SCÈNE IV
LUNDESTAD, STENSGAED , B^ATSBERG, ïlELDBO,
ASLAKSEN.
lundestad (il est sur Veslrade et agile la clochel'i ,) — Monsieur l'administrateur des forges Ringdal a la parole.
stensgard. — Monsieur Lundestad, je demande la parole,
l'union des jeunes 163
lundestad. — Plus tard.
stensgard. — Non, tout de suite, immédiatement.
lundestad. — Je ne puis pas vous donner la parole, c'est M. Ringdal qui l'a.
ringdal (sur Vestradé). —Messieurs, nous avons l'honneur de posséder en ce moment au milieu de nous un homme au cœur généreux, à la main libérale, que depuis longtemps déjà nous avons pris l'habitude de regarder comme notre père, qui ne nous a jamais refusé ! ni ses conseils, ni son appui effectif, dont la porte ne s'est jamais fermée devant aucune personnalité honorable, un homme qui... que... enfin, puisque notre hôte n'aime pas les longs discours, un hurrah au chambellan Bratsberg et à sa famille ! Hurrah I
la foule. — Hurrah ! Hurrah !
(Joie exubérante. Le chambellan serre la main des gens qui l'entourent.)
stensgard (à part). — Ai-je la parole maintenant?
lundestad. — Je vous en prie. L'estrade est à votre disposition.
stensgard (il saute sur la table.) — Je me fais une estrade moi-même.
des jeunes gens. — Hurrah !
bratsberg. (A Fieldbo.) — Quel est donc cet homme aux façons si étranges?
fieldbo. — C'est l'avocat Stensgard.
bratsberg — Ah ! c'est lui !
stensgard. — Écoutez-moi, amis, en ce jour de fête : écoutez-moi,vous tous dont le cœur est rempli de joie en
ÎG4 THÉÂTRE
cet anniversaire de liberté. Je suis un étranger au milieu fie vous
ASLAKSEN. — Non.
stensgard. — Je vous remercie de cette bonne parole ijui m'est un précieux témoignage de sympathie. Cependant, oui, je suis encore un étranger, muis qu'importe ? Mon cœur bat à l'unisson des vôtres pour vos deuils et tos joies, pour vos combats et vos victoires. Et si vous me permettez
aslaksen. — On vous permet, monsieur l'avocat.
lundestad. — Pas d'interruptions I Vous n'avez pas là parole.
stensgard. — Vous l'avez encore moins, vous! Je déclare dissous le comité de la fête. Liberté, un jour de liberté!
des jeunes gens. — Vive la liberté !
stensgard. — On veut vous enlever la liberté de la parole ! On veut vous fermer la bouche ! Repoussez cette tyrannie. Je ne consentirais pas à parler devant une foule asservie. Je tiens par dessus tout à m'exprimer librement, et, sans doute, vous aussi !
la foule (de plus en plus joyeuse). — Hurrah !
stensgard. — Il ne faut pas de ces fêtes infructueuses et banales; il faut qu'à l'avenir notre fête de mai porte des fruits d'or. Mais c'est l'époque de la semence; c'est la saison pleine de sève. Le premier juin prochain, il y aura juste deux mois que je me suis établi au milieu de vous ; et que n'ai-je pas déjà vu ici de grand et de petit, de beau et de laid ?
bratsberg. — Docteur, de quoi parle-t-il donc ?
l'union des jeunes 165
fieldbo. — L'imprimeur Aslaksen prétend qu'il est question de nos affaires locales.
stensgard. — J'ai, certes, constaté de grandes qualités dans le peuple, mais j'ai constaté aussi que la corruption fait peser sur lui son lourd fardeau et l'écrase î Oui, j'ai vu des hommes ardents, confiants et généreux:; mais j'en ai vu aussi dont la porte reste fermée...
thora. — 0 mon Dieu
bratsberg. — Que veut-il dire
stensgard. — Frères, un fantôme des anciens jours d'esclavage est encore auprès de vous et jette une ombre paralysante là où devraient régner la lumière et la liberté. Que ce fantôme disparaisse !
la foule. — Hurrah ! hurrah ! pour le 17 mai.
thora. — Allons-nous en, père.
bratsberg. — Où veut-il en venir avec son fantôme? Docteur, de qui parle-t-il ?
fieldbo (rapidement). — Oh! des...
(Il lui murmure quelques mots.)
bratsberg. — Ah ! Ah ! Non ! Vrai?
thora. (Bas à Fieldbo). — Merci.
stensgard. — Si personne autre ne se présente pour tuer le dragon, eh bien, ce sera moi ! Mais nous devons rester unis, marcher ensemble.
plusieurs voix. — Oui ! Ouil
stensgard. — Nous sommes les jeunes. Le temps nous appartient comme nous appartenons au temps. Notre droit est notre devoir : place à toutes les forces à tous les esprits qui sentent leur force 1 Nous allons^ si
vous le voulez bien, contracter une alliance. Le règne du sac d'écus est fini.
bratsberg. — Bravo ! {Au docteur.) Le sac d'écus, a-t-il dit ; ainsi, réellement ?...
stensgard. — On me lance de ce côté un bravo ironique . . .
BRATSBERG. — Non.
stensgard. — Que m'importe 1 Ni remerciements, ni menaces n'affectent l'homme qui sait ce qu'il veut. Nous allons tous entrer sous la tente du restaurant pour y conclure notre alliance sur l'heure.
la foule. — Hurrahl Hurrah ! Portez-le l
(On l'enlève à bout de bras.)
quelques voix. — Parlez encore I Encore!
stensgard. — Soyons fermement unis. La Providence elle-même favorise l'Union des jeunes. Il ne tient qu'à nous, si nous le voulons, de gouverner cette ville.
(On le porte sous la tente au milieu d'une joie délirante.)
madame rundholmen (elle s'essuie les yeux). Comme il parle! N'est-ce pas, monsieur Hejre, qu'il est à embrasser?
hejre. — Ah ! pour cela non, je ne i emnrasseraipas!
madame rundholmen. — Vous ! je crois bienl
hejre. — Vous voudriez peut-être l'emkrasser, ma* !dame Rundholmen?
madame rundholmen. — Ah ! vous êtes un homme affreux 1
(Elle entre sous la tente avec Hejre.)
l'union des jeunes 167