SGÈNE VI JOHANN, M"« DINA
johann (à Dîna, qui ôte son chapeau et se tient sur la porte en secouant la poussière de ses vêtements). — Cette petite promenade vous a fatiguée?
dîna. — Oui, mais ça a été une agréable promenade, de ma vie je n'en ai fait d'aussi agréable.
johann. — D'habitude vous ne sortez pas dans la matinée ?
dîna. — Si, avec Olaf.
johann. — Ah!... Vous préféreriez peut-être descendre dans le jardin?
dîna. — Non, je préfère rester ici.
johann. — Moi aussi. Alors c'est convenu. Tous les matins nous ferons ensemble une grande promenade.
dîna. — Non, monsieur Tonnesen, il vaut mieux y renoncer.
johann. — Pourquoi ? Vous me l'aviez cependant promis?
dîna. — C'est vrai... mais... après reflexion... il ne faut pas que vous sortiez avec moi.
johann. — Pourquoi cela ?
dîna. — Parce que... Vous êtes étranger, vous ne pouvez pas me comprendre. Mais je vous expliquerai.
johann. — J'écoute.
dîna. — Eh bien, non. Il vaut mieux que je ne vous le dise pas.
johann. — Allons 1 Allons ! Avec moi, vous pouvez parler sans crainte. Quoi que ce puisse être.
dîna. — Soit, il faut que je vous le dise... je ne suis pas pareille aux autres jeunes filles; il y a quelque chose... quelque chose à mon sujet... c'est pour cela que nous devons renoncer à...
johann. — Je n'y comprends rien du tout. Vous n'avez commis aucune mauvaise action?
dîna. — Moi, non ; mais... Non, n'en parlons plus ; tous le saurez assez tôt par les autres.
johann. — Hum '
dîna. — Par exemple, je voudrais vous demander quelque chose.
johann. — Quoi donc ?
dîna. — Il parait qu'en Amérique il est très facile de gagner sa vie et de se faire une jolie situation.
johann. — Ce n'est pas toujours si facile que celai Dans les commencements il faut travailler ferme.
dîna. — Eh bien, cela me plairait.
johann. — Vous !
dîna. — Oh 1 je sais travailler, j'ai une bonne santé, je suis forte et ma tante Martha m'a enseigné une foule de choses.
johann. — Bravo I alors venez avec nousl
dîna. — Bon ! Vous plaisantez ! Vous l'avez dit aussi à Olaf. Ce que je voudrais savoir surtout, c'est si les gens de là-bas sont très... très... excessivement moraux.
johann. — Moraux?
dîna. — C'est-à-dire s'ils sont aussi convenables, aussi honnêtes qu'ici.
johann. — Dans tous les cas, ils ne sont pas aussi mauvais qu'on le pense. N'ayez aucune crainte à ce sujet.
dîna. — Vous ne me comprenez pas. Au contraire, je voudrais qu'ils ne fussent pas si nobles et si vertueux.
johann. — Et comment les voudriez-vous, alors?
dîna. — Je voudrais qu'ils fussent... nature.
johann. — Oui, oui; ils le sont.
dîna. — Ils me plairaient, alors; si j'y allais.
johann. — Sans doute; alors vous venez avec nous?
dîna. — Non, pas avec vous. Je voyagerai seule; je •aurai bien me tirer d'affaire et devenir une honnête femme.