‹ Les soutiens de la sociétéChapitre 106 sur 131 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

BRATSBERG, RINGDAL, FIELDBO, HEJRE, LUNDESTAD

ringdal. — Monsieur le chambellan, je viens de la Caisse de Prévoyance.

bratsberg. — Eh bien, la lettre de change?

ringdal. — Aucune lettre de change, portant votre signature, n'a été présentée.

fieldbo (avec Lundestad). — C'était une erreur.

bratsberg. — Oui ? Pas à la Banque d'Épargne non plus ?

lundestad. — Non, au cours de l'année entière, je n'ai pas eu dans les mains de lettre de change portant votre signature, excepté celle de votre fils, naturellement.

BRATSBERG. — De 111011 fils?

lundestad. — Oui, la lettre de change que vous avez acceptée pour lui au commencement de l'année.

BRATSBERG. — Pour mon fils ?

lundestad. — Rappelez vos souvenirs : celle de dix mille couronnes.

bratsberg (Il tonïbe à demi-évanoui sur une chaise). — Oh ! Miséricorde !

fieldbo. — Ciell

bingdal. — C'est impossible !

bratsberg. — Du calme ! Du calme ! Une lettre de change de mon fils ? Acceptée par moi ? De dix mille couronnes?

fieldbo (à Lundestad). — Elle est à la Banque d'Épargne?

lundestad. — Elle n'y est plus; elle a été payée la semaine dernière par Monsen.

bratsberg. — Par Monsen ?

ringdal. — Monsen est peut-être encore aux forges, je vais de ce pas. . .

bratsberg. — Restez 1

SGÈXE XI Les mêmes, HEJRE

he.tre. — Bonjour, messieurs; bonjour, très cher. Mes plus sincères remerciements pour la soirée d'hier! Je suis venu vous conter diverses choses.

ringdal. — Mille pardons, nous n'avons pas le temps.

he.jre. — Il n'y a pas que vous de pressés :1e propriétoire de Storli l'est aussi.

bratsberg. — Monsen ?

hejre. — Hé! Hé! Une histoire délicieuse! Les intrigues électorales battent leur plein. Sais-tu ce qu'on se propose ? On se propose de te corrompre, mon cher.

lundestad. — De le corrompre ?

l'union des jeunes 243

bratsberg. — On se dit sans doute que d'après les pommes on juge le pommier.

hejre. — Dieu me pardonne I je n'ai jamais rien entendu de plus cocasse! Je prenais un apéritif chez Mm« Rimdholmen quand j'ai aperçu le grand propriétaire et l'avocat buvant ensemble du porto, un horrible liquide. Du diable si j'aurais voulu m'en mettre une goutte dans la bouche ! Du reste, ils ne m'en ont pas offert. «Que voulez-vous parier, m'a crié Monsen, que demain, aux élec tions de premier degré, le chambellan s'unisse à notre parti? — Oui-dà, répondis-je, je parierais. » Alors il ajouta : « Oh ! avec l'aide d'une petite lettre de change!»

ringdal et fieldbo. — D'une petite lettre de change?

lundestad. — Aux élections du premier degré ?

BRATSBERG. — Après ?

hejre. — Après, je ne sais plus. Il s'agissait d'un effet de dix mille couronnes. On impose très fort les gens distingués. C'est honteu»x !

bratsberg. — Une lettre de change de dix mille couronnes ?

ringdal. — Elle est dans les mains de Monsen?

hejre. — Non, il l'a remise à l'avocat.

lundestad. — Oh! alors!...

fieldbo. — A Stensgard !

bratsberg. — En es-tu bien certain ?

hejre. — Naturellement, j'en suis certain. Illui a dit : « Usez-en comme vous l'entendrez ! » Mais je n'ai pas compris.

lundestad. — Ecoutez, monsieur Hejre; vous aussi, Ringdal.

(Ils parlent bas).

fieldbo. — Monsieur le chambellan !

bratsberg. — Hein ?

fieldbo. — Cette lettre de change est bien de votre fils?

bratsberg. — Je dois le croire.

fieldbo. — Et si l'on vous présente ce faux?

bratsberg. — Je ne porterai pas plainte.

fieldbo. — Je le comprends ; mais vous devriez faire plus.

bratsberg {il se lève). — Je ne peux pas faire plu

fieldbo. — Si, si! Il faut que vous sauviez ce malheureux !

bratsberg. — Gomment?

fieldbo. — D'une façon très simple; en reconnaissant votre signature.

bratsberg. — Pensez-vous, monsieur le docteur, que l'on fasse ces choses-là dans notre famille?

fieldbo. — Je vous parle avec les meilleures intentions du monde, monsieur le chambellan.

bratsberg. — Vous m'avez cru capable d'un mensonge ! Vous avez cru que j'accepterais de me défendre par un mensonge !

fieldbo. — Savez-vous ce qu'il va advenir ?

bratsberg. — Le coupable appartient à la justice.

(Il sort.)

Page 1