‹ Les soutiens de la sociétéChapitre 131 sur 131 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les mêmes, SELMA. (Pendant la scène précédente elle s'est tenue dans la porte à droite.)

selma. — Père, tu es satisfait maintenant; peut-il venir ?

bratsberg. — Selma ! toi ! tu m'implores pour lui l Toi, qui avant-hier...

selma. — Avant-hier est bien loin; tout est réparé, je sais maintenant qu'il n'est pas une simple machine à calculs et qu'il peut aussi faire des folies.

bratsberg. — Et tu t'en réjouis ?

selma. — Oui, qu'il puisse en faire, mais on ne lui permettra plus...

bratsberg. — Qu'il vienne.

(Selma sort).

ringdal (arrive par la première 'porte à droite). — Voici votre lettre de renonciation.

bratsberg. — Merci, mais déchirez-la.

ringdal. — La déchirer ?

bratsberg. — Oui, Ringdal, elle n'est pas rédigée dans la forme voulue. Et en outre...

erik (arrivant avec Selma par la droite). — Est-ce que tu me pardonnes ?

bratsberg (il lui donne la lettre de change). — Je ne veux pas être plus inflexible que le destin.

erik. — Mon père, dès aujourd'hui je renonce à ce commerce auquel tu es si opposé.

i/UNION DES JEUNES 305

bratsberg. — Non, continue, pas de lâcheté, n'abandonne pas ta carrière, je vais moi-même devenir toR. associé. (A haute voix.) Savez-vous la nouvelle, messieurs : je m'associe avec mon fils.

plusieurs invités. — Gomment, vous, monsieur le chambellan 1

hejre. — Toi, mon très cher !

bratsberg. — Oui, c'est un commerce honnête et fructueux; il peut le devenir du moins. Je n'ai plus aucune raison pour m'en abstenir.

lundestad. — Monsieur le chambellan, si vous voulez vous mêler à la vie active du district, ce serait honteux et ridicule de la part d'un vieux routier comme moi de ne pas faire aussi son devoir.

erik. — Vous, vraiment ?

lundestad. — Oui, moi, après les déconvenues amoureuses qu'a essuyées aujourd'hui l'avocat Stensgard, Dieu me garde de forcer le pauvre garçon à s'occuper des affaires publiques. Il faut qu'il se remette; il devrait voyager, je l'y aiderai. Donc, mes chers concitoyens, si vous avez besoin de moi, me voici !

plusieurs citoyens {lui serrant la main avec émotion). — Merci, Lundestad. Vous êtes toujours le même vieux Lundestad! Vous ne bronchez pas !

bratsberg. — Hé bien, tout est pour le mieux et tout va rentrer dans l'ordre. Mais qui est en somme la cause de tout cela ?

fieldbo. — Voici Aslaksen qui y est pour sa part .

aslaksen {effrayé). — Moi, monsieur le docteur, js suis aussi innocent que l'enfant qui vient de naître.

fieldbo. — Mais la lettre que...

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aslaksen. — Ce n'est pas ma faute, c'est celle de l'élection, de Bastian Monsen, du destin, du hasard et du punch de Madame Rundholmen, il n'y avait pas assez de citron dedans. Et me voilà encore sur la brèche avec la presse.

bratsberg (se rapprochant). — Gomment 1 Que ditesvous ?

aslaksen. — La presse, monsieur le chambellan.

bratsberg. — La presse ? Nous y voilà. Ne vous ai-je pas toujours dit que la presse de nos jours est une puissance extraordinaire.

aslaksen. — Oh, mais non, monsieur le chambellan...

bratsberg. — Pas de fausse modestie, monsieur l'imprimeur Aslaksen. Jusqu'à présent je n'ai pas lu votre journal, mais à l'avenir je le lirai. Puis-je vous en demander dix exemplaires ?

aslaksen. — Vingt si vous voulez, monsieur lé chambellan.

bratsberg. — Oui, merci, envoyez m'en vingt. Et du reste si l'argent manque, venez me voir; mais je vous le dis à l'avance, je n'écrirai pas une ligne.

ringdal. — .Qu'est-ce que j'apprends? Votre fille est fiancée ?

bratsberg. — Oui, et qu'en dites-vous ?

