SCÈNE IX Les Mêmes, DINA
madame holt. — Comme ton café sent bon, chère Dina ! Une petite tasse, dans la matinée....
madame bernick (sur l'escalier du perron). — Voulez-vous avoir la bonté, mesdames?... (Bans Vintervalle madame Bernick et Dina ont aidé la servante à servir
2 l THEATRE
le café. Toutes les dames prennent place au dehors et montrent à Dina une a ffalilUé particulière. Cette dernière revient presque aussitôt dans le salon et cher .-.lie son ouvrage.) Dina, n'en veux-tu pas ?
dîna. — Non, merci.
(Elle reprend son travail. Madame Bernick et le vicaire échangent quelques mots. Puis ce dernier rentre dans le saloM.)
rorlund. (Il feint de chercher quelque chose près de la talile et dit à voix basse.) Dina!
dina. — Eh bien î
rorlund. — Pourquoi ne voulez-vous pas venir au jardin?
dina. — En apportant le café, je me suis aperçue à la mine de ces dames qu'elles avaient parlé de moi.
rolrund. — N'avez-vous pas aussi remarqué combien elles se sont montrées aimables à votre égard ?
dina. — Oui, mais je sais à quoi m'en tenir là-dessus.
borlund. — Vous avez une mauvaise tète, Dina.
dina. — Oui.
rorlund. — Pourquoi cela?
dina. — Je ne saurais pas être autrement.
rorlund. — Vous pourriez essayer.
dina. — Non.
rorlund. — Pourquoi pas?
dina (le regardant en face.) — Je suis une de ces perftonnes moralement corrompues dont on parlait.
rorlund. — Fi, Dina!
dina. — Ma mère aussi l'était.
rorlund. — Qui vous a parlé de cela ?
dina. - Personne. On ne parle pas avec moi. Pour-
quoi ne parle-t-on pas avec moi? Oh! On est aussi prudent avec moi que si je devais me briser comme verre. Ah ! que je hais ces bienveillances!
rorlund. — Chère Dina, je comprends très bien que vous soyez gênée ici, mais...
dîna. — Si je pouvais m'en aller! Je saurais bien faire mon chemin toute seule dans le monde, et je ne vivrais pas avec des gens si... si...
rorlund. — Si?...
dîna. — Si convenables et si moraux.
rorlund. — Mais, Dina, comment l'entendez- vous ? :
dîna. — Vous comprenez très bien ce que je veux dire. Je vois arriver ici tous les jours M'iesHildaRummel et Nella Holt, que l'on amène afin de me servir d'exemples. Mais jamais je ne serai aussi bien élevée qu'elles, et je ne le veux pas non plus ! Ah ! si je pouvais m'en aller,, je serais une vraie bonne fille, moi !
rorlund. — Vous êtes une bonne fille, Dina.
dina. — A quoi cela me sert-il, ici ?
rorlund. — Alors, voyager, partir...; vous y pensez sérieusement?
dina. — Je ne resterais pas ici un jour de plus, si cv n'était de vous.
rorlund. — Dites-moi, Dina, pourquoi aimez-vous être avec moi?
dina. — Parce que vous m'apprenez de belles chose-;.
rorlund. — De belles choses? Qu'y a-t-il de beau dans ce que je puis vous apprendre?
dina. — Si... ou plutôt ce n'est pas que vous m'appreniez rien ; mais quand vous parlez il me semble que je m'envole dans une atmosphère de beauté.
rorlund. — Qu'est-ce que vous entendez par le beau
dina. — Je n'ai jamais réfléchi à cela.
rorlund. — Eh Lien, réfléchissez-y. Voyons, qu'en tendez-vous par le beau ?
dîna. — Le beau... c'est... quelque chose de... magnifique et de... bien loin d'ici!
rorlund. — En vérité, chère Dina, vous me préoccupez fort.
dîna. — Rien que cela ?
rorlund. — Vous savez bien l'affection infinie que j'ai pour vous.
dîna. — Si j'étais Hilda ou Nella, je ne vous préoccuperais pas si fort ; et cela vous serait égal que l'on s'en aperçut.
rorlund. — 0 Dina, comment pouvez-vous interpréter si mal la prudence que;... quand on est, par vocation, un des soutiens moraux de la société, on ne peut être trop circonspect. Oui, si j'étais sûr qu'on ne me prêterait aucun motif indigne... Mais qu'importe, c'est vous qui pouvez et devez venir à mon secours. Dina, quand je dirai, quand les circonstances me permettront de dire : « Voici ma main; » l'accepterez-vous ? Voudrez-vous être ma femme? Me promettez- vous cela, Dina?
dina. — Oui.
rorlund. — Merci, merci ! Vous m'êtes si chère, Dina ! Chut, quelqu'un vient. Dina, faites-le pour moi : rejoignez ces dames dans le jardin.
(Elle obéit et va vers la table où l'on a servi le café. Au même moment, Rummel, Sandstad et Wiegeland sortent de la chambre qui est au premier plan à gauche, suivis par Bernick qui tient une liasse de papiers à la main.