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Annales de chimie et de physique, 7}" série, tome I

ont conservé à Tétat pierreux l'apparence de pinceaux mouillés ou de ces petites masses de cheyeux courts qui couvrent la tete de certaines statues ; des couches entières sont formées de tubes calcaires peu adhérents entre eux, tantôt vides, tantôt remplis par des débris de végétaux, ou môme par des larves d'insectes. D'autres dépôts, d'une excessive dureté, tout percés de canaux laissés par des ramilles détruites, présentent une multitude d'empreintes de feuilles d'une netteté parfaite. Elles ont la plus grande ressemblance avec celles du Laurier, de l'Orme, de l'Amandier, de l'Olivier qui croissent encore tout près de là; la formation de ce dépôt paraît toutefois remonter à une liante antiquité. Le sulfure de fer incruste beaucoup de matières diverses, telles que des fragments de bois, des racines, des écorces et les restes de plusieurs espèces d'IIélix qu'on trouve en grand nondjre sur les plantes qui croissent à côté des lieux où le phénomène s'accomplit. Je n'ai remarqué ce fait que là où l'hydrogène sulfuré rencontre des matières organiques en décomposition. Quand l'hydrogène sulfuré, ou mieux son mélange^îivec l'acide carbonique, l'azote et la vapeur d'eau, arrive dans des parties caverneuses et perméables à l'air vers la surface du sol, il y dépose sur toute espèce de corps des quantités notables de soufre, sous forme d'incrustations cristallines ou de géodes tapissées d'octaèdres allongés très réguliers. Les Arabes ont fouillé plusieurs de ces solfatares, et depuis lors les matériaux de remblai ont été incrustés de soufre. Ce corps se dépose aussi de l'eau courante autour des sources, le plus souvent sous forme pulvé-

rulente, en couches minces qui alternent avec celles des dépôts calcaires. »

L'oued Zidda, qui coule au nord et à l'ouest de llammam-Meskoutine est presque entièrement le produit des sources thermales dont elle va porter les eaux dans Toued Zenati. Quand on remonte son cours, on lui trouve, longtemps avant la grande source, une température de 45 degrés. Au delà de son confluent, elle n'a plus que la température ordinaire, et Ton en boit sans lui trouver de mauvaise qualité ; mais en continuant à remonter, on remarque qu'elle s'échauffe graduellement jusqu'à 1 kilomètre de distance, où elle a acquis 50 degrés, parce qu'elle se mélange avec un courant qui vient de plus loin avec l'eau de nouvelles sources brûlantes, auprès desquelles on voit aussi des cônes et des ruines.

Les sources thermales Hammam-Dou-Hadjar (Bains Pères des pierres) sont situées à 50 kilomètres sud-ouest d'Oran, auprès de l'extrémité occidentale du Selka d'Oran, et se font jour à travers de longues fentes du terrain tertaire, et que l'on peut considérer comme de véritables filons d'eau.'tiCs dépôts calcaires qu'elles abandonnent en s'évaporant à l'air forment quatre bourrelets parallèles entre eux, dirigés à peu près en ligne droite du nord au sud et ayant pour section un triangle équilatéral dont la base, de 12 mètres de long, repose sur le sol. Trois de ces bourrelets ont une longueur de 500 à 600 mètres, et sont distants de 500 mètres environ l'un de l'autre. Le quatrième a 200 mètres seulement de longueur et est situé à 30 mètres à l'est du premier groupe. La ligne de

faîte est sensiblement horizontale, ce qui donne de loin à ces dépots l'aspect de hautes murailles. Une fente à parois verticales en occupe le milieu : il semble au premier al)ord que ce soit un canal creusé par la main de Thomme, tant la régularité en est parfaite; mais on reconnaît bientôt, par un examen plus attentif que c'est là l'ouvrage de la nature. La fente a une largeur qui varie d'un décimètre à un mètre.

Il faut ajouter que la source thermale de Sidi-Adli, située sur la rive gauche de Tisser, sort du milieu d'un plateau de travertin de 3 kilomètres de long et de 1 kilomètre de largeur moyenne. Du côté de la rivière ce plateau se termine par un escarpement abrupt de 50 mètres de hauteur verticale, de la crête duquel rOued-el-IIammam se précipite dans le lit de Tisser. Des stalactites qui hérissent cet escarpement sont remplies de feuilles de dicotylédones, et la chute de TOuedel-llammam indique la manière dont elles se sont formées. Les grands roseaux, qui continuent à croître le long de la cascade deviennent le centre d'autant de stalactites. Le végétal, entouré d'un anneau de spath calcaire aiguilh», passe d'al)ord à l'état de charbon noir, sans consistance, et finit par disparaître complètement en laissant seulement son empreinte dans l'intérieur de la stalactite.

La source s'échappe d'un l)assin naturel qui a 0"\10 de diamètre et qui est creusé dans le travertin. L'eau chaude sort des fissures de la roche, qui constitue les parois et le fond du bassin, en agitant les sables fins qui s'y trouvent accumulés. L'eau est très limpide, sans odeiu* et sans goût particulier Sa lem-

pérature est de 38 degrés aux bouillons des sources. Au milieu du bassin, où elle est de 2 à 3 degrés moins ehaude, elle a une hauteur de 0'",90, ce qui en fait une excellente baignoire dont profitent les Arabes et les soldats du camp de Tisser.

Comme contre-partie de ces diverses formations actuelles, on trouve dans une foule de régions de vrais travertins géologiquement anciens. Ainsi aux environs de Paris, les calcaires plus ou moins siliceux dits de Brie, de Château-Landon, de Beauce, etc., sont dans ce cas. C'est ce que démontre la forme tuberculeuse des massifs qu'ils constituent et les innombrables tubulures qui en traversent la masse en tous sens.

