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SCÈNE IV STENSGARD, ERIK, SELMA

selma. — Oui. Là-bas, au-dessus de la cîme des arbres, on aperçoit la tour de l'église et toute la ville haute.

stensgard. — Vraiment ? Je ne l'aurais pas cru !

selma. — N'est-ce pas que cette perspective là-bas est jolie?

stensgard. — Tout est beau ici, le jardin, la perspective, le soleil et les gens. Vous habitez ici tout l'été? **sS3^

selma. — Non; nous allons et venons, mon mari et moi. Nous avons en ville une très belle maison, beaucoup plus belle que celle-ci.

stensgard. — Votre famille habite la ville aussi?

selma. — Ma famille? Nous autres, princesses des contes de fée, nous n'avons pas de famille.

stensgard. — Princesses des contes de fée ?

selma. — Tout au plus avons -nous une belle-mère très méchante...

stensgard. — Une sorcière! Ha! Ha ! Ainsi vous êtes une princesse ?

selma. — Dans les châteaux hantés on voit des spectres à l'heure de minuit. Le docteur Fieldbo prétend

que ce doit être très agréable, mais oui, écoutez-moi

bien.

erik (du jardin). — Ah! on trouve enfin sa petite femme !

selma. — Sa petite femme qui raconte à M. Stensgard le roman de sa vie.

erik. — Voyez-moi 1 Et quel rôle le mari joue-t-il?

selma. — Celui de prince, naturellement. (A Stensgard.) Vous savez, il vient toujours un prince qui rompt le charme, et alors tout est bon et beau, c'est la joie sans nuage et l'histoire finit.

stensgard. — Ah ! ça été trop court.

selma. — Peut-être, sous certains rapports.

erik (Ventourant de son bras). — Mais de cette histoire en naît une nouvelle et la princesse est devenue reine.

selma. — Dans les mêmes conditions que les vraies princesses ?

erik. — Quelles conditions ?

selma. — Elles s'en vont à l'étranger bien loin, dans un autre royaume

erik. — Un cigare, monsieur Stensgard?

stensgard. — Merci, pas pour le moment.

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