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SCENE V Les Mêmes, moins OLAF

rorlund. — Vous ne devriez pas mettre de pareilles lubies dans la tète de cet enfant, monsieur Tonnesen.

hilmar. — Oui, naturellement! Il faut que ce petit reste à la maison et devienne un blanc bec comme tant d'autres.

rorlund. — Mais pourquoi ne voyagez-vous pas vousmême?

hilmar. — Moi? Malade comme je le suis? En vérité, il ne se passe pas grand chose dans cette ville; cependant on a toujours certains devoirs à remplir vis-à-vis de la société dans laquelle on vit. Il faut bien qu'il y ait au moins une personne ici qui tienne haut le drapeau intellectuel Ohl comme il crie, celui-là I

rorlund. — Qui donc crie ?

hilmar. — Je ne sais pas. Ils parlent tous un peu fort là -dedans, et cela me rend nerveux.

madame rummel. — Ce doit être mon mari, monsieur Tonnesen ; il a une telle habitude de parler de vant de grandes assemblées 1...

rorlund. — Les autres ne paraissent point parler bas non plus.

hilmar. — Naturellement. Lorsqu'il s'agit de défendre sa bourse, alors... Tout finit par des questions d'intérêt matériel. Hou!

madame bernigk. — C'est cependant mieux qu'autrefois où tant de choses se perdaient.

madame lynge. — Les affaires allaient-elles réellement si mal autrefois ?

madame rummel. — Je puis vous l'assurer, madame Lynge ; et vous pouvez vous estimer heureuse de ce que vous n'étiez pas ici à cette époque.

madame holt. — Oui, bien des choses ont changé. Quand je me rappelle notre jeunesse !...

madame rummel. — Il suffit de retourner à quatorze ou quinze ans en arrière. Dieu, quelle vie on menait ! Il y avait dans ce temps-là une société chorégraphique et une société musicale.

madame bekxick. — Et une société dramatique ; je m'en souviens fort bien.

madame rummel. — Oui. on y a joué votre pièce, monsieur Tonnesen.

hilmar (s éloignant vers le fond). — Ah! laissez donc!

rorlund. — Une pièce de ML Tonnesen !

madame rummel. — Oui, c'est longtemps avant votre arrivée, monsieur le vicaire. Du reste, on ne l'a jouée qu'une fois.

madame lynge. — N'est-ce point dans cette pièce que vous m*avez raconté avoir tenu un rôle de jeune première, madame Rummel?

madame rummel {regardant le vicaire à la dérobée). Moi ? Je ne me le rappelle vraiment pas, madame Lynge. Ce dont je me souviens fort bien, c'est de la vie bruyante et mondaine que l'on menait alors dans les familles.

madame holt. — Certes! Il y avait des maisons où l'on donnait jusqu'à deux grands bals par semaine.

madame lynge. — Dans le temps, il y a eu aussi une troupe d'acteurs ambulants.

madame rummel. — Ah ! ce fut le pire !

madame holt (troublée et agitée). — Hum ! Hum 1

madame rummel. — Des acteurs? Non, je ne me souviens pas de cela du tout.

madame lynge. — Il parait que ces gens-là ont joué toutes sortes de mauvais tours. Voyons, que s'est-il passé exactement?

madame rummel. — Mais rien, je crois, madame Lynge.

madame holt. — Chère Dina, donne moi ce morceau d'étoffe, je te prie.

madame bernigk: (en même temps). — Dina, va donc à la cuisine dire à Catherine qu'elle peut apporter le café.

mademoiselle martha. — Je vais avec toi, Dina.

(Dina et M1U Bernick sortent ensemble par la seconla porte à gauche.)

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