Parmi les dépôts des sources taries, il faut citer les collines importantes où l'on exploite les admirables travertins, désignés dans le commerce sous le nom de marbre onyx d'Algérie.

Les carrières sont situées dans la province d'Oran, entre Oran et Tlemcen, à la gauche de l'Isser, sur deux plateaux distincts, à des hauteurs à peu près semblables.

L'un, celui de Bled-Rekam (pays de marbre), est le plus important. L'onyx s'y rencontre à l'état de formations isolées, distinctes dans leur épaisseur et leur inclinaison, et composées de plusieurs bancs d'une qualité variable, recouverts d'une couche de terre.

L'autre plateau, celui d'Ars-el-Beïda, est à 4 kilo- * mètres du premier. L'onyx ne s'y présente plus à l'état de formations isolées, mais par bancs continus variant de 15 à 80 centimètres d'épaisseur. Leur régularité est constante, et par suite des escarpements qui se déve-

loppent sur 2 kilomètres de longueur, on peut la constater avec facilité.

L'origine fontigénique n'est pas exclusive à des matériaux calcaires. Dans bien des pays on reconnaît des concrétions de source chez des substances toutes différentes : le gypse ou sulfate de chaux, la silice particulièrement sous forme de meulières, le phosphate de chaux, sont dans ce cas.

Les geysers dont nous avons décrit le gisement et l'allure si remarquables déposent souvent de la silice hydratée, ou geysérite dont l'aspect rappelle beaucoup celui des travertins calcaires. C'est une roche vacuolaire souvent très légère, qui incruste des objets variés et spécialement des coquilles et des plantes. Au Muséum on conserve des bonnets et des gants d'Islandais enveloppés d'une couche pierreuse pour avoir été abandonnés quelque temps dans le bassin des geysers.

De vraie geysérite ancienne se trouve en beaucoup de localités et par exemple à Saint-Nectaire (Puy-de- Dôme).

On observe aux iVcores, et notamment à l'ile SaintiMichel, les mêmes transformations siliceuses qu'à Saint-Nectaire. Des fragments de bois et une couche de roseaux très communs dans l'île, épaisse de plus d'un mètre, ont été complètement minéralisés.

C'est même dans cette île que se trouve peut-être le plus bel exemple de concrétions siliceuses contemporaines. Le docteur Webster, dans la description qu'il donne des sources chaudes de Furnas, rapporte que leur température varie de 23 à 97 degrés centigrades, et qu'elles déposent des quantités considérable^ d'argile

et (le matière siliceuse. Celle-ci enveloppe et fait plus ou moins passer à l'état fossile les herbes, les feuilles et les autres substances végétales qui se trouvent en contact avec elle. On peut observer des végétaux sous tous les états de pétrification. Des fougères actuellement vivantes peuvent être changées en silice en peu de temps.

Pour le phosphate de chaux connu dans la pratique îsous le nom de phosphorite, il forme dans Tancien Quercy (Lot et Tarn-et-Garonne) des amas parfois considérables qui sont très activement exploités pour les besoins de l'agriculture. Ces dépots se signalent aussi })ar l'abondance d'ossements fossiles empâtés comme les débris agglutinés sous les stalagmites des cavernes.

Beaucoup d'eaux déposent de l'oxyde de fer qui, s'accumulant, peut à la longue devenir exploitable. Une petite source des Ardennes, suintant des ardoises près de Laifour, sur le bord de la Meuse, est un exemple de ce type qui se présente dans des situations très diverses.

11 est fréquent de voir ces mêmes dépôts ocreux s'accumuler dans les petits ruisseaux qui serpentent à la surface des prairies, et en Scandinavie comme en Russie, la quantité de fer que les eaux apportent dans les lacs est considérable. On l'exploite alors en l'extrayant du fond des eaux au moyen de cribles portés à l'extrémité de longs manches, et l'on reconnaît au bout de peu d'années que le minerai s'est refait dans les points d'où on l'avait extrait.

Aux époques anciennes, des amas de fer ont pris

naissance par l'effet des eaux souterraines, et on connaît en Franche-Comté, dans le Berry et ailleurs, sous le nom de mine en grains, des pisolitlies ferrugineux associés à des argiles et remplissant des poches profondément excavées par la corrosion des eaux, au sein des roches calcaires.

La plupart des mines de soufre doivent probablement leur origine à des dépôts de sources minérales. On peut en effet recueillir du soufre dans le voisinage d'un grand nombre d'eaux sulfureuses : à Aix-la-Chapelle, à Aix en Savoie, à Bagnères-de-Luchon, etc.

« Me trouvant à Bagnères-de-Luchon, ditFilhol*, quand on a démoli les anciens réservoirs, j'ai pu recueillir sur leur voûte et toujours dans des endroits où l'eau n'atteignait jamais, une énorme quantité de soufre. La place qu'occupait ce soufre ne pouvait laisser aucun doute quant à son origine ; il est évident qu'il avait dû être transporté sur la voûte des réservoirs sous forme d'une combinaison gazeuse ; et comme l'expérience prouve que les eaux de Bagnères de Luchon laissent dégager de l'acide sulfhydique quand on les fait chauffer, il est naturel dépenser que les dépôts de soufre dont nous venons de parler doivent leur origine à la décomposion de ce gaz par l'oxygène de l'air qui, pénétrant dans les conduits ou dans les réservoirs en trop faible quantité pour pouvoir brûler les deux éléments de l'acide sufhydrique, brûle seulement le plus combustible, l'hydrogène, et met le soufre en liberté. »

Beaucoup de filons livrent passage à des sources

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