SCÈNE XII M" BERNIGK, M»«LONA
madame bernigk. — Lona, je suis éperdue d'effroi ; ce n'est pas sérieux?
lona. — C'est très sérieux. N'est-elle pas fraîche, bien portante et bien élevée ? Juste la femme qu'il faut à Johann. Une femme lui sera beaucoup plus utile qu'une vieille demi-sœur de mon genre.
madame bernigk. — Dina! DinaDorff! réfléchis donc!
lona. — Je réfléchis avant tout à son bonheur. Il faut que je l'aide, car il n'entend rien à ces choses. Avec les
femmes et les jeunes filles il ne sait pas du tout se conduire.
madame bernigk. — Qui ? Johann? Il me semble cependant qu'il a donné une preuve assez malheureuse...
lona. — Ah ! au diable ces sottes histoires ! Où est Bernick ? Je veux lui parler?
madame bernigk. — Lona, je te dis de ne pas le faire.
lona. — Si! si! même s'ils ne se plaisaient pas, il faudrait qu'ils s'épousent. Bernick est un homme assez intelligent pour trouver le moyen de...
madame bernick. — Et tu crois qu'il permettra ces façons américaines de procéder ?
lona. — Sottises, Betty...
madame bernick. — Tu crois qu'un homme d'une aussi sévère moralité que Richard...
lona. — Allons donc, il ne lui viendra pas à l'idée d'être si sévère que cela...
madame bernick. — Que veux-tu dire ?
lona. — Je veux dire que Bernick n'est, en somme, pas beaucoup plus moral que les autres.
madame bernick. — Gomment, ta haine est encore «si vive contre lui!... Qu'es-tu venue faire alors si tu n'as pas oublié que?... Je ne comprends pas comment après la honteuse querelle que tu as eue autrefois avec lui, tu oses reparaître devant ses yeux!
lona. — C'est vrai, Betty, j'ai eu tort.
madame bernigk (avec générosité). — Cependant, il t'a pardonnée, lui qui n'avait rien à se reprocher ! Ce n'était pas sa faute si tu t'étais forgé de vaines espérances. Depuis lors tu me hais moi aussi. (Fondant en larmes.)Tu ne m'as jamais pardonné mon bonheur. C'est pour le
détruire que tu es revenue, c'est pour montrer à la ville entière quelle odieuse parenté j'ai apportée à Richard. Voilà la vengeance que tu as méditée, la vengeance dans laquelle tu te complais. C'est affreux de ta part.
(Elle s'en va en pleurant par la seconde porte à gauche.)