ringdal. — Je dis que je vous félicite. Mais quand est-ce que cela a eu lieu.

fieldbo (rapidement). — Ohl nous en parlerons plus tard...

bratsberg. — Gela a eu lieu le 17 mai dernier.

fieldbo. — Comment?

l'union des jeunes 307

bratsberg. — Le même jour que la petite demoiselle Ragna. . .

thora. — Gomment, mon père, tu savais?...

bratsberg. — Oui, ma chère, je l'ai toujours su.

fieldbo. — Oh, monsieur le chambellan!...

thora. — Mais qui a ?...

bratsberg. — Une autre fois, mes petites demoiselles, vous parlerez moins haut, quand je serai à faire ma sieste derrière ma tenture.

thora. — Oh! grand Dieu, tu étais donc derrière les rideaux ?

fieldbo. — Je comprends maintenant votre manière d'agir.

bratsberg. — Oui, mais comment avez-vous pu vous taire ?

fieldbo. — A quoi m'aurait-il servi de parler plus tôt?

bratsberg. — Vous avez raison, ce qui est arrivé devait arriver.

thora (bas à Fieldbo). — Oui, tu sais te taire. Dans toute cette affaire Stensgard, pourquoi nai-je rien appris?

fieldbo. — Quand un oiseau de proie tournoie autour d'un colombier, on surveille ses colombes, maisoniTest pas inquiet.

(Ils sont interrompus par Madame Rundholmen).

hejre {au chambellan). — Écoutez, pardonnez-moiy mais il faut que nous remettions notre procès à une époque indéterminée.

; bratsberg. — Tu crois? Je veux bien.

hejre. — Il faut que tu saches que j'ai accepté tin

poste de rédacteur des informations au journal d'Aslaksen.

bratsberg. — Gela me fait plaisir.

hejre. — Et tu comprends toi-même que les nombreuses occupations...

bratsberg. — Bien, bien, mon vieil ami, je puis attendre.

madame rundholmen (à Thora). — Oui, j'ai vraiment pleuré toutes mes larmes pour ce méchant homme, mais maintenant je remercie Dieu de m' avoir donné Bastian ; quant à l'autre, il est faux comme l'écume de l'eau. C'est un abominable fumeur avec cela, et puis il lui faut tous les jours des petits plats, il est gourmand, c'est un véritable cheval à nourrir!

la servante. — Monsieur est servi.

bratsberg. — Je vous remercie tous, tant que vous êtes, mes amis; monsieur le propriétaire Lundestad, vous restez avec nous et vous aussi, monsieur l'imprimeur Aslaksen.

ringdal. — Ce ne sont pas les sujets de toasts qui manqueront.

heire. — Non, certainement. On pardonnera à un vieillard s'il se réserve de porter des toasts aux chers absents.

lundestad. — Un absent revient, monsieur Hejre.

hejre. — L'avocat?

lundestad. — Oui, remarquez bien cela, messieurs, dans dix ou quinze ans, Stensgard sera député ou mi nistre, peut-être tous les deux.

fieldbo. — Dans dix ou quinze ans ? Mais alors il ne pourra plus être à la tête de l'Union des jeunes.

l'union des jeunes 309

hejre. — Pourquoi pas ?

fieldbo. — Parce qu'il sera alors d'un âge équivoque.

hejre. — Alors il se mettra à la tête d'une Union de gens équivoque. C'est là ce que veut dire Lundestad. Il est là-dessus de l'avis de Napoléon : « Les gens équivoques sont ceux dont on fait les hommes politiques. » Hé! hé.

fieldbo. — Notre union, à nous, subsistera et continuera d'être l'Union des jeunes. Quand Stensgard a été porté en triomphe par la foule au milieu des acclamations et de l'enthousiasme de la foule le jour de la liberté, il a dit: « L'Union des jeunes a un pacte avec la Providence. » Je crois que monsieur le pasteur ici présent approuvera cette parole.

bratsberg. — Je le pense aussi, mes amis. Car, en vérité, nous avons agi comme des fous, mais de bons anges veillaient sur nous.

lundestad. — Dieu merci, les anges étaient même au milieu de nous.

aslaksen. — Oui, grâce à nos circonstances locales, monsieur Lundestad.

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