SCÈNE XVII Les mêmes, M»e BERNIGK
madame bernigk (un châle sur la tête arrive pai la porte du jardin). — Richard, Richard, sais-tu ?
bernick. — Oui, je sais... mais toi, toi qui ne vois et ne, sais rien, qui jamais ne Ta surveillé comme une bonne mère!...
MADAME BERNIGK. — ÉC0UteZ-le !
bernick. — Oui, pourquoi ne l'as-tu pas surveillé ? Il est perdu pour nous maintenant, rends-le moi donc, si tu le peux !
madame bernick. — Certes, je le peux.
bernick. — Retrouvé? Revenu? 1
tous. — Oh !
hilmar. — Je l'avais prévu.
martha. — Eh bien, il est retrouvé, Richard !
lona. — Maintenant tu auras aussi à mériter ton bonr heur.
bernick. — Revenu... Est-ce vrai? Où est-il?
madame bernick. — Je ne te le dirai pas avant que. tu ne lui aies pardonné.
bernick. — Lui pardonner!... Mais comment as-tu appris?...
madame bernick. — Penses-tu qu'une mère ne sait
pas voir? J'avais une crainte mortelle que tu ne t'en aperçoives... Deux ou trois mots qu'il avait laissé échapper hier, puis j'ai trouvé sa chambre vide, sa valise et ses effets disparus...
BERNICK. — Oui, OUi...
madame bernigk. — J'ai couru, j'ai rencontré Aune... Nous avons pris un bateau à voile. Le vaisseau américain levait l'ancre. Dieu merci, nous sommes arrivés à temps; nous sommes montés à bord, nous avons visité la cale et nous l'avons trouvé. 0 Richard, il ne faut pas le punir !
bernigk. — Betty!
madame bernick. — Et Aune non plus!
bernigk. — Aune. Qu'a-t-il fait ? VIndian Girl estelle partie ?
madame bernigk. — Non, c'est précisément cela...
bernick. — Voyons, parle...
madame bernigk. — Il était aussi troublé que moi. Les recherches ont pris du temps; la nuit est venue, le pilote faisait des difficultés et Aune a dit en ton nom...
bernigk. — Eh bien?
madame bernigk. — De rester à l'ancre jusqu'à demain.
krapp. — Hum !
bernigk. — Quel bonheur!
madame bernick. — Tu n'es pas fâché?
bernigk. — Je suis trop heureux, Betty.
rummel. — Tu es trop consciencieux en tout,
hilmar. — Oui, dès qu'il faut livrer un combat aux éléments, alors... ont oh!
krapp, à la fenêtre. — Voici la fête qui entre dans le jardin, monsieur le consul.
bernigk. — Elle peut venir maintenant.
hilmar. — Le jardin est rempli de monde.
sandstad. — La rue aussi est pleine de gens.
rummel. — Toute la ville est sur pied, Bernick ! Vraiment c'est une belle fête.
wiegeland. — Jouissons-en d'un cœur humble, monsieur Rummel.
rummel. — Tous les drapeaux sont déployés... Quelle procession! Ah 1 voici le comité de la fête avec le vicaire Rorlund en tête.
bernigk. — Laissez-les venir.
rummel. — Ecoute, dans l'état d'excitation où tu es!.-
bernigk. — Quoi?
rummel. — Je ne verrai pas d'inconvénient à prendre la parole à ta place.
bernigk. — Merci. Je tiens à parler, ce soir.
rummel. — Sais-tu encore seulement ce que tu as à dire?
bernigk. — N'aie aucune crainte, Rummel; je sais très bien maintenant ce que je dirai.
(La musique cesse de jouer. La porte du jardin s'ouvre. Eorlund entre à la tête du comité d'organisation, accompagné de quelques domestiques qui apportent un panier fermé. Derrière eux entrent des bourgeois de la ville jusqu'à ce que le salon soit plein. On aperçoit dans le jardin et dans la rue un grand nombre de drapeaux et de bannières.)