‹ Les soutiens de la sociétéChapitre 12 sur 131 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les Mêmes, moins NELLA et HILDA

madame lynge. — Eh bien, dites maintenant : qu'estce qui est arrivé au frère de madame Bernick?

madame rimmel. — Vous ignorez le scandale affreux qu'il a causé ?

madame lynge. — Est-ce que Hilmar Tonnesen a donné lieu à?...

madame rummel. — Non, Hilmar est son cousin, je parle de son frère.

madame holt. — Celui qui a mal tourné.

madame rummel. — Il s'appelait Johann. Il est parti pour l'Amérique.

madame holt. — 11 a dû partir, comme vous le pensez.

madame lynge. — Et c'est lui qui a occasionné ce scandale ?

madame rummel. — Oui, il était si.... comment dirai-je?... C'est une histoire avec la mère de Dina. Oh! je me le rappelle comme si c'était d'hier. Johann Tonnesen faisait alors le commerce avec la vieille madame Bernick. Richard Bernick venait d'arriver de Paris et n'était pas encore fiancé.

madame lynge. — Bien; mais l'affreux scandale?

madame rimmel. — Cet hiver-là, nous avions ici la troupe de Mùller.

madame holt. — Et, dans cette troupe, il y avait un acteur, nommé Dorf, qui était marié. Tous les jeunes gens étaient fous de sa femme.

madame rummel. — Dieu seul sait comment ils s'y prenaient pour la trouver jolie! Mais un soir où l'acteur Dorf rentrait assez tard chez lui.

madame holt. — Et qu'il n'était pas du tout attendu.

madame rummel. — Voilà qu'il trouve;... non, réellement, on ne peut pas raconter cela.

madame holt. — Non, madame Rummel, il n'a rien trouvé, car la porte était fermée en dedans. Le jeune homme a dû sauter par la fenêtre.

madame rummel. — Par la fenêtre.

madame lynge. — Et c'était le frère de madame Bernick ?

madame rummel. — C'était le frère de madame Bernick.

madame lynge. — C'est après cela qu'il est parti pour l' Amérique ?

madame holt. — Il y a été obligé.

madame rummel. — On a ensuite découvert autre chose qui était presque aussi mal. Il avait tripoté dans la caisse.

madame holt. — On ne sait pas encore très bien le fin mot de tout cela. Ce ne sont peut-être que des bruits.

madame rummel. — Je vous demande pardon. C'eit connu de toute la ville. La vieille madame Bernick n'at-elle pas été tout près de faire banqueroute à la suite de cette affaire ? Je le tiens de Rummel lui-même . Au reste,. Dieu me préserve de...

madame holt. — Dans tous les cas, madame Dorf n'a pas reçu d'argent, car elle...

madame lynge. — Oui, qu'est-il advenu ensuite des parents de Dina?

madame rummel. — Hé bien, Dorf a planté là femme et enfant et a continué son chemin. Mais, cette... dame a eu l'audace de rester ici toute une année. A vrai dire, elle n'a pas osé reparaître sur tes planches. Elle a gagné sa vie par des travaux de couture et de blanchissage.

madame holt. — Elle a aussi essayé de donner des leçons de danse.

madame rummel. — Naturellement, ça ne marchait guère. Quels parents auraient été confier leurs enfants à

irné femme de ce genre ? Ce n'a pas été très long, d'ailleurs. Cette belle dame n'était pas habituée à travailler. Elle a eu mal à la poitrine et elle est morte.

.madame lynge. — Oh! C'est, en effet, un affreux scandale!

madame rummel. — Vous pouvez penser que ça été pour les Bernick une pilule difficile à avaler. C'est là un point noir dans le soleil de leur bonheur, comme l'a si bien dit mon mari. Aussi ne parlez jamais plus de ces choses dans cette maison.

madame holt. — Au nom du ciel, ne parlez pas non plus de sa demi-sœur!

madame lynge. — En effet, madame Bernick a aussi unr demi-sœur.

madame rummel. — A eu, heureusement ! C'est fini leur parenté. Celle-là était une originale... Figurez-vous qu'elle portait des cheveux coupés courts et que, quand il pleuvait, elle sortait avec des bottes d'homme.

madame holt. — Et quand son demi-frère, le mauvais sujet, est parti pour l'Amérique, alors que toute la ville était indignée contre lui, savez-vous ce qu'elle a fait elle ? Elle est partie avec lui.

madame rummel. — Et le scandale qu'elle a causé avant son départ, madame Holt ?

madame holt. — Ne parlez pas de cela.

madame lynge. — Dieu ! Elle a aussi causé un scandale ?

madame rummel. — Oui, madame Lynge. Richard Bernick venait de se fiancer avec Betty Tonnesen, et, juste comme il arrivait, sa iiancée au bras, chez la tante de celle-ci pour lui faire part de...

madame holt. — Il faut que vous sachiez que les Tonnesen étaient orphelins.

madame rummel. — Voilà que Lona Hessel se lève et qu'elle donne au beau Richard Bernick un soufflet te] qu'il en a vu trente-six chandelles.

madame lynge. — A-t-on idée de choses pareilles ?

madame holt. — C'est ainsi.

madame rummel. — C'est après cela qu'elle a bouclé ses malles et qu'elle est partie pour l'Amérique.

madame lynge. — Elle avait donc des prétentions sur lui?

madame rummel. — Vous pouvez bien penser. Elle se figurait qu'il l'épouserait dès son retour de Paris,

madame holt. — Peut-on concevoir semblable audace? Bernick, l'élégant homme du monde, le cavalier accompli, le favori de toutes les dames....

madame rummel. — Et si convenable avec cela, si moral !

madame lynge. — Qu'est devenue cette demoiselle Hessel en Amérique ?

madame rummel. — Oh ! là-dessus, comme le dit si bien mon mari, flotte un voile qu'il est difficile de soulever.

madame lynge. — Gomment cela ?

madame rummel. — Elle a cessé tous rapports avec sa I famille. Ce que toute la ville sait, par exemple, c'est qu'elle a chanté pour de l'argent dans des cafés.

madame holt. — Et qu'elle a fait des conférences dans des salles publiques.

madame rummel. — Et qu'elle a publié un livre qui est tout à fait fou.

MADAME LYNGE. — Pas pOSSÎble!

madame rummel. — Si. Lona Hessel est aussi une tache au soleil de leur bonheur familial. Mais, croyez-le bien, madame Lynge, je ne vous ai parlé de tout cela que pour vous mettre sur vos gardes à l'avenir.

madame lynge. — Soyez sans crainte, je ferai attention. Cette pauvre Dina Dorf ! Elle me fait réellement de la peine.

madame rummel. — Bah! C'est un vrai bonheur pour elle que tout cela soit arrivé. Songez donc qu'elle serait restée entre les mains de ses parents I Naturellement nous l'avons toutes bien accueillie et nous avons fait le possible pour elle. Mademoiselle Bernick était toute bouleversée de voir qu'elle entrait dans cette maison.

madame holt. — Du reste, elle a toujours été difficile à diriger. On le comprend, avec de tels exemples.... Ce n'est plus du tout comme nos enfants....

madame rummel. — Chut ! Voilà qu'elle revient. {Haut.) Dina est vraiment très travailleuse.... Oh!... C'est toi, Dina ?

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