pieds de la riuière, laquelle coulant vers la riuière susdicte faict cette dureté pierreuse du pont par sous lequel passe le fleuue susnonuné.

(( Le feu roy, Charles neuuième du nom, faisant son voyage de Bayonne, voulut voir ce pont merueilleux et la fontaine qui n'est artificielle, et le cours d'eau et la source d'où elle pi'ocède comme chose estrange et des plus rares miracles de nature (ju'on voye guère en la France. »

L'un des ])onts, en dehors de l'enclos de Saint-Alyre, n'est pas fini, et présente seulement des masses de travertin qui s'avancent au-dessus du ruisseau. Le second, dans l'établissement même, est en voie de formation, et, afin de l'empêcher de s'achever, on en retire l'eau incrustante ])endant la majeure partie de l'année. L'arcade est fort élevée; elle a environ 4'", 15 de hauteur. Son extrémité libre s'avance un peu audelà du bief; sa base s'appuie contre un massif de travertin très épais et très large, qui est situé sur la rive droite du cours d'eau.

Le grand pont de pierre, que l'on appelle aussi

Pont du Diable^ ou Pont stalactite, est une masse de travertin consicléral)le qui a posé une arche solide sur une île de la Tiretaine et qui avait counuencé de jeter sur l'autre bras du ruisseau une seconde arche. M. Nivet a exactement mesuré ces singuliers dépôts. La face supérieure du pont a une élévation au-dessus des eaux du bief de 5"\ 10 ; la largeur du pont au niveau du biet est de 5"\45; celle de l'aqueduc de P\50 à 2"M0. La longueur du pont est de 10 mètres; celle de l'aqueduc de 75 mètres.

« Il doit son origine, dit Lecoq^ à la source aujourd'hui détournée de la rue des Chats. A partir de cette source, le pont de pierre présente l'aspect d'une muraille construite seulement à fleur de terre, laquelle irait en augmentant de hauteur et d'épaisseur à mesure que l'on avance vers son extrémité. Sa surface supérieure, d'abord très étroite, s'élargit graduellement, et l'on remarque encore une espèce de sillon qui servait sans doute à conduire les eaux qui élevèrent elles-mêmes cet aqueduc. L'eau, suivant la direction que lui traçait la pente du sol, coula sur son dépôt, l'augmenta tous les jours; et comme la matière calcaire se déposait plus facilement sur les bords que dans le milieu, elle laissa dans cette partie le sillon peu profond qui lui servait de conduit. Les eaux, arrivées à l'extrémité de la muraille, se répandirent dans le ruisseau qui mettait un terme h leur dépôt; bientôt cependant la muraille s'éleva au bord, et dès qu'il y eut une chute, il y eut bientôt aussi un prolongement